Une des résidences du Caravage à Rome - Mauvais payeur et casseur de plafond !

 

Caravage La mort de la Vierge

La ruelle de l'Amour Divin (et non pas du Divin Amour ce qui, en français, n’a pas tout à fait la même signification !), située entre la piazza Borghese et la via dei Prefetti, est nommée ainsi d'après l'église de l’Amour Divin située à proximité. En 1131 l’église était dédiée à la martyre chrétienne Sainte-Cécile parce qu’elle aurait été construite sur les ruines de la maison où elle allait prier. Une petite pierre commémorative, trouvée en 1604 sous l'autel, précise : « Haec est domus ici orabat Sancta Caecilia – MCXXXI » (« Ceci est la maison dans laquelle priait St. Cecilia – 1131 »). Dans le catalogue des églises de Rome rédigé en 1192 par Cencio Savelli, qui devint pape sous le nom d'Honorius III (1216 / 1227), l'église serait appelée « S.Caeciliae champs Martis». 

En 1525 le pape Clément VII a donné la petite église à une Confrérie laquelle a attribué l'église à leur saint-patron, Saint-Blaise, et la ruelle a été appelée San Biagio. En 1802, le Pape Pie VII a donné l'église à la Fraternité de l'Amour divin, laquelle a changé le nom de l'église en Notre-Dame de l'Amour Divin et le nom de la ruelle a suivi. 

Le 16 septembre 1604, Le Caravage loue une maison dans la ruelle San Biagio (aujourd’hui au n°19 du vicolo del divino Amore). La ruelle longeait la maison de l'ambassadeur de Florence à Rome. Les registres paroissiaux de l’église San Nicola dei Prefetti mentionnent, en 1605, la présence du peintre et son apprenti Francis. La maison du n°19 est composée d’un logis au rez-de-chaussée, d’un escalier, de deux chambres au premier étage, d’un grenier, d’une cour et  d’un jardin. De fait, la demeure est possédée par le juriste du Vatican Laerzio Cherubini. Celui-ci avait commandé à l’artiste, en 1601, un tableau pour l'autel de la chapelle pour laquelle il venait d'acquérir des droits à Santa Maria della Scalain Trastevere sur le thème de « La mort de la Vierge ». Caravage y travailla probablement vers 1604, bien au delà de l'échéance initialement prévue par le contrat pour rendre la toile, 1602 ! C’est vraisemblablement dans cet appartement que Le Caravage peignit « La mort de la Vierge » mais aussi « Le Christ au jardin des oliviers ».

La demeure est gérée par Prudenzia Bruni qui passe le contrat de location avec le peintre. Il semble que le contrat prévoyait la possibilité de démonter le milieu du plafond d’une des chambres, vraisemblablement pour avoir plus de hauteur et plus de lumière avec les fenêtres du grenier, à condition toutefois que la situation initiale soit restaurée à la fin du contrat, aux frais du locataire. Le loyer est payé régulièrement par Le Caravage jusqu’en février 1605. Suite à une rixe, Le Caravage s’exile quelques temps à Gênes et, quand il revient à Rome, le 26 août, Prudenzia Bruni a fait placer sous séquestre les biens du peintre afin de se faire rembourser une dette de loyer de 22,50 couronnes [1]. La réputation du Caravage s’enrichit d’être un mauvais payeur et un casseur de plafond ! 

Terminé en 1605 ou 1606, le tableau de « La mort de la Vierge » fut exposé sur l’autel de la chapelle de l’église Santa Maria della Scala in Trastevere mais très vite refusé par les moines de l‘église au motif que c’était une œuvre irrévérencieuse et blasphématoire. Le tableau est composé selon une grande diagonale qui part du haut, à gauche, et descend jusqu’au buste de la Vierge, habillée de rouge, et la nuque très lumineuse de Marie-Madeleine en premier plan. Le Caravage, comme à son habitude, dessine une scène non pas idéalisée mais très réelle, un corps abandonné… Evidemment, dans l’esprit religieux de ce temps, la Vierge qui fut exemptée de tous péchés, « l’Immaculée Conception », ne pouvait pas être réduite à un cadavre ! Son corps, enveloppé d’un manteau bleu selon les canons de l’époque, et son âme devaient être emportés au paradis par une nuée d’anges, accompagnés d’une musique divine [2]. 

Le tableau fit néanmoins grand bruit, immédiatement acheté par Rubens pour Vincent Ier, duc de Mantoue, au prix très élevé de 300 écus. Le duc de Mantoue organisa une exposition du tableau dans sa résidence romaine pour satisfaire la curiosité des Romains. Le tableau passa ensuite dans la collection de Charles Ier d'Angleterre, puis dans celle de Louis XIV. Il est aujourd'hui conservé au musée du Louvre.


[1] Cf. La Reppublica. « Vita quotidiana : vicolo del Divino Amore ». 05 Avril 2011.

Gérard-Julien Salvy. « Le Caravage ». 2008.

[2] Voir le tableau réalisé par Carlo Saraceni commandé pour remplacer l’œuvre du Caravage et exposé à Santa Maria della Scalla dans le Trastevere.

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