La mosquée Dioulasso-Bâ – Le lit du Wé

 

Burkina-Faso Bobo Dioulasso mosquée Dioulasso-Bâ

La mosquée Dioulasso-Bâ est un bâtiment construit en latérite, argile et beurre de karité, renforcé de poutres de bois, suivant une architecture de type soudanais. Sa construction, débutée en 1870, a duré 10 ans. Elle possède deux grands minarets et 65 piliers de soutènement. Son architecture intérieure est organisée en travées qui se croisent, formant un véritable damier. Les travées sont étroites, la portée étant limitée par la longueur des pièces de bois qui assurent la charpente. Bien évidemment, dès notre arrivée sur place, nous sommes cornaqués par deux adolescents qui nous accompagnent dans notre tour de la mosquée en nous donnant des informations qui ne correspondent d’ailleurs pas à celles de notre guide touristique. 

Les deux adolescents nous collent également aux basques dans notre visite de la vieille ville, le quartier de Kibidoué, dont toutes les maisons sont en banco, serrées les unes contre les autres, séparées par de petites ruelles tortueuses. Une partie de la vie familiale se déroule dans la ruelle ou sur de petites placettes, on y mange, on s’y lave, on s’y tresse les cheveux. En contrebas, le Wé est un petit ruisseau à l’eau couleur de plomb fondu qui sert à tous les usages : des femmes s’y lavent, d’autres, puisent de l’eau pour la maison, certaines y lavent le linge. Les bords du Wé sont un véritable dépotoir, vieux pneus, culasses d’automobiles, merdes de chèvres, mâchoires de moutons, débris végétaux, vieux chiffons graisseux. Par endroits, des enfants manient la daba pour créer un petit potager de quelques mètres carrés qui seront entourés de pneus usagés semi-enterrés pour marquer le territoire. Dans un petit renfoncement d’un demi-mètre carré, pataugent les poissons sacrés, des silures d’une vingtaine de centimètres, qui doivent être des bêtes increvables compte-tenu de l’incroyable charge en pollution de l’eau. Un peu plus loin, un homme creuse l’argile des berges, mouille la cavité avec l’eau du Wé, puis découpe des briques d’argile qu’il fait sécher sur les berges du ruisseau. Il y a une vingtaine de briques qui attendent au soleil. En saison des pluies, le Wé se gonfle et devient une rivière de deux à trois mètres de large sur un à deux mètres de profondeur. A cette occasion, il en profite pour jouer les éboueurs, il emporte vieux os, morceaux de bois, plastiques, déjections d’animaux et d’hommes qu’il abandonnera plus loin, dans les champs. Mais, contre les culasses de moteur et les ponts arrière d’automobiles, il ne pourra rien, sa force n’étant pas suffisante.

Il est également possible de visiter des ateliers d’artisans, forgeron et fondeur. Ce dernier vous fait entrer dans la cour de sa concession où travaillent quatre ouvriers. L’un modèle une statuette avec de la cire, un autre lime, sur un étau de fortune, une pièce récemment fondue, deux autres se préparent à casser un moule. Le fondeur explique avec pédagogie les différentes étapes de la réalisation des statuettes à la technique de la cire perdue : modelage en cire d’abeille de la statuette, puis celle-ci est entourée d’un moule d’argile laissant deux emplacements pour y couler l’alliage de cuivre et de zinc lequel fera fondre la cire. Sous le hangar de tôle, à l’abandon dans différents endroits, il nous montre différentes pièces correspondant à chacune des étapes de la fabrication. Sa technique marketing est assez au point. Après cette explication des différentes étapes du processus de production, il vous conduit dans le hall d’exposition et de vente, une pièce de banco couverte de tôle où les statuettes sont présentées sur des étagères. Ce sont essentiellement des femmes aux formes stylisées et, à mon goût, c’est assez laid mais c’est ce qui doit se vendre. D’un point de vue commercial, sa technique de vente est strictement identique à celle des verriers de Murano ! Je n’ai toutefois pas demandé s’il acceptait les cartes de crédit et assurait les expéditions internationales. Nous ne ferons pas la visite des fabricants de djembés que je me vois mal ramener en France. 

De retour au taxi, je propose un pourboire aux deux jeunes qui nous ont « accompagné » contre notre gré, pourboire calculé à la mesure du « travail effectué » en comparaison des prix de différents services locaux. Mais, manifestement, les jeunes surestiment leur prestation de « guide touristique » et prétendent qu’ils doivent en sus reverser une dîme au chef de village. Le chauffeur s’en mêle qui confirme que la somme proposée lui apparaît bien suffisante. Le ton monte entre Burkinabés qui se traitent réciproquement de menteurs. Un vieil homme, sortant de la mosquée et interrogé par le chauffeur, confirme que chacun verse ce qu’il veut. Le vieux sage a parlé et chacun accepte peu ou prou son intervention, bien que les deux adolescents continuent de « rouméguer » [1].


[1] Rouméguer : de l’occitan romegar, ronchonner, maugréer.

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