Une architecture particulière issue d’influences diversifiées 

 

Iran Téhéran mosquée Vali Asr

Il serait intéressant de pouvoir visiter des  bâtiments d’architecture contemporaine, notamment des mosquées[1]. Au cours du voyage nous sommes certes passés à côté de mosquées récentes mais elles semblaient copier, en plus grand et en plus haut bien sûr, les mosquées anciennes. Cette catégorie pourrait comprendre le complexe du Mosallâ à Téhéran. C’est un ensemble qui serait susceptible d’accueillir des rassemblements de plusieurs millions de personnes ( ?), autant pour des cérémonies religieuses que pour des événements culturels. Chacune de ses cinq entrées possède deux minarets, un iwan et un dôme, les minarets, l’iwan et le dôme principaux ont respectivement, 140 mètres, 72 mètres et 60 mètres de haut ! Mais son plan est des plus classiques, une grande cour carrée avec des iwans qui se font face et un super-dôme pour le mihrab. Sa réalisation a certainement donné lieu à de nombreuses prouesses techniques mais où est l’innovation ?

La mosquée de Vali-asr, réalisée par les architectes Catherine Spiridonoff et Rezâ Dâneshmir, ressemble, elle, à une grande vague douce, ou à une raie manta nageant, mais elle ne comprend ni dôme ni minaret et fait hurler les traditionnalistes car elle ne respecte pas « l’identité islamiste » !

« Pour Reza Daneshmir, le sommet indépassable de l'architecture islamique d'Iran est la mosquée royale d'Ispahan, édifiée sous les Safavides au début du XVIIesiècle. Puisqu'il est impossible de faire mieux, il faut retourner aux sources : "Nous nous sommes inspirés de la première mosquée de l'islam, celle du prophète Mohammed, explique à L'Express Reza Daneshmir. C'était un bâtiment très simple, horizontal et non vertical comme les constructions postérieures. Nous avons voulu créer un édifice en phase avec notre époque, plutôt que de chercher à copier l'ancien" »[2]. 

Le grand mot est lâché : « l’identité islamiste » ! Cette mosquée introduirait des idées extérieures à l’Islam lesquelles vont naturellement dénaturer l’identité, la culture, les arts de l’Iran, et pire bien sûr, la religion islamique elle-même ! Or, au contraire, ce que semble montrer l’histoire de l’architecture en Iran, c’est qu’il s’est constamment enrichi des apports extérieurs comme de celui des civilisations antérieures. L’iwan pas plus que le dôme ne sont des inventions propres à l’islam, ils datent d’avant la période islamique mais ils se sont intégrés progressivement dans l’architecture des mosquées iraniennes ! S’il fallait respecter « l’identité islamiste », faudrait-il que toutes les mosquées soient la copie conforme de la maison du prophète ? Auquel cas, elles n’auraient évidemment pas d’iwan, ni dôme et ni minaret ! Les islamistes iraniens rejouent seulement à loisir la bataille d’Hernani : ceux qui ne veulent surtout rien changer contre ceux qui souhaitent innover.

Si, au cours de la dynastie qâdjâr l’architecture connaît un certain déclin ce n’est pas, à mon avis, à cause de l’introduction d’innovations extérieures, européennes en l’occurrence. Mais plutôt parce que cet art européen était alors lui-même en crise, incapable d’inventer des formes nouvelles, reproduisant par académisme des formes anciennes en les surchargeant le plus souvent[3]. Le palais du Golestân en est bien l’exemple par la lourdeur de ses formes et la surcharge de sa décoration « européanisée ». 

L’iwan, la coupole, la décoration géométrique de briques, les céramiques émaillées, les mosaïques, les dessins figuratifs… sont autant d’innovations provenant d’autres cultures, antérieures ou extérieures à l’islam qui ont permis d’enrichir le langage architectural et artistique de cette région du monde, aboutissant au développement de l’identité particulière d’un peuple. Celle-ci n’est pas une donnée figée, intrinsèque, mais bien au contraire, une façon particulière, inventive, de mêler des influences diverses. Il n’y a pas de particulier sans diversité…  

 

Senlis, août 2018


[1] Hamideh Haghighatmanesh. « Les mosquées iraniennes contemporaines ». La Revue de Téhéran. N° 137. Avril 2017.

[2] Catherine Gouëset. « A Téhéran, la mosquée de la discorde ». L’Express. 19 / 04 / 2018.

[3] Les ingénieurs ont été les innovateurs dans l’architecture européenne au XIXsiècle avec l’architecture du fer des ponts, des grandes halles des gares, des verrières, des bâtiments industriels, des marchés, des tours…

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