Une œuvre grandiose – Mais plus grandiose que novatrice

 

Campanie Caserta Château royal 5

La ville de Caserta n’est pas non plus située sur les rives du Volturno, mais celui-ci ne passe pas très loin, dans sa banlieue, à Capoue. La construction du palais royal de Caserte fut entreprise par Charles de Bourbon… Mais lequel ? Charles V roi de Sicile ? Ou Charles VII roi de Naples ? Ou encore Charles III roi d'Espagne ? C’était le même Charles pour qui la numérotation changeait en fonction de ses différents titres (il ne s’emmêlait jamais les pinceaux ?). Bref, Charles V, VII et III, confia à l'architecte Luigi Vanvitelli (1700 / 1773) de lui construire un palais qui puisse rivaliser avec Versailles et le palais royal de Madrid. C’était un projet qui ne manquait pas d’ambition.

Le palais devait être le symbole du nouvel état bourbonien installé à Naples en 1735. Ah ! Ce devait donc être sous le numéro VII que Charles passa sa commande puisque la construction débuta en 1752, et il a rétrogradé au numéro III en 1759 (mais roi d’Espagne quand même). Côté ambition, c’est assez réussi : un ensemble rectangulaire de 245 m de long sur 190 m de large et 38 m de haut, avec quatre vastes cours intérieures quadrangulaires. Une façade avec 143 fenêtres, un bâtiment sur 5 étages, d’une surface de 47 000 m2, comprenant 1 200 salles et 34 escaliers (avec les escaliers de service, il est vrai). La Reggia di Caserta est la plus grande résidence royale au monde. Certes, Ceausescu a fait mieux depuis avec une petite résidence de 350 000 m2, près de huit fois mieux, mais ce n’était pas un roi, rien qu’un pauvre président !

Il était également prévu un très grand jardin, réalisé pour l’essentiel, et une avenue monumentale de vingt kilomètres pour rejoindre Naples, jamais réalisée, car Charles n’était plus là, remplacé par son fils, un Ferdinand III dans la partie insulaire (Sicile) et un Ferdinand IV dans la partie péninsulaire (Sud de la botte), le même homme bien sûr, lequel rétrogradera en Ferdinand 1er avec la création du Royaume des Deux Siciles en 1816. Et puis, la grande ambition de départ a été un peu contrariée par ces sacrés Français même si le gros œuvre était terminé en 1774 : occupation de Naples en 1799, création d’une république, départ des Français, retour des Français en 1805 avec nomination d’un nouveau roi, Joseph Bonaparte, qui doit laisser la place à Joachim Murat en 1808, lequel doit s’enfuir en 1815 après la défaite de Waterloo. Murat essaye de reconquérir son royaume à partir de la Calabre, mais il est pris et Ferdinand III et IV le fait fusiller. Ferdinand, devenu entre temps n°I, retourne donc s’installer au château de Caserte dont l’aménagement se poursuivra jusqu’en 1845. Aussi, aménagées sur environ un siècle, les salles n'affichent-elles pas l'homogénéité des façades du palais : aux « vieux appartements », au décor baroque, correspondent les « appartements neufs », au décor néo-classique du XIXe, en passant par les appartements directoire de Joachim et Caroline Murat.

Même si le principe de Versailles a été retenu, classique à l’extérieur, plutôt baroque à l’intérieur, l’ensemble du palais royal est néanmoins assez curieux. Pour l’extérieur, le style est même très classique, plutôt froid et sévère à l’image de l’Escurial. Une très longue façade, d’une symétrie parfaite, avec des lignes droites à peine brisées par de légères avancées à chaque extrémité de la façade et en son centre, chacune agrémentée de quatre colonnes seulement. Pour le moins cela manque de rythme ; en comparaison Versailles, Madrid ou Schönbrunn paraissent déjantés ! Il est vrai que pour l’intérieur, les choses changent : l’entrée centrale est composée d’une succession imposante et complexe de trois vestibules octogonaux débouchant sur la perspective des jardins façon palais Barberini à Rome laissant à penser que la leçon du baroque romain n’est pas oubliée. Si le grand escalier central, qui donne accès à la salle du trône et aux appartements royaux, est un très bel exercice de style entre deux salles octogonales superposées, la composition en est surtout imposante, il y manque le grain romain d’imagination, par exemple : une fausse perspective, des trompe-l’œil, ou plus simplement de la couleur.

Les pièces aménagées durant la période française (salles d’Astrée et de Mars, appartements privés), par Étienne-Chérubin Leconte (1760 / 1818), m’apparaissent les plus intéressantes malgré le côté un peu sévère du style directoire : élégance de la décoration et sobriété́ des agencements. Le plus étonnant est que les Bourbons, de retour d’exil dans leurs châteaux et après avoir fait fusiller Murat, conservèrent les différents aménagements effectués par Joachim et Caroline Murat… Ennemis politiques mais sympathie de classe ?

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