Tout est question de prix - Mais quel prix ?

 

Burkina-Faso STMB

Devant être présent à Bobo-Dioulasso un lundi midi, à 350 km de Ouagadougou, je recherche les différentes possibilités de transport : les avions n’assurent pas le trajet le lundi et les cars climatisés ne partent que le lundi après-midi. Restent les bus de la STMB (Service de Transport Mixte Bangrin [1]). La gare des autobus de la STMB  est située non loin du centre ville, Boulevard de l’Indépendance, à l’intérieur d’une vaste cour ouverte sur la rue par un portail métallique. Dans la cour stationnent deux gros bus blancs et bleus. A droite, sous un auvent de tôles métalliques, un guichet est percé dans le mur. 

Plusieurs personnes attendent devant le guichet, une femme avec sa petite fille portée sur le dos dans un repli de sa robe et trois hommes, plutôt jeunes, mais habillés de manière traditionnelle avec une gandoura légère, blanche. Seul l’un d’entre eux parle, mais avec difficulté, le français. Il se fait l’interprète des deux autres pour acheter le billet de bus qui doit leur permettre de retourner dans leur village. Après s’être fait répéter le prix du billet par l’employé, il semble en informer ses deux compagnons qui recherchent dans les plis de leurs vêtements la somme nécessaire, dans les 2 500 francs CFA, soit 25 francs français [2]. Ils en tirent des billets pliés et roulés, noircis et couverts d’une croûte de crasse à force de circuler de mains en mains. Ce sont des billets de 500 francs CFA, la plus petite coupure existante. Un autre sort un mouchoir fermé d’un nœud dans lequel il a une vingtaine de pièces de 100 et 50 francs CFA. Ils comptent les 2500 francs CFA, 50 francs par 50 francs. Sous l’auvent de tôle, d’autres voyageurs attendent le départ des bus. La plupart d’entre eux sont habillés de frais, hommes, femmes et enfants ont enfilé leurs plus beaux vêtements, propres et bien repassés, pour faire le voyage. Ils sont assis sur des bancs alignés les uns derrière les autres. Ils attendent patiemment en regardant autour d’eux. Les enfants restent aussi sagement dans les jupes de leurs mères.

Les horaires de la STMB ne me conviennent pas davantage car le transport est d’une durée trop longue pour pouvoir être à Bobo le lundi midi, car les horaires d’arrivée semblent assez élastiques. Reste la location d’une voiture. « L’Agence de location de voitures » située dans le hall de l’hôtel, sous l’escalier qui dessert les chambres, est constituée d’un vieux bureau métallique et d’une chaise. Le patron de « l’agence » peut mettre un véhicule à ma disposition pour me conduire à Bobo-Dioulasso pour la somme de 70 000 francs CFA que, par marchandage, j’arrive à faire descendre à 50 000. Repassant dans le hall de l’hôtel après ce premier round de négociation, le patron de l’agence me précise qu’il faut payer aussi le chauffeur, soit 10 000 francs. Rebelote, après de nouvelles négociations et sachant qu’il y aurait deux voyages à faire, un lundi, et un autre, jeudi, nous aboutissons à un tarif de 105 000 francs pour les deux voyages, paiement du chauffeur inclus. Nous concluons l’affaire à ce prix et il me laisse la copie d’un contrat à compléter. Une demi-heure après, à nouveau de passage dans le hall, le patron m’apostrophe une nouvelle fois pour me préciser qu’il faut rajouter l’essence bien sûr ! Par acquis de conscience, je lui fais préciser combien il faut compter pour l’essence, 15 000 à l’aller et autant au retour, bilan : le prix du voyage regrimpe à plus de 80 000 ! Décidément, le cours du trajet Ouaga-Bobo varie constamment à la bourse locale. Mais cette fois, j’annonce qu’il est vraiment trop cher et que je vais m’adresser ailleurs.

En discutant avec le chauffeur de taxi que nous utilisons habituellement à Ouagadougou, Athanase, celui-ci me propose le voyage à 50 000 francs plus 15 000 d’essence, qui se transformeront d’ailleurs en 20 000 le jour du départ quand il faudra discuter avec son patron. En effet, le plus souvent, les chauffeurs ne sont pas propriétaires de leur véhicule, celui-ci peut appartenir à un commerçant, un rentier, un fonctionnaire qui le loue une somme fixe par jour à un chauffeur. Pour des commandes extraordinaires, le chauffeur doit en référer à son patron, d’autant plus que, réglementairement, les taxis ouagalais, de couleur verte, n’ont pas le droit de sortir de l’agglomération. 

Le cours du voyage Ouaga-Bobo sur le marché libre est vraiment trop difficile à suivre et aucune mercuriale ne vient vous aider à dévoiler l’opacité de l’offre et de la demande.


[1] La STMB a été déclarée en faillite en 2011 (2018).

[2] En 1999, 2 500 francs CFA = 25 francs français soit environ 5 euros de 2018. 50 FCA de 1999 représentent environ 10 centimes d’euros de 2018 (2018).

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