Une conception révolutionnaire de la peinture – Une vie mouvementée

 

Rome Le Caravage

La redécouverte des œuvres du Caravage est relativement récente, un siècle tout au plus. Stendhal lui consacre peu de place dans le récit de ses promenades à Rome, mais néanmoins beaucoup plus que ses contemporains qui l’ignoraient généralement. Il s’attache à souligner le caractère marqué des personnages plus qu’à la composition de ses tableaux.

« Cet homme fut un assassin ; mais l’énergie de son caractère l’empêcha de tomber dans le genre niais et noble, qui de son temps faisait la gloire du cavalier d’Arpin »[1].

Les caractéristiques de sa peinture, le clair obscur, les couleurs vives et leurs contrastes, les sujets puisés à la fois dans les thèmes de la religion catholique mais aussi dans le quotidien, le réalisme de ses représentations, le dynamisme de ses compositions, comme celles d’une vie particulièrement mouvementée, procès, bagarres, meurtre, exils, interrogent et intéressent nos contemporains. C’est, qu’avec Le Caravage, il ne s’agit plus d’esthétique mais d’interpeller les hommes, ceux qui peignent les tableaux comme ceux qui les regardent. S’il est possible « d’humaniser » l’histoire du Christ et des saints en représentant leurs supplices et leurs souffrances, le Caravage va plus loin dans la vérité des corps, des visages, des drapés, du mouvement, dans les signes de la vieillesse, de la déchéance et de la mort. Et, en ce sens, c’est nouveau et révolutionnaire dans l’histoire de la peinture.

Qui est Caravage ? Michelangelo Merisi da Caravaggio, en français Michel-Ange Merisi de Caravage, dit Le Caravage ou Caravage (selon le lieu où vivait sa famille), est né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole. Il fait son apprentissage dans l’atelier de Simone Peterzano, à Milan, un représentant du maniérisme. Il a participé au tableau « La Madone du Rosaire » et vraisemblablement à plusieurs portraits, en particulier de celle qui sera sa protectrice, Costanza Colonna, épouse de Francesco Sforza, marquis de Caravage. En 1592 [2], il se rend à Rome et est embauché dans l’atelier de Lorenzo Carli puis il passe dans celui de Antiveduto Grammatica. Il y peint ses premières œuvres connues : « Le jeune garçon pelant une poire », « Le Jeune Bacchus malade », « Le jeune garçon portant une corbeille de fruits », « Le jeune garçon mordu par un lézard ». Un an plus tard, il entre en formation comme peintre de fleurs et de fruits dans l’atelier de Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin (1568 / 1640), protégé du pape Clément VIII Aldobrandini et un des peintres les plus appréciés alors à Rome.  Pendant cette période Caravage peint généralement des peintures profanes à fond clair, « La Diseuse de bonne aventure », « Les Musiciens », le « Joueur de luth », la « Corbeille de fruits », « Narcisse ».

A la fin du XVIsiècle, la Contre-réforme assigne à l’art un rôle de propagation de la doctrine catholique. Vers 1598, Caravage commence à traiter de sujets religieux, « Marthe et Marie-Madeleine », « Sainte-Catherine d’Alexandrie », « Le Sacrifice d’Isaac ». En 1599, il reçoit sa première commande importante pour décorer la Chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis-des-Français où il exprime sa conception révolutionnaire de la peinture. Il traite ensuite de plus en plus les grands thèmes des représentations religieuses :  « Judith et Holopherne », « L’Arrestation du Christ », « Le Couronnement d’épines », « La mise au tombeau ». Il se querelle, blesse son protagoniste, et part à Gênes pour se faire oublier. De retour à Rome, une dispute tourne mal, en mai 1606 il tue un homme en duel et il s’enfuit alors pour Naples où il peint « Saint-François en extase », « Le Souper d’Emmaüs », et surtout sa « Madone au rosaire ». Il part ensuite pour Malte où il est reçu dans l’Ordre des Chevaliers de Malte. A La Valette, il peint « La décollation de Saint-Jean-Baptiste » et « Amour endormi ». Il est expulsé de l’ordre après s’être une nouvelle fois battu. Il se réfugie à Syracuse, puis Palerme et Naples et tente de regagner Rome. Il meurt  à l’hôpital de Porto Ercole, situé à une journée de cheval de Rome, en juillet 1610, d’une septicémie conséquence d’une infection osseuse contractée lors d’une blessure occasionnée dans une bagarre à Naples [3].


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] La date est incertaine. Si Roberto Longhi imagine une arrivée vers 1589 / 1590, les premiers témoignages de sa présence à Rome seraient datés de 1594 (Exposition « Caravage à Rome. Amis et ennemis » – Paris 21 / 09 / 2018 – 29 / 01 / 2019), voire de 1596 (Exposition « A l'intérieur du Caravage » - « Dentro Caravaggio », Milan 29 / 09 / 2017 – 04 / 02 / 2018).

[3] Marc Gozlan. « Le Caravage serait mort d’une septicémie à staphylocoque doré ». Le Monde. 20 / 09 / 2018.

Liste des articles sur les tableaux du Caravage à Rome et  Liste des promenades dans Rome par thèmes 

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