Les bandits sous la bannière de la Sainte-Croix et de leur bien-aimé souverain, Ferdinand IV de Bourbon

 

Molise Carmine Crocco

e sapevamo la sapienza
di chi non si può fermare
e la santa carità
del santo regolare
lo sapevamo anche noi
il colore dell’offensa
e un abitare magro e magro
che non diventa casa[1]

nous savions la patience
de qui ne peut s’arrêter
et la sainte charité
du saint cadeau
nous le savions nous aussi
la couleur de l’offense
et un logis maigre et maigre
qui jamais ne devient maison

 En Molise comme dans tout le Royaume de Naples, sous les Bourbons ou sous leurs prédécesseurs les vice-rois espagnols, la figure du bandit était courante. Il s’agissait de jacqueries de paysans réduits à la misère, de pauvres hères affamés (même si les chefs de bande pouvaient se montrer sanguinaires) qui se révoltaient contre un système féodal appliqué avec férocité par les nobles qui étaient souvent d’origine espagnole.

A l'époque de la conquête napoléonienne du royaume de Naples, en 1799, les révoltes paysannes vont changer de nature en prenant un sens politique [2].

C'est l'époque de l’éphémère République parthénopéenne, créée par les Français et les libéraux napolitains. La famille royale se réfugie en Sicile et, si la Grande-Bretagne soutient Ferdinand IV de Bourbon, le cardinal Fabrizio Ruffo a l'idée de reconquérir le royaume en soulevant les masses paysannes. Il choisit de parcourir les régions infestées de bandits de la Calabre, de la Basilicate et des Pouilles, réunissant autour de lui ces « banditi », comme on les appelait encore, sous le signe « de la Sainte-Croix et de leur bien-aimé souverain ». Rappelées dans le Nord, les troupes françaises quittent le Sud de l’Italie où les troupes et bandes loyalistes réinstallent Ferdinand IV à Naples. Les chefs des banditi reçoivent alors des places dans l’armée et des titres de noblesse pour les services rendus. C’est le cas de Michele Pezza, alias Fra Diavolo (Frère Diable), qui avait organisé une troupe de « lazzari» (voleurs) et était devenu colonel [3].

En 1806, les troupes napoléoniennes sous le commandement du frère de Napoléon, Joseph Bonaparte, chassent une nouvelle fois les Bourbons. Joseph, devient roi de Naples par décret impérial du 30 mars 1806 sous le nom de Joseph-Napoléon. Puis, sur ordre de Napoléon, il remet son royaume à son beau-frère, Joachim Murat, le 5 juillet 1808. Murat décida d’en finir avec les différentes bandes de bandits et leurs chefs qui utilisaient plus ou moins des motifs politiques pour mettre certaines régions du royaume en coupe réglée. « En Basilicate, Taccone et Quagliarella. Dans les deux principautés, Lorenziello. Dans le district de Castrovillari, Campotanese et les montages de Polino, Carmine Antonio et Mascia. Dans les montagnes des Calabres, Parafante, Beftincasa, Nierello, le Giurato, et le Boïa ; ils occupaient aussi la forêt de Sant'Eufemia. Dans les bois et les montagnes de Mongiana, dans l'Aspromonte et les forêts qui longent le Rosarno, Paonese, Mazziotti et le Bizzarro. Dans les Abruzzes, Antonelli, Fulvio Quici, Basso Tomeo qui se faisait appeler le Roi des campagnes » [4].

Murat fit appel au général Charles François Manhès. Celui-ci mit en place des mesures de terreur comme l’interdiction de vendre des vivres aux bandits sous peine de mort. A Serra, les églises furent murées, les prêtres déportés, empêchant la population de recevoir les sacrements catholiques ! Manhès n'ôta l'interdit que quand la population locale, terrorisée de ne plus pouvoir recevoir les saints-sacrements, eut massacré la totalité des brigands. En quelques mois à peine, Manhès débarrassa les provinces napolitaines de presque tous les bandits qui les peuplaient. Mais avait-il extirpé les racines du phénomène pour autant ?

Avec la défaite napoléonienne, Ferdinand IV de Bourbon remonte sur le trône de Naples en 1815 et, en décembre 1816, il unit ses deux royaumes sous le nom de royaume des Deux-Siciles, se fait nommer Ferdinand Ier et abolit la constitution de 1812.


[1] Gianmaria Testa. « Da questa parte del mare – Ritals ». 2006.

[2] Olivier Leruth. « L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861) ». Licence en histoire, Université de Liège. 2005.

[3] Il fut pendu par les Français, à Naples, en 1806

[4] Marc Monnier. « Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale ». 1862.

Liste des articles sur Molise - Le bassin du Volturno

Télécharger le document intégral