Une organisation de la maison autour de sa cour intérieure – Des programmes de protection

 

Chine Jiangxi Shangrao village de Yan

Dans la province de l’Anhui et les régions voisines, l’architecture des maisons est particulière, elle est dite de « style Huizhou » [1]. Ce sont de grosses habitations, à deux niveaux, entourées de murs aveugles de briques ou de pierres, et comportant une cour intérieure à ciel ouvert autour de laquelle se répartissent les pièces. Cette organisation, dite « tian jing » (puits du ciel), est assez similaire à l'impluvium romain ; l’ouverture centrale de la cour sert à l’éclairage intérieur, à la régulation de la température et à l’aération du bâtiment celui-ci n’ayant aucune ouverture sur l’extérieur, exception faite de la porte d’entrée. 

Les murs extérieurs de la maison, à redents (dits « à la tête de cheval »), dépassent des toitures afin de séparer celle-ci des constructions voisines, pour empêcher les bourrasques de vent d’entrer dans les cours des maisons et pour décourager les cambriolages. Les murs extérieurs sont peints à la chaux. Les tuiles des toits sont des tuiles en pierre grise. Le seuil de la maison est gardé par une porte dont le cadre est fait de pierre au lieu de bois et il est toujours surmonté d'une arche pour empêcher l'eau de pluie de couler le long des murs et sur la porte. Celle-ci ouvre sur une petite cours entourée de trois murs. 

L’intérieur de l’habitation est uniquement en bois, sur colonnes et sur poutres, avec des ornements décoratifs. Des escaliers et des coursives permettent de desservir les pièces du premier étage. Dans cette organisation de l’espace, le mur extérieur, non porteur, sert à ceinturer l’espace intérieur, à la fois dans un objectif de protection contre les risques extérieurs, mais aussi pour circonscrire les dangers d’incendie et éviter leur propagation aux autres maisons, et enfin pour assurer l’intimité à la cellule familiale. Toutefois cette unité de base peut être complétée, dans les familles aisées et selon son statut social, d’autres unités successives auxquelles on accède par le percement du mur de clôture par des passages étroits. Ainsi une maison peut-elle se composer d’un ensemble de plusieurs cours successives.

L’importance des constructions de la région du Huizhou est liée à la puissance de ses marchands qui dominèrent le milieu des affaires en Chine à partir du milieu de la dynastie des Ming (1368 / 1644). Leur fortune leur servit à ériger des temples, construire des ponts, mais aussi bâtir de belles maisons, transformant les paysages ruraux de la région. Ils accordaient beaucoup d’attention à l’éducation et avaient reçu eux-mêmes un excellent enseignement. En conséquence, ils manifestaient un grand intérêt à la qualité et au décor de leurs demeures, favorisant ainsi les techniques architecturales comme celles de la sculpture sur bois, sur briques et sur pierre ce qui a permis l’éclosion d’un système architectural unique.

Ces maisons anciennes sont progressivement délaissées aujourd’hui par les paysans par suite de leur état de délabrement, du coût de leur entretien ou de leur restauration, mais aussi parce que la lumière y pénètre chichement ! Aussi percent-ils des fenêtres dans le mur qui ceinture ces anciennes unités d’habitation pour avoir plus de lumière, mais ils semblent préférer les constructions neuves, en brique et ciment, avec de larges ouvertures en façade. Toutefois, si les façades de ces nouvelles maisons sont désormais largement dotées de fenêtres, elles conservent néanmoins un aspect similaire aux maisons anciennes : rectangulaires, sur deux niveaux, avec des murs pignons à redents (en « tête de cheval ») qui dépassent largement de la toiture, et elles sont toujours peintes à la chaux et couvertes de tuiles noires.

Pour éviter la disparition du riche capital architectural Huizhou, la province d’Anhui est pionnière au niveau national pour le classement et la préservation des vieux bourgs et villages. A l’issue d’enquêtes de terrain et d’un jury, la province a publié, dès 1989, une première liste des six Zones historiques et culturelles à sauvegarder [2]. Complémentairement, pour faire face au risque de disparition de ces maisons anciennes, la préfecture de Huangshan a mis au point, en 2009, un programme de financement appelé « Cent villages et mille maisons » dont le but est de sauver et de protéger ces « fossiles vivants » (sic !), tout en restaurant et exploitant 1 065 constructions anciennes réparties dans 101 villages. 


[1] UNESCO. Liste du patrimoine mondial de l’Humanité. « Anciens villages du sud du Anhui ». 2000.

[2] Shiwei Shen. « Les vieux villages chinois : évolution, patrimonialisation et mise en tourisme ».  Thèse de doctorat. Université d’Angers. 2014.

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