Première approche des œuvres du Caravage

 

Caravage Vocation André et Pierre

Cette promenade dans Rome est particulière, construite non pas sur la base d’un de ses quartiers mais autour d’un peintre, Le Caravage (1571 / 1610). Elle le fut à l’occasion d’une restauration et d’une attribution à ce peintre d'un tableau conservé dans les collections royales britanniques « La vocation de Saint-Pierre et de Saint-André », jusqu'alors répertorié comme une simple copie. Du 22 novembre 2006 au 4 mars 2007 était organisée une petite exposition de tableaux détenus par des musées ou des collectionneurs privés. De manière très peu habituelle, celle-ci avait lieu dans des locaux de la gare de Termini sous le titre : « Le Caravage de la Reine, des ténèbres à la lumière » (« Caravaggio della regina, dall'oscurità alla luce »). 

Le tableau en question, peut-être acheté en 1637 par Charles Ier, a été retrouvé dans les entrepôts de la Cour royale. Il avait subi les outrages du temps, repeint et encrassé ; le nettoyage et la restauration de l’œuvre ont permis de démontrer qu’il s'agissait non pas d’une copie, mais peut-être d’un tableau original du Caravage.

Trois personnes sont représentées sur le tableau dont la scène est composée à partir du texte de l’évangile de Matthieu.

« Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre et André son frère, qui jetaient l’épervier à la mer, car ils étaient pêcheurs ; et il leur dit : Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. A l’heure même ils quittèrent leurs filets, et le suivirent »[1].

Jésus est à droite, en premier donc, selon la tradition occidentale de la représentation des images. Il est très jeune, avec un visage serein et naturellement très lumineux qui symbolise la lumière divine dont il est porteur. Les mains du Christ indiquent le chemin, vers la droite, vers l’avenir. 

Au centre, Saint-André dont le visage est partiellement éclairé car il a précédemment reçu la lumière de la foi par l’intermédiaire de Saint-Jean-Baptiste. Par contre, le geste de sa main droite, tournée vers lui, index en avant, semble marquer un étonnement et interroger « Moi ? ». Dans La vocation de Saint-Matthieu, grand tableau de l’église Saint-Louis-des-Français, Le Caravage représente ce même geste d’étonnement de Matthieu quand Jésus le désigne au sein d’un groupe assis autour d’une table d’un bureau de douane. 

Saint-Pierre est à gauche, son visage encore dans l’obscurité car il n’a pas encore rejoint le Christ. Il tient dans sa main droite deux poissons qui rappellent que son frère et lui étaient alors à la pêche quand ils rencontrèrent Jésus. La main gauche de Pierre est ouverte, comme s’il manifestait l’incompréhension. La lumière dans le tableau provient de la gauche, laissant la droite, l’avenir, dans l’ombre.

Les tableaux présents à Termini dans cette exposition sont peu nombreux, issus de collections privées pour trois des quatre, et pour lesquels l’attribution au Caravage est généralement contestée. Il s’agit de « San Giovannino alla Fonte » (Saint-Jean à la fontaine), « Il Cavadenti » (L’arracheur de dents, conservé à la galerie Palatine à Florence) et « L’Isacco Sacrifice » (Le sacrifice d’Isaac, de la collection Barbara Johnson). Ils permettent un premier contact avec cette peinture de lumière et d’ombre, de douceur feinte où rôde toujours la violence ou la mort. 

« Le Caravage est un démon qui bouleverse les critères de beauté de son époque, qui résiste à l’esthétisme régnant, qui fait fi des règles de bienséance de l’art religieux, qui exécute ses toiles les unes après les autres en toute hâte, qui sème la pagaille, qui travaille d’arrache-pied et connaît des jours fastes, qui s’adonne au jeu ou à la débauche et sombre dans le vagabondage et la pauvreté, qui erre la nuit dans les bas-fonds de Rome pour se mêler à la faune dépravée et qui un beau jour doit fuir la ville »[2]


[1] Evangile selon Saint-Matthieu. IV, 18-20.