Des représentations obsolètes

 

Chine Sud-Est Carte

Ce voyage en Chine, cela faisait vingt-cinq ans que nous en parlions, mais il y avait toujours d’autres destinations « prioritaires », la Grèce ou l’Italie qui sont la matrice de notre civilisation européenne, l’Allemagne pour le festival de Bayreuth, le Viêt-Nam pour des souvenirs de famille, le Cambodge pour revoir les architectures mystérieuses d’Angkor, l’Iran, l’Inde… Bref, il fallait bien se décider un jour à aller y voir d’autant que les choses semblaient changer là-bas, et rapidement. Finie la Chine rurale et le romantisme révolutionnaire (du moins aux yeux des Européens, pour les Chinois c’était autrement plus sanglant), la Chine commençait à faire parler d’elle différemment. 

Si, en 1983, son revenu par habitant était de 225 dollars, avec un Produit Intérieur Brut aux alentours de 230 milliards de dollars pour une population de 1,023 milliard d’habitants, en 2018, le PIB a atteint 25 000 milliards de dollars avec un revenu par habitant de 16 760 dollars pour une population de 1,386 milliard d’âmes [1] ! Outre ces chiffres impressionnants, les images diffusées en Europe sur la Chine ont également changé. Il n’est qu’à regarder les documents des années 80/90, on y montrait encore des marchés de modestes étals entre lesquels les gens se déplaçaient avec leur bicyclette, échangeant entre eux des billets sales et fripés. Récemment, les images émises sur la Chine sont devenues celles d’immenses usines modernes, à la main d’œuvre nombreuse et jeune, avec des emplois parcellisés, mais aussi de vieilles usines complètement déglinguées et polluantes, ou de hauts bâtiments d’habitation multipliés à l’infini et perdus dans le smog, et enfin des foules anonymes se pressant sur les trottoirs. Dans un cas comme dans l’autre, ces images n’étaient guère plus engageantes donnant de la Chine une vision peu amène. A contrario, j’oublie les images diffusées par les « beaux livres », palais et pagodes richement ornées, paysages doux et verdoyants ou au contraire accidentés et arides, vieux chinois aux visages ridés… Comment s’y retrouver ? 

Pour éviter les trop « belles images », mais aussi pour éviter de courir d’un bout à l’autre d’un pays vingt fois plus grand que la France, nous avons choisi, pour ce premier voyage, d’aller de Shanghai à Canton (1 200 kilomètres quand même !), mêlant visites de mégalopoles modernes,  Shanghai, Xiamen et Canton, avec celles de zones rurales « traditionnelles », Wuyuan (province du Jiangxi), Hukeng (province de Fujian) et Kaiping (province du Guandong), en utilisant routes et chemins de fer. Bien évidemment, ce n’est pas un petit voyage de deux semaines, dans un minuscule morceau de la Chine qui peut rendre compte de la réalité de la Chine. Mais, surprise, le petit morceau de la Chine que j’y ai vu m’a très souvent étonné en regard des représentations de ce pays que j’avais élaborées à partir des informations lues et vues. Certes, être surpris face à une réalité inconnue c’est un des objectifs du voyage…

« Le voyage est une espèce de porte par laquelle on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve » [2].

Mais, quand même, l’écart était si important qu’il fallait essayer de comprendre les causes de ces surprises. La question n’est donc pas tant de décrire ce que j’ai eu l’occasion de voir, mais plutôt d’interroger la représentation que j’en avais avant de visiter ce pays.

« Tout regard sur la Chine doit être chargé de questions. De questions sur elle, sur le monde, sur nous. On écrit moins sur la Chine, au fond, que sur soi-même face à la Chine : elle est révélatrice plus que révélée » [3].

Pour l’essentiel, ce questionnement révèle finalement une grande méconnaissance de l’histoire et de la culture de la Chine et il fallait donc chercher, confronter et réunir des informations susceptibles d’expliquer ces surprises [4].

La Chine, c’est un pays-continent, développant les technologies les plus sophistiquées, qui va vite, extrêmement vite, même s’il ne manque pas de contradictions et d’inégalités, et qui me donne désormais l’impression de vivre dans une petite province tranquille, la France ! 


[1] Europe : PIB, 22 000 milliards de dollars, revenu par habitant, 41 000 dollars.

[2] Guy de Maupassant. « Au soleil ». 1884.

[3] Alain Peyrefitte. « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera ». 1973.

[4] Les principaux documents consultés sont précisés en notes de bas de page.

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