La plus vieille course cycliste d’Afrique – Un tour qui n’en ai pas tout à fait un !

 

Burkina-Faso Tour du Faso

Sur la route de Niamey, le dimanche matin, de vaillants coureurs cyclistes s’entraînent sur le « goudron ». S’ils ont certes des vélos de course, leurs machines semblent assez anciennes et peser du plomb. Ajouter à cela qu’il faut pédaler sous un soleil du même métal ! 

Seront-ils parmi les participants des équipes du « Tour cycliste du Faso » de décembre 1996 ? Tour qui devrait les conduire de Banfora, au Sud-ouest, à Ouagadougou, en passant par Fada N’Gourma, à l’Est, et bien sûr par l’absolument inévitable Ziniaré [1]. 

Le Tour du Faso est une course cycliste par étapes disputée au Burkina-Faso sur le modèle du Tour de France. La première édition a eu lieu en 1987 [2] et fait du Tour du Faso la plus ancienne course cycliste africaine. Drôle de « tour » qui ne fait aucun tour du pays, mais un déplacement d’Ouest en Est ! En effet il n’existe aucune route goudronnée qui permette de faire un véritable tour du pays, mais seulement de grandes radiales qui traversent le Burkina de la Côte d’Ivoire vers le Niger, ou du Mali vers le Togo.

Curieux « tour », avec un maillot de la montagne alors que le pays est plutôt plat et le point culminant du plateau burkinabé est situé à 794 mètres, où « les départs sont soumis à des paramètres plus touffus que la somme des mystères de la création », où les coureurs « abandonnés par leurs dirigeants qui festoient dans le seul hôtel réquisitionné, s’apprêtent à se coucher dans une école sans électricité » [3]. Encore que, les hôtels dans les petites villes, ce n’est pas nécessairement le lieu d’un repos réparateur [4]. 

Mais, avec ou sans montagnes, il faut reconnaître aux participants du Tour du Faso et aux Burkinabés en particulier, une foi formidable pour les déplacer, les montagnes, une volonté de participer qui en rabat aux plus grands champions cyclistes compte-tenu des difficultés inhérentes au pays. C’est que le Tour du Faso s’effectue sous une chaleur comprenant des pointes à 40°, sur des routes goudronnées parfois pleines de nids de poules mais aussi en empruntant des pistes de latérites poussiéreuses, sans parler des conditions sommaires d’entretien et de réparation des vélos et enfin de celles du repos des participants parfois rudimentaires, le tout néanmoins agrémenté d’une bonne humeur à toutes épreuves (même cyclistes) ! 

Formidable vitalité de l’Afrique ! Dans le dénuement, chacun invente néanmoins, jour après jour, les conditions de la survie, poursuit avec obstination sa quête du bonheur, avec l’énergie de l’espoir, dans un formidable éclat de rire, un plaisir d’être, une force immense qui font apparaître, en comparaison, nos riches sociétés occidentales bien fades et tristounettes.

« Afrique,
ne tremble pas le combat est nouveau,
le flot vif de ton sang élabore sans faillir
constante une saison ; la nuit c’est aujourd’hui au fond des mares
le formidable dos instable d’un astre mal endormi,
et poursuis et combats - n’eusses-tu pour conjurer l’espace
que l’espace de ton nom irrité de sécheresse » [5].


[1] Village natal du président de la République, Blaise Compaoré.

[2] Le Tour du Faso a fêté son trentième anniversaire du 27 octobre au 7 novembre 2017, avec 17 équipes et en parcourant 1289 km, de Koulbila à Ouagadougou, en 10 étapes (2018). 

[3] Jean-Louis Le Touzet. « Libération ». 18 décembre 1996.

[4] Voir le texte suivant « Pouytenga et Koupéla ».

[5] Aimé Césaire. « Ferrements – Afrique ». 1960.

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