Un paysage urbain où se  mêlent le meilleur comme le pire

 

Chine Shanghaï Pudong Tour de 600m

Avec le formidable développement économique de la Chine et l’explosion urbaine qu’elle connaît, nous assistons à une transformation architecturale et urbaine sans précédent. Depuis les années 90 et les destructions massives de quartiers anciens, lesquelles se poursuivent, c’est une révolution haussmannienne qui est conduite… mais à l’échelle d’un pays-continent ! Le résultat, découvert de manière plus ou moins fortuite dans quelques villes, relève souvent de la douche écossaise : parfois agréable ou étonnant, souvent quelconque voire même franchement laid. Manifestement, en Chine, comme en Europe, les promoteurs sont tentés d’utiliser les mêmes règles de base : construire vite et pas cher des immeubles clinquants à vendre rapidement. La seule différence réside dans la taille des constructions : le quelconque et le laid arrivent parfois à passer inaperçus sur un bâtiment de cinq étages, mais sur une dizaine de bâtiments successifs de 20 ou 30 étages, cela vous saute aux yeux. On y trouve de tout, du mur–rideau au post-moderne intégrant de vagues références d’architecture « traditionnelle » totalement incongrues et ridicules.

« De nouvelles constructions sans caractère s’édifient dans de nouvelles villes sans identité, [sans mémoire], et ne sont plus le reflet de l’âme d’une culture » [1].

Les préparations des Jeux olympiques de Pékin en 2008 et de l'Exposition universelle de Shanghai en 2010 (thème « Une ville meilleure, une vie meilleure ») ont été l’occasion de construire de nouveaux équipements. La Chine a fait appel aux plus grands architectes contemporains qui ont réalisé des œuvres audacieuses et d’une qualité esthétique remarquable. Il est d’ailleurs étonnant de constater que la meilleure manière de décrire ces œuvres est d’utiliser des images qui, assez souvent, ne manquent pas de malice. Ainsi, à Pékin, le siège de la Télévision CCTW (Rem Koolhaas et Ole Scheeren), une boucle de structures verticales et horizontales, est-elle dénommée « Le pantalon », le Stade national (Jacques Herzog et Pierre de Meuron) en poutrelles d’acier entremêlées est « Le nid d’oiseau », le Centre national de natation (PTW, Arup) entouré s’une enveloppe de tétrafluoroéthylène est « Le cube d’eau ». A Shanghai, pour l’aéroport de Shanghai-Pudong (Paul Andreu) ce sont des ailes d’oiseau, et pour l’Oriental Art Center (Paul Andreu) une fleur de cinq pétales, le Shanghai World Financial Center (William Pedersen) est surnommé « Le décapsuleur ». A Canton, l'Opéra (Zaha Hadid) devient « La coquille d’œuf », le Guangzhou Circle, siège du groupe de pétrochimie Hongda Xingye (Joseph Di Pasquale) est « Le Donut », la Tour de télévision et de tourisme (Mark Hemel et Barbara Kuit), une structure hyperboloïde de tubes d’aciers, est appelée « Xiao Man » du nom d’une célèbre geisha au temps de la dynastie des Tang (618 / 907) qui était appréciée pour sa taille mince et élancée.

Mais surtout, ce que révèlent ces prouesses architecturales, c’est que la Chine maîtrise désormais les technologies les plus modernes dans le secteur des travaux publics, du travail du verre, de l'acier, du béton et de la pierre pour construire toutes sortes de bâtiments, mais aussi qu’elle possède la main d’œuvre qualifiée et les moyens économiques et financiers qui rendent possible toutes ces réalisations. Le touriste de passage n’a malheureusement pas le temps, ni les moyens, de savoir si cette maîtrise technologique et financière se traduit progressivement par l’émergence d’une nouvelle architecture chinoise, imaginative et prenant en compte l’héritage culturel. Quelques manifestations, expositions ou documentaires, laissent à penser qu’une « nouvelle génération d'architectes chinois expérimente d'autres solutions et s'élève contre la voie unique, contre le dogme de l'uniformisation au service des idéaux collectifs, contre l'emphase monumentale et le nivellement atone » [2]. Par exemple Wang Shu (prix Pritzker 2012 [3]) et son épouse Lu Wenyu qui privilégient le recours aux méthodes artisanales et aux techniques de construction ancestrales avec le bambou et le béton, le bois et la brique. Ou Ma Yansong, (prix Emporis Skyscraper Award 2013 [4]), qui s’interroge sur la  préservation de l'environnement et l'art de vivre à l'heure des mégalopoles ou encore Zhang Lei qui cherche la simplicité et le dépouillement.


[1] Chantal Béret assistée de Chao-Ling Kuo, et altr. Commissaire, «  Alors, la Chine ? ». Centre Pompidou. 2003.

[2] Chantal Béret. « Polarités chinoises : entre épopée et mémoire ». «  Alors, la Chine ? ». Centre Pompidou. 2003.

[3] Le prix Pritzker récompense le travail d'un architecte vivant qui a montré, à travers ses projets et ses réalisations, un apport significatif à l'architecture. Il est considéré comme le « Nobel » de l'architecture.

[4] L'Emporis Skyscraper Award récompense le gratte-ciel le plus remarquable construit dans l'année précédente.

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