La Suisse en Chine ? – Assurer la sécurité alimentaire du pays

 

Chine Canton Immeubles 4

Compte-tenu des informations alarmistes diffusées en France sur la pollution en Chine, je dois avouer que je m’attendais au pire. Surprise ! Dans les zones traversées, les jardins et espaces verts semblent être une préoccupation prioritaire des autorités comme des populations. A Shanghai, Xiamen ou Canton, comme dans toutes les petites villes visitées, partout sont créés des jardins et des espaces verts qui sont ensuite parfaitement entretenus. Les talus des  autoroutes, comme des voies ferrées, sont toujours arborés et fleuris. Ce serait même un rêve magnifique si nos autoroutes franciliennes pouvaient être aussi soignées et fleuries que celles de Shanghai !

Mais les jardins ne sont pas qu’en ville ! L’agriculture des zones traversées entre Shanghai et Canton semblait également plutôt composée de jardins sur de modestes parcelles : potagers, vergers, pépinières, serres. Les zones rurales apparaissent nettoyées et je n’ai vu que rarement des décharges sauvages d’ordures ou de détritus même s’il est vrai que dans les zones rurales les plus pauvres la propreté des espaces publics (routes, berges) semble moins rigoureuse. Evidemment, nous n’avons pu vérifier l’efficacité et la qualité des services de traitement des ordures comme des eaux usées…

La majorité des paysans chinois vit sur de très petites surfaces : 0,6 ha en moyenne [1]. Et cette Chine de « jardins » doit nourrir 20% de la population mondiale sur 9% de la surface labourable mondiale. Les terres labourables (ou arables, utilisables pour la production agricoles) représenteraient seulement 11,6% de la surface totale de la Chine [2]. Mais une terre arable peut être cultivée ou non (difficultés d’accès, de travail, médiocrité des sols, forêts). En Chine, les terres cultivées sont passées de 36% des terres arables en 1961 à 56% en 2015, entraînant une augmentation importante des surfaces cultivées (1961 : 340 millions d’ha, 2016 : 530 millions d’ha soit + 64%) alors que la population a doublé dans la même période. Aujourd’hui, l’Etat confie les terres aux agriculteurs pour une période donnée (30 ans) et, en échange de la jouissance de ces terres, chaque agriculteur doit fournir une part de sa production à l’Etat à un prix fixé. L’agriculteur peut vendre le surplus de sa production sur le marché libre. Ce nouveau système a permis une amélioration importante de la production agricole et alimentaire [3]. Toutefois avec l'amélioration du niveau de vie de sa population, la consommation alimentaire des ménages augmente et se diversifie. Par ailleurs, le développement urbain consomme chaque année 500 000 hectares de bonnes terres agricoles transformées en zones d'habitation, industrielles et d’infrastructures de transport. Il faudrait donc encore augmenter la productivité pour faire face à une demande croissante sur une surface menacée, mais la Chine utilise déjà deux fois plus de pesticides et d’engrais par hectare que la moyenne mondiale ce qui contribue à une très forte pollution des sols et des eaux [4] ! La Chine est donc désormais un pays importateur net de produits agro-alimentaires : la balance agro-alimentaire chinoise est déficitaire de près de 34 milliards d’euros [5], ce qui représente 10 % du solde excédentaire de sa balance commerciale tous produits (345 milliards).

La recherche de la sécurité alimentaire pousserait la Chine à acheter ou à louer des terres agricoles en Afrique [6] ou en  Europe. Certaines sources évaluent à 10 millions d'ha les terres possédées par des capitaux chinois hors de leurs frontières (soit 2% de la surface agricole de la Chine). Sécurité alimentaire ou placement de capitaux ? Ou encore placements spéculatifs dans certains secteurs ? 

Le Document central N01 de 2018 du gouvernement chinois définit les objectifs annuels de sa politique mais il est peu explicite, très déclaratif et volontariste. S’il ne permet pas de connaître les décisions qui seront prises dans le domaine agricole et les zones rurales, il souligne que le gouvernement chinois est préoccupé par la situation dont il identifie et décrit les problèmes.


[1] Surface moyenne des exploitations agricoles en Europe, 16 ha, en France, 55 ha.

[2] En 1991 on enregistre la valeur la plus élevée (13,3%) et en 1980 la valeur la plus basse (10,24%).

[3] André Villalonga. « L’agriculture chinoise – tradition et modernité ». 2011.

[4] Agra Presse. « L’agriculture chinoise aux prises avec une pollution record ». 01/03/2010.

[5] Alim’Agri. « Chine : contexte agricole et relations internationales ». 09/05/2017.

[6] « Selon la land matrix d’avril 2013, les dix plus importants acteurs des acquisitions foncières en Afrique sont (en million d’hectares) : les Émirats Arabes Unis (1,9), l’Inde (1,8), le Royaume-Uni (1,5), les USA (1,4), l’Afrique du Sud (1,3), l’Italie (0,6), l’Allemagne (0,5), le Soudan (0,5), l’Éthiopie (0,4) et le Portugal (0,4). La Chine n’arrive qu’en 19ème position avec 0,16 million d’hectares ». Kersting Afraso. « La Chine est-elle un acteur majeur de l’accaparement des terres en Afrique ? ». Passerellesvolume 14. 30/08/2013.

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