Expansionnismes coloniaux – La colonne sanguinaire Voulet-Chanoine

 

Burkina-Faso Moro-Naba Wobgo

 « Parti de Kayes, le 28 octobre 1890, (le capitaine Monteil) signe des traités avec le roi du Mossi et les chefs de la région située entre ce pays et le Niger qu’il franchit » [1].

Au XIXesiècle, le pays mossi comprenait deux royaumes, l’un du Yatenga, dans les régions Nord du Burkina-Faso actuel, l’autre de Wagodogo, centré sur Ouagadougou. Une guerre de succession opposant deux branches de prétendants du royaume du Yatenga, Naba Baogo représentant l’une des deux branches, celle des fils de Saaga, fait appel aux Français en 1894. Une colonne française, partie de Bandiagara, arrive à Ouahigouya, résidence du souverain du Yatenga, en mai 1895. Un mois plus tard, Naba Baogo meurt dans la bataille de Tyu, laissant la place à son adversaire, Naba Bulli, de l’autre branche, celle des fils de Tuguri ; celui-ci signe immédiatement un traité de protectorat avec les Français. 

En septembre de la même année, les Français occupent l’autre royaume Mossi, le royaume de Wagodogo, et entrent dans Ouagadougou. Le souverain Naba Wobgo se réfugie en Gold Coast, sous influence anglaise, refusant tout protectorat français. Le 20 janvier 1897, le capitaine Voulet signe un accord avec un frère du souverain, le Moro-Naba Sigri, et deux de ses conseillers [2]. Tout le pays Mossi passe ainsi sous la domination française. Toutefois, presque partout, et notamment dans l’Ouest, les Français se heurtent à une forte résistance.

 « En 1897, les capitaines Voulet et Chanoine complètent l’œuvre de Monteil en installant définitivement notre autorité dans le Mossi et le Gourounsi et font leur jonction avec une mission venue du Dahomey. Ils fermaient ainsi définitivement la route du Niger aux explorateurs de la Gold Coast anglaise et du Togo allemand » [3].

La « mission civilisatrice » de la France visait donc surtout à contrarier les expansionnismes anglais et allemand !

« ... Les fabricants parcourent le monde en quête de débouchés pour les marchandises qui s’entassent ; ils forcent leur gouvernement à s’annexer des Congo, à s’emparer des Tonkin, à démolir à coup de canon les murailles de la Chine, pour y écouler leurs cotonnades » [4].

Les deux conquérants des royaumes mossis, les capitaines Voulet et Chanoine, ce dernier étant fils du ministre de la Guerre, seront traités à leur retour en France comme des héros. A la suite de leurs exploits en pays Mossi, ils se verront confier l’une des trois colonnes chargées de soumettre l’émir Rabah au Tchad. Partie du Soudan français, leur troupe pillera, brûlera et massacrera avec une telle férocité que le Gouvernement français sera obligé d’envoyer une colonne à leur poursuite pour les destituer et tenter de reprendre le contrôle des soldats. Engagés dans leur folie sanguinaire, Voulet et Chanoine feront assassiner les officiers venus leur signifier leur destitution et ils imagineront alors se « tailler » un royaume africain. Ne pouvant plus espérer ramener le produit de leurs razzias chez eux, les « tirailleurs sénégalais » de la colonne finirent par se révolter et tuer ces deux fous de guerre.

En pays mossi, les révoltes contre l’occupation étrangère ne cesseront pas jusqu’en 1917.

« Seigneur, pardonne à ceux qui ont fait des Askias des maquisards, de mes princes des adjudants
De mes domestiques des boys et de mes paysans des salariés, de mon peuple, un peuple de prolétaires.
Car il faut bien que Tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages » [5].


[1] Ministère de la Guerre. « Manuel à l'usage des troupes employées outre-mer ». 1927.

[2] Basile Laetare Guissou. « De l'Etat patrimonial à l'Etat de droit moderne au Burkina Faso ». Thèse de doctorat. Université́ de Cocody (Abidjan). 2002.

[3] Ministère de la Guerre. « Manuel à l'usage des troupes employées outre-mer ». 1927.

[4] Paul Lafargue. « Le droit à la paresse ». 1883.

[5] Léopold Sedar Senghor. « Prière de paix ». 1945.

Liste des articles sur Chroniques burkinabées

Télécharger le document intégral