Des choix techniques différents – La Chine, pays du TGV

 

Chine De Shangaï à Wuyuan Gare de Shangaï

Au cours de notre voyage, les longs déplacements entre les capitales régionales se sont effectués en train. Si je savais que la Chine possédait désormais le premier réseau de lignes à grande vitesse au monde, je pensais avoir à prendre des trains traditionnels et leurs voitures à confort dur ou mou. Mais non, le réseau de lignes à Grande vitesse est si développé que c’est lui désormais qui assure les déplacements des Chinois dans leur pays.

La première surprise est causée par les gares qui, généralement situées en périphérie des villes, ressemblent par leur architecture et leur organisation à des aéroports : vastes parking, vérification d’identité, inspection des bagages et des sacs sous portiques, halls immenses, billets électroniques et contrôle automatisé des billets. Quinze minutes avant l’arrivée du train, les passagers se mettent en file, l’un derrière l’autre, sans se bousculer (ce qui est pourtant la pratique des Chinois dans les espaces publics), chacun scanne son billet, puis descend sur le quai et va sagement faire une nouvelle fois la queue sur le quai, en face de l’empreinte signalant l’emplacement des portes des voitures. Les trains ne s’arrêtent généralement que quelques minutes en gare exigeant une certaine discipline de la part des voyageurs. 

Seconde surprise, celle de rames au profil fin, élégant, lié, à un choix technique très différent de celui du TGV français : non pas une rame avec une motrice à chaque extrémité et une articulation des voitures sur des bogies intermédiaires, mais une rame à motorisation répartie entre les différentes voitures dotées chacune de deux bogies. Pour les trains à un seul niveau, cette solution technique permettrait d'abaisser la masse, la consommation énergétique, les coûts de maintenance préventive, mais aussi d’augmenter la capacité des rames et la vitesse car elle améliore l’adhérence roue/rail [1]. A l’intérieur de la rame, tous les sièges sont situés dans le sens de la marche, avec des rangées de cinq sièges en deuxième classe. Les extrémités de chaque voiture comprend une plate-forme confortable où sont situées des toilettes mais aussi une fontaine à eau brulante pour se faire un thé ou faire cuire ses pâtes vendues dans des bols en carton. Chaque rangée de siège possède des prises électriques. Enfin, une personne sillonne constamment les voitures pour récupérer les papiers ou déchets divers, laver les sols et les toilettes assurant une propreté toute helvétique au train.

Les voies sont très souvent situées sur viaduc, sans ballast, ce qui permet des vitesses plus rapides, et non pas sur ballast qui fatigue plus vite [2], avec terrassements (remblais et déblais). Ces viaducs sont situés à une hauteur de 4 à 5 mètres du sol, mais elle peut être plus élevée dans les zones accidentées où ils sont complétés de nombreux tunnels. La Chine revendique ainsi le record du plus long pont au monde : le viaduc ferroviaire entre Danyang et Kunshan qui mesure 164,8 km. 

Le réseau de transport ferroviaire en Chine est l'un des plus grands au monde avec 127 000 km de lignes à la fin de l'année 2017 (deuxième rang mondial après les États-Unis). Si la Chine n’a véritablement lancé son réseau de lignes à grande vitesse qu’en 2004, celui-ci atteint désormais les 27 000 km, soit environ les deux tiers des lignes ferroviaires à grande vitesse du monde et 10 fois le réseau français. Un autre choix fondamental a été opéré : compte-tenu de la création de ce nouveau réseau, les trains à grande vitesse ne circulent que sur ces lignes, simplifiant la conception technique des rames et permettant aussi d’avoir des voitures à gabarit large. C’est le réseau à grande vitesse le plus utilisé au monde avec 1,713 milliard de voyages effectués en 2017. La vitesse de circulation des trains se situe entre 200 et 350 km/h. Les trains G, les plus rapides, atteignent une vitesse de plus de 300 km/h, ils desservent uniquement quelques gares sur leur parcours. Les trains D, avec une vitesse comprise entre 200 et 300 km/h, sont utilisés sur les lignes reliant les villes importantes. Les premiers trains à grande vitesse de la Chine ont été importés ou construits dans le cadre d'accords de transfert de technologie avec des constructeurs étrangers, notamment Alstom, Siemens, Bombardier et Kawasaki Heavy Industries. Mais désormais les ingénieurs chinois ont repensé la structure et la technologie des trains et ils proposent des rames aux solutions techniques 100% chinoises, fabriquées par la société d'État CRRC Corporation. Le 21 septembre 2017, le dernier train à grande vitesse inauguré en Chine, nommé « Fuxinghao » (Renaissance), est devenu le train le plus rapide du monde en exploitation commerciale avec une vitesse de 350 km/h sur la ligne Beijing-Shanghai. 


[1] La Lettre du Cheminot. « Matériel Roulant - Un panorama de la grande vitesse dans le monde ». 05/10/2017.

[2] Centre d’Analyse stratégique. « La grande vitesse ferroviaire ». La Documentation française. 2011.

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