Pollution des « France-au-revoir » et des « Mari-capable »

 

Burkina Faso Ouagadougou Affiche 1

« Ouagadougou !

Tenez ! je préférerais ne pas vous parler de cette ville. Les hardis bâtisseurs à qui nous la devons ont supposé qu’il y aurait cent mille habitants, un jour, à Ouagadougou. Deux cent mille peut-être ? Le français voit petit ? En France, certainement ; en Afrique, il se rattrape » [1].

 La grande avenue centrale, qui coupe Ouagadougou, d’Ouest en Est, traverse successivement le quartier du marché où sont situés également la Maison du Peuple, les agences des compagnies aériennes, les hôtels Relax et RAN. D’abord Avenue Nelson Mandela elle devient, après le rond-point des Nations-Unies, le Boulevard de la Révolution en pénétrant dans le quartier des ministères jusqu’au Palais Présidentiel situé dans l’axe du boulevard. Après le contournement de la  Présidence, cette grande avenue centrale se transforme en Boulevard Charles de Gaulle lequel franchit la zone de l’université avant de retrouver les quartiers pavillonnaires de Zogona et Ouemtenga. A la lisière Nord du quartier résidentiel de Zogona s’étend le « bois de Boulogne », une petite zone boisée en fort mauvais état. 

« Plus large, plus longue que les Champs-Élysées, une allée coupe en deux la brousse brûlante » [2].

Le Journal du soir titre : « FUMEE SUR LE FASO - Tous les vendredis - Désengorger Charles de Gaulle » [3] ! Il ne s’agit évidemment pas de notre Grand Charles mais de l’avenue qui porte son nom et qui « est engorgée parce que sa conception n’est pas adaptée à la réalité des deux roues » [4] entraînant la création d’un « filet de fumée sous le ciel du Faso ». Une solution est proposée : « bitumer la voie poussiéreuse de Boinsyaaré ». Bien renseigné, le journaliste termine son article en précisant « ... d’ailleurs une promesse avait été faite dans ce sens. Et depuis, plus rien. Que s’est-il passé ? ». Bonne question. Mais que font les autorités compétentes ? Pourtant le maire de la ville - encore un Compaoré de l’ethnie du Président - est sur le terrain. Nous l’avons vu arpentant l’avenue de Bobo-Dioulasso et discutant avec ses administrés. Mais l’avenue de Bobo-Dioulasso est à l’extrême opposé de l’avenue Charles de Gaulle. Il lui faut le temps d’arriver à Charles de Gaulle, sans doute.

La pollution atmosphérique à Ouagadougou n’est pas un vain mot. Alors qu’il n’y a pas ici la moindre petite usine de transformation - il n’existe qu’un petit atelier de montage de bicyclettes de couleur bleue, « parce que le bleu, c’est plus solide » - l’air que l’on respire est totalement pollué par les gaz d’échappement des automobiles et des vélomoteurs. Pour les mobylettes, les unes, de marques japonaises, sont surnommées « Mari-capable » parce qu’elles montrent à vos voisins que votre mari gagne assez d’argent pour vous payer une mobylette neuve. Les autres s’appellent « France-au-revoir », de marques très diverses et venant de France après une longue carrière dans ce pays. Pour les unes comme pour les autres, il est fréquent de les faire fonctionner avec des mélanges d’essence enrichis en huile à 8, voire 9 ou 10%. En conséquence, la traçabilité de vos déplacements est remarquable, pas de problème pour vous filer et repérer votre chemin, il suffit de suivre le nuage qui sort de votre pot d’échappement. La chose se complique dans la mesure ou toutes ces vapeurs finissent par se mélanger en une nuée qui stagne au-dessus des rues de la ville.

La pollution de l’air est aggravée à la saison sèche d’une part parce que, faute de vent, les gaz toxiques stagnent sur la ville, d’autre part du fait de la poussière soulevée par les véhicules dans les très nombreuses rues qui ne sont pas goudronnées. Certains soirs, quand aucun souffle d’air n’est venu chasser vers d’autres territoires les poussières et les gaz d’échappement en suspension, la pollution de l’atmosphère est si forte qu’elle vous prend à la gorge et vous irrite les muqueuses [5]. 


[1] Albert Londres. « Terre d’ébène ». 1929. 

[2] Idem.

[3] « Fumée sur le Faso tous les vendredis ». Le Journal du soirDimanche 21 février 1999.

[4] Citations de l’article « Fumée sur le Faso tous les vendredis ».

[5] En 1993, plus de 16 000 cas d’affections des voies respiratoires avaient été constatées à Ouagadougou. Elles constitueraient la deuxième cause de consultation dans les dispensaires.

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