Un marché de grosses limousines – Dominé par les marques allemandes

 

Chine Fujian Zangzhou halte d'autoroute

Les automobiles sont très nombreuses en villes et participent à de terribles embouteillages, mais elles semblent être moins nombreuses sur les autoroutes qui relient les centres urbains et sur lesquelles la circulation reste fluide. S’il existe de nombreuses marques, ce sont toujours de grosses berlines. A Shanghai, le marché est manifestement dominé par les voitures de marques allemandes, Volkswagen, Audi, BMW et Mercedes ; à Canton, les marques japonaises sont plus présentes. La Chine compte aujourd'hui plus de 185 millions de véhicules (contre 32 millions en France) et, depuis 2010, elle est le premier marché automobile mondial avec 28 millions d’immatriculations en 2018.

La Chine produit 25 millions d’automobiles, alors que l’Allemagne n’en produit que 6, l’Espagne 2,3 et la France 1,8 million. Mais le taux d’équipement des ménages chinois est encore très inférieur à celui des pays occidentaux : 133 voitures pour 1 000 habitants (contre 477 en France et 500 en Europe), ce qui laisse encore espérer de belles marges de progression aux industriels du secteur. Sur le marché chinois, les entreprises locales et étrangères se livrent donc bataille pour essayer d’investir le marché et y prendre une part déterminante. Pour l’instant, le vainqueur est  Volkswagen. Arrivée très tôt en Chine (1991), la marque est, de loin, la première du pays avec 3,1 millions de véhicules vendus en 2018, soit plus du double que les marques arrivées en second (le nippon Honda : 1,45 million) ou en troisième (le chinois Geely : 1,38 million). Si l’on ajoute les autres marques du groupe Volkswagen, Audi, Skoda et Porsche, celui-ci représente un peu moins du quart du marché chinois, devant les japonaises (19 %), les américaines (10 %), les sud-coréennes (5 %)… et les françaises (1 %) ! 

Face aux marques d’origine étrangère, il existe une vingtaine de constructeurs chinois, Geely, Wuling, Hongqi, Brillance Auto, BYD… En 2018, ils représentent 39 % des ventes, mais, en cinq ans, ils ont gagné dix points de part de marché ! C’est que le marché chinois est assez différent : « En Chine, le taux de loyauté de l’acheteur d’une marque est de 16 %, contre 49 % dans l’Union européenne » [1] ! C’est dire que les constructeurs peuvent s’attendre à tous les renversements de situation, d’autant que les marques chinoises, longtemps négligées au prétexte qu’elles auraient été moins fiables que les étrangères notamment les allemandes, semblent progresser techniquement et améliorent leurs modèles. Les acheteurs chinois deviennent plus connaisseurs, plus exigeants, et n’achètent plus n’importe quoi. Enfin, le marché se tasse, en 2018 il a même connu une baisse des ventes de 2,8%.

La progression du marché se heurte peut-être aussi à quelques difficultés… D’une part, dans les grandes agglomérations, la circulation devient difficile malgré les extraordinaires autoroutes urbaines construites. Je suppose également qu’il ne doit pas toujours être très simple de trouver une place de stationnement : les parkings prévus dans les séries successives d’immeubles de 20 ou 30 étages finiraient pas occuper tout l’espace au sol, et il est impossible de creuser indéfiniment pour faire des parkings souterrains ! Enfin, même si le coût d’achat d’un véhicule apparaît plus faible qu’en France, le salaire moyen d’un Chinois serait environ le quart de celui d’un Français en parité de pouvoir d’achat. De plus, il faut parfois ajouter l’achat de sa plaque d’immatriculation ! A Shanghai, pour limiter le nombre de véhicules en circulation, la ville met chaque mois des plaques d’immatriculation en vente aux enchères. 9 000 plaques par mois sont mises aux enchères sur internet par les autorités locales, 150 000 personnes y participent dans l’espoir d’acquérir une plaque. En conséquence, une plaque d’immatriculation à Shanghai coûte 12 000 € venant s’ajouter au prix d’achat du véhicule (une automobile neuve type Golf Volkswagen coûte en moyenne 18 000 €) mais, heureusement, les plaques sont acquises à vie et peuvent donc passer d’un véhicule à un autre. 

Les véhicules électriques sont dispensés de cet achat éventuel de plaque et bénéficient d’une prime de l’Etat à l’achat (3 300 € en 2019). Par ailleurs, le gouvernement chinois a annoncé la fin des moteurs 100 % thermiques d’ici 2025 pour (officiellement) lutter contre la pollution… Peut-être aussi  pour prendre de vitesse les constructeurs étrangers car la Chine est le premier marché mondial des véhicules électriques (40 %) et elle produit déjà les 2/3 des batteries automobiles ! Ce qui explique certainement les investissements énormes (260 milliards d’euros) envisagés par Volkswagen en Chine pour le développement des véhicules électriques. L’automobile, un avenir chinois ?


[1] Éric Béziat. « Trois leçons sur l’étonnant marché automobile chinois ». Le Monde. 24 avril 2019.

Liste des articles sur Chine, de Shangaï à Canton, les surprises d'un touriste

Télécharger le document intégral