La pantomime de l’Homme-Cerf – Le refuge du peintre symboliste Charles Lucien Moulin

 

Molise Moulins C, L, Paesaggio

En faisant des recherches sur cette étrange histoire de faux « vrai-film de guerre », cette mascarade tragique des armées alliées, afin d’en vérifier l’authenticité, je découvre d’autres particularités de ce petit hameau de 230 habitants, situé à 4 kilomètres du centre de la commune, Rocchetta a Volturno.

La petite place ensoleillée de Castelnuovo, toute simple, servant de parking à voitures, est aussi le lieu de représentation d’une fête séculaire. En février, le dernier dimanche du carnaval accueille un événement dont les origines remontent certainement à la nuit des temps : le rite de l’Homme-Cerf[1].

L’Homme-Cerf est habillé de peaux de chèvre foncées sur lesquelles sont placées des sonnailles qui tintent avec ses gestes et déplacements. Il a la peau des mains et du visage teintée en noir. Sur la peau de chèvre qui lui couvre la tête, il porte de magnifiques cornes de cerf. Son aspect inspire la peur, il se comporte d’ailleurs avec brutalité et méchanceté. L’Homme-Cerf apparaît à la tombée de la nuit, dans le haut de la place, venant de la montagne, aux bruits des tambours, en dansant et faisant tinter ses sonnailles, il s’approche des habitants massés autour de la place, en poussant des cris affreux pour les effrayer et en bousculant tout ce qu’il rencontre.

Arrive ensuite, une Femme-Biche, habillée d’une peau de chèvre blanche et dansant avec légèreté. Cerf et biche entament une parade nuptiale mais celle-ci ne diminue pas leur nature sauvage, ils poussent des cris, continuent à effrayer les spectateurs. Apparaît alors un nouveau personnage, mystérieux, tout de blanc vêtu et portant un étrange chapeau pointu, Mago Martino. Il tente de dompter les deux animaux qu’il finit par tenir en laisse, mais ceux-ci restent sauvages, farouches, refusant la polenta que les habitants du village viennent leur offrir en signe de bienvenue et de paix, bousculant la table sur laquelle est placé le plat de polenta.

Enfin, le chasseur intervient qui tue les deux animaux, arrêtant ainsi la terreur et les destructions. Mais, le chasseur se penche sur les cadavres de l’Homme-Cerf et de sa compagne et leur redonne la vie en soufflant dans leurs oreilles. Ils revivent mais ils sont désormais calmés et domptés.

Cette pantomime est un rite qui célèbre la fin de l’hiver. L’Homme-Cerf, symbolise la force sauvage, la faim, le froid, la souffrance ; Mago Martino cet étrange personnage tout en blanc, représente le Bien qui vient calmer la fureur des bêtes. Le chasseur, c’est celui qui donne la mort, mais aussi redonne la vie, mais une vie paisible, présage de bonnes récoltes à venir. Ce rite a quelques similitudes avec les fêtes romaines des Lupercales qui se déroulaient en février. Au cours de celles-ci les jeunes gens se ceignaient de peaux de chèvres et fouettaient le sol et les personnes avec des lanières de cuir de chèvre pour favoriser la fertilité du sol et des femmes. On peut penser que ces rites ont des racines plus anciennes encore, dans les rites des premières communautés agraires pour fêter la fin de l’hiver et assurer les récoltes à venir.

Venus en juin, nous n’avons évidemment pas pu voir cette pantomime, mais l’association culturelle du hameau en assure la promotion avec un site internet ainsi qu’avec la réalisation de reportages filmés en lien avec la région du Molise. Ils permettent de rendre compte du déroulement de la fête, de ses différents moments, des pantomimes effectuées par les principaux acteurs, ainsi que de la présence des habitants du hameau et vraisemblablement aussi des villages voisins.

Internet permet de découvrir d’autres particularités encore ! Castelnuovo a accueilli le peintre français Charles Lucien Moulin (1869 / 1960) pendant plus de 40 ans, préférant la lumière du Molise et la beauté de ses paysages. Il s’était construit un ermitage au sommet du Monte Marrone où il vivait isolé, en contact avec la nature, sa source d'inspiration. Prix de Rome en 1896 avec une œuvre symboliste, il semble que sa peinture ait évolué vers le naturalisme avec des paysages et des portraits de habitants de Castelnuovo. Une grande partie de ses œuvres fut détruite en 1944, lors de la farce tragique de Castelnuovo à Volturno.


[1] Associazione Culturale Il Cervo. « Il rito dell'Uomo Cervo ». Castelnuovo al Volturno.

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