Exposition dans la brousse – Un village inévitable

 

Burkina-Faso Laongo sculptures

Sur la route de Niamey, à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou, une piste de latérite part, sur la gauche, en direction du village de Ziniaré. Après trois ou quatre kilomètres dans un nuage de poussière rouge de latérite, est annoncée une exposition de sculptures au milieu de la brousse. L’entrée et la promenade y sont libres : ni portes, ni enclos, ni gardiens, ni tickets [1]. Depuis 1989, de jeunes artistes de plusieurs pays viennent régulièrement  réaliser, chaque année, au lieu dit Laongo, des sculptures sur ce chaos granitique dispersé dans une savane aux arbres chétifs. 

Chaque artiste, au gré de sa fantaisie, de son imagination, s’empare d’un bloc de pierre pour y créer une œuvre. L’un, d’un bloc posé au sol, le transforme en une tête de dieu « Chnoum », le dieu égyptien à tête de bélier ; un autre fait surgir des têtes d’une masse de granit, ou esquisse une main sur un bas-relief ; d’autres sculptures enfin sont non-figuratives, les blocs sont alors taraudés de lignes géométriques en forme de flèche dont la pointe est située sur autre bloc à quelque distance, ou encore des dessins magiques entaillent la roche. Les sculptures, sans être gigantesques, mesurent de cinquante centimètres à quelques mètres. Si certaines œuvres apparaissent naïves dans leur traitement ou conventionnelles par ce qu’elles représentent, d’autres montrent une maîtrise de la matière et une grande force de conception. Le plus étonnant est bien sûr la situation de ce « musée » qui devient un lieu de promenade pour les Ouagalais. Le dimanche, il y a toujours quelques voitures garées au bord de la piste et deux ou trois petits groupes qui déambulent parmi les chaos granitiques. Parfois, un vieillard ou un enfant curieux vient observer ces étrangers pendant que des paysans passent tranquillement à bicyclette sur la piste.

« Ziniaré » signifie en langue morée « du jamais vu ». Ce nom ne fait pas référence à cet étrange musée de sculptures en plein-air mais à un évènement qui se serait produit vers l’année 1750 dans l’Oubritenga (la terre d’Oubri) : le commerce de galettes ! Il aurait été pratiqué pour la première fois par la mère de Naaba Zombré laquelle préparait des galettes tellement délicieuses qu’elles attiraient beaucoup de gens pour en manger. En échange des galettes, les visiteurs proposaient d’autres produits. Cela aurait constitué une innovation et Naaba Zombré se serait exclamé, c’est « du jamais vu » ou « Zi-n-yaré ». Voilà comment aurait été inventé l’échange commercial ! Mes illusions sur l’importance de la création artistique dans la fréquentation du lieu s’envolent. Il faut être réaliste et c’est peut-être ainsi que Ziniaré est devenu le premier marché du Royaume Mossi de Ouagadougou, marché sur lequel s’échangeaient des produits agricoles et artisanaux contre des galettes. 

Dans le cadre d’une session de formation, nous avons proposé que les participants puissent effectuer une enquête en milieu rural afin d’enquêter auprès d’agriculteurs pour mieux connaître leurs organisations, leurs problèmes et identifier d’éventuels besoins de formation. Les autorités burkinabés nous proposent de nous rendre au village de Goué, dans le commissariat de Ziniaré, à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou. Pur hasard ? Ziniaré est le « village du Président » [2], aussi avant de rejoindre Goué, devons-nous faire un détour par Ziniaré afin de nous présenter aux autorités locales, le commissaire et le responsable des services agricoles. Il est en effet inimaginable de pouvoir se rendre sur le terrain sans saluer les responsables locaux et leur expliquer ce que nous venons faire ici. Cette situation n’est pas sans rappeler celle vécue en  Lozère, en 1970, quand nous y faisions des enquêtes en milieu rural. Fréquemment la maréchaussée venait contrôler nos papiers d’identité car, après mai 68, le gouvernement français craignait la constitution de « maquis révolutionnaires » dans ce département ! Bref, le responsable des services agricoles est évidemment absent et, dans l’attente de son éventuelle arrivée, nous pouvons assister au ballet des mobylettes dans la cour du service. Mobylettes qui arrivent, des secrétaires qui viennent travailler, mobylettes qui partent, des vulgarisateurs qui vont rencontrer des agriculteurs. Quant au commissaire de Ziniaré auprès de qui nous allons expliquer les raisons de notre présence, s’il nous reçoit fort civilement, il se montre très modestement intéressé par notre démarche !


[1] Les choses ont changé depuis ! Ouverture 7j/7, de 8h à 17h. Entrée : 2 500 FCFA/personne (incluant la rémunération du guide) avec 2h de visite guidée (2018).

[2] Blaise Compaoré, président de la République du Burkina-Faso de 1987 à 2014. Arrivé au pouvoir en 1987 par un coup d’Etat contre le président Thomas Sankara et chassé par la révolution populaire de 2014 au cours de laquelle il est exfiltré par l’armée française vers la Côte d’Ivoire (2018).

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