Des œuvres centrées sur le moment le plus dramatique de l’action

 

Caravage Crucifiement de Saint-Pierre

En 1600, juste après avoir terminé les deux premières toiles de la Chapelle Contarelli à l’église Saint-Louis-des-Français (La vocation et le martyre de Saint-Mathieu), Le Caravage signe un contrat pour peindre deux tableaux destinés à la Chapelle Cerasi de l'Eglise Santa Maria del Popolo [1] : la « Crucifixion de Saint-Pierre » et la « Conversion de Saint-Paul ».

Ces deux tableaux encadrent une œuvre d’Annibal Carrache (1560 / 1609), un contemporain de onze années plus âgé que Le Caravage : « L’Assomption de la Vierge ». Le choix des thèmes de ces trois tableaux n’est pas dû au hasard : Pierre et Paul sont les saints patrons de la ville de Rome et la Vierge Marie la patronne de l'église.

Les deux tableaux du Caravage sont tout à fait étonnants par leur composition qui souligne les aspects les plus triviaux au dépend des personnages théoriquement principaux, Saint-Pierre et Saint-Paul. Dans le premier, ce qui frappe tout d’abord, c’est la paire de fesses d’un des exécuteurs tout à l’effort physique pour dresser la croix sur laquelle Saint-Pierre est cloué, la tête en bas, comme il le demanda par humilité envers le Christ. Dans le second, le regard est d’abord attiré par le flanc et la croupe du cheval avant d’entrevoir Saint-Paul allongé au sol. 

Cette première approche passée, la composition des deux tableaux souligne les actions qui s’y déroulent. Dans l’un comme dans l’autre, Le Caravage supprime tous les détails : les paysages sont remplacés par un fond noir, faisant ressortir la scène elle-même. Les personnages annexes sont réduits : trois exécuteurs qui dressent la croix, un palefrenier qui tient la bride du cheval alors que Saint-Paul chevauchait vers Damas à la tête d’une colonne de soldats.

Le tableau de la crucifixion de Saint-Pierre est organisé selon deux axes perpendiculaires, dans les deux grandes diagonales du tableau, l’une représentée par Saint-Pierre sur la croix et l’autre par les corps de deux des exécuteurs, dessinant ainsi une croix dans le tableau lui-même. Le tableau de la Conversion de Paul est au contraire organisé de façon circulaire, entre le corps et les bras levés de Paul, au sol, et les pattes et le corps du cheval qui le domine. Dans l’un comme dans l’autre, la lumière tombe en diagonale, du haut à droite ou du haut à gauche, en fonction de la position des tableaux dans la chapelle.

L’attitude des deux personnages laisse à penser qu’ils acceptent « naturellement » la situation qu’ils subissent. Pierre est un vieillard qui s’abandonne sous la douleur. Paul, tombé à terre après avoir reçu une grande lumière venue du ciel, reste au sol, les bras levés, attendant la sentence de Dieu. Par la brutalité des scènes représentées, leur caractère « vériste », les plantes des pieds sales de l’exécuteur en premier plan, les traits tirés et les rides de Pierre, on est loin des canons de la peinture maniériste d’une époque désormais révolue, mais aussi des représentations léchées et assez fades du tableau de Carrache situé en sandwich entre les deux œuvres du Caravage ! 

Les versions originales des tableaux, exécutées sur bois de cèdre selon la demande, avaient été refusées, et les œuvres qui se trouvent actuellement dans la chapelle Cerasi sont donc des secondes versions du Caravage. « La Conversion de Saint-Paul sur le chemin de Damas » révélait, dans la première version, une composition complexe dans laquelle le saint apparaissait éclipsé par rapport au cheval. Cette première version est conservée dans la collection privée de la famille Odescalchi Balbi. Quant à la première version de la « Crucifixion de Saint-Pierre », celle-ci a disparu.

Ces deux thèmes sont également ceux des deux dernières peintures de Michel-Ange faites à fresque pour la Chapelle palatine et réalisées vers 1540. Le Caravage se prénommait Michelangelo et il n’est pas donc pas exclu qu’il ait voulu se confronter au maître incontesté de la peinture. Par delà la question de la taille de la surface à traiter qui était évidemment bien différente, un mur (6m25 x 6m61) et une toile (2m3 x 1m75), Caravage choisit, comme à son habitude, de se focaliser sur le cœur de l’action, le Saint et les éléments indispensables à la compréhension de celle-ci, le bourreau et ses aides, le cheval et le palefrenier,  gommant tout le reste. 


[1] Santa Maria del Popolo - Du lundi au vendredi : de 7h30 à 12h30 et de 16h à 19h. Samedi de 7h30 à 19h.

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