Une succession quasi-ininterrompue de destruction et de reconstructions

 

Latium Montecassino Eglise du monastère

L’abbaye de Monte Cassino n’est pas établie sur les rives du Volturno, mais dans ceux voisins, situés plus au Nord, du Rapido et du Gari. Construite dans les années 529 par Benoît de Nursie (Saint-Benoit, 480 ou 490 / 543 ou 547), fondateur de l’ordre des Bénédictins, elle a été détruite et rebâtie de nombreuses fois. Ruinée en 589 pendant la domination lombarde, reconstruite en 718, dévastée par les Sarrasins en 883 à l’époque où l’église de San Vincenzo al Volturno subit elle aussi le même sort, rebâtie à partir de 950, elle est pillée en 1030 par les Normands, relevée au XIsiècle, elle atteint alors l'apogée de sa prospérité. L’abbaye de Monte Cassino devient le centre culturel, éducatif et médical le plus célèbre de l'Europe avec sa bibliothèque consacrée aux sciences et notamment à la médecine. Elle joue alors un rôle majeur dans les progrès de la médecine et des sciences au Moyen-âge ce qui explique que la première Ecole de Médecine en Europe ait été ouverte dans la ville voisine de Salerne. En 1349, elle subit un violent séisme qui secoue toute l'Italie et le monastère est une nouvelle fois pratiquement détruit.

L’ensemble bâti est impressionnant, comportant plusieurs cloitres, cloitre d’entrée, cloitre dit « de Bramante » (1595) et cloitre des Bienfaiteurs. Les deux premiers sont représentatifs des constructions de la seconde Renaissance avec un art maîtrisé, régulier, intégrant les caractéristiques des constructions et décorations romaines antiques. Le troisième (1510, Antonio da Sangallo le Jeune), situé avant la cathédrale, conserve la grâce fragile des cloîtres toscans de la première Renaissance. La cathédrale fut agrandie et décorée à partir de 1627 par l’architecte et sculpteur Cosimo Fanzago, considéré comme le fondateur du baroque napolitain. On retrouve la richesse de la décoration des églises napolitaines et siciliennes, incrustations de marbres colorés, ornementations dorées… seules les fresques ne purent être reproduites après les destructions de 1944.

En effet, en janvier 1949, la Commission ministérielle italienne des travaux publics décida de reconstruire le monastère « tel qu'il était » avant sa destruction en s’appuyant sur les plans de cartographie qu’avait réalisés le moine Don Angelo Pantoni à la fin des années 1930. Presque tout fut donc reconstitué à l’identique en utilisant à chaque fois que cela était possible les débris anciens retrouvés et triés… Jusqu’aux reliques de Saint-Benoit et de sa sœur Sainte-Scholastique redécouvertes dans les ruines en 1950 [1] !

Mais, pour les reliques, est-on bien sûr de leur origine ?

C’est que les reliques de Saint-Benoît semblent avoir l’humeur vagabonde ! Le troisième abbé de l’abbaye de Fleury, à Saint-Benoît-sur-Loire, après une vision mystique de Saint-Benoît, demandaà ses moines d’aller en Italie et de ramener les corps du saint et de sa sœur qui se trouvaient alors dans le monastère abandonné du mont Cassin, ce qui fut fait en juin 655. Vers 752-754, des moines du mont Cassin viennent à leur tour à l'abbaye de Fleury pour récupérer les reliques de Saint-Benoît et de Sainte-Scholastique sur l'ordre du pape et du roi Pépin le Bref. Un miracle aurait alors fait que l'abbé n'aurait rendu aux moines du mont Cassin que quelques ossements de Saint-Benoît et de sa sœur, l’essentiel restant à Fleury ! En 887, une partie des reliques de l’abbaye de Fleury sont données au monastère de Perrecy-les-Forges, lesquelles, en 1364, sont envoyées à Montpellier à la demandedu pape, puis en 1725, données à l'abbaye du Bec. Enfin, à la demande du roi du Pologne Stanislas Leszczyński, en 1736, une autre partie des ossements des saints est donnée au monastère de Saint-Léopold, en Russie... N’étant pas croyant mon opinion sur ces péripéties est assez superflue, mais il me semble que, dans l’histoire, on oublie un peu ce qui devrait être l’essentiel (la règle morale) au profit de l’accessoire (les ossements).

Mais revenons aux bâtiments de Monte Cassino : le tout a donc été parfaitement reconstitué, à l’identique, dans les détails les plus infimes sauf pour les fresques de l’église, et elle brille comme un sou neuf… ce qui nuit quand même un peu à leur « authenticité ». Mais, l’essentiel n’était-il pas de préserver les richesses artistiques afin de pouvoir continuer à admirer l’art des siècles passés ?