Une très grande puissance – Capable de symboliser l’avenir ?

 

Chine de Xiamen à Canton gare de Xiamen

Si l’image d’une Chine rurale et révolutionnaire, est obsolète depuis belle lurette, celle de la Chine atelier du monde pour des produits ordinaires et dépendante des technologies occidentales l’est tout autant. J’ai découvert une Chine-continent qui va vite, très vite : premier exportateur mondial, elle détient une position dominante dans des domaines de haute technologie : télécommunications, grande vitesse et signalisation ferroviaires, panneaux solaires, éoliennes, batteries, drones civils, véhicules électriques, robots, intelligence artificielle… Elle occupe le second rang mondial pour le nombre de brevets déposés, juste derrière les Etats-Unis, mais devant le Japon. Et il ne semble pas qu’à l’avenir les dirigeants chinois vont réduire leurs ambitions !

« La deuxième phase va de 2035 au milieu du siècle ; phase pendant laquelle nous allons (…) poursuivre nos efforts pendant encore 15 ans pour transformer notre pays en un grand pays socialiste beau, moderne, prospère, puissant, démocratique, harmonieux et hautement civilisé. La Chine connaîtra alors un renforcement général sur le plan de la civilisation matérielle, politique, spirituelle, sociale et écologique, et réalisera la modernisation du système et de la capacité de gouvernance de l'État. La Chine se hissera au premier rang du monde en termes de puissance globale et de rayonnement international » [1].

Ce développement ne sera certainement pas un long fleuve tranquille car il existe des écueils qui pourraient créer de fortes zones de turbulence : la bulle immobilière, la baisse de l’efficacité du capital, la disparition des meilleurs terres cultivables, la guerre économique avec les Etats-Unis, les inégalités géographiques et sociales, mais aussi peut-être de nouvelles exigences de participation et de démocratie au fur et à mesure de l’élévation du niveau de vie. Mais le principal défi que la Chine doit relever, difficile à apprécier pour un touriste de passage, est écologique : celui d’une élévation du niveau de vie et de la consommation de sa population, de l’augmentation de la productivité en agriculture, avec la lutte contre les changements climatiques et la protection de son environnement !

Dans ces jours de commémoration du 30anniversaire du massacre de la place Tienanmen [2], des commentateurs politiques s’étonnent que les Chinois puissent accepter un régime autoritaire limitant leurs libertés démocratiques. C’est oublier que les Chinois peuvent adhérer aux réussites d’un régime qui leur a permis de sortir de la misère. Si nous imaginons un jeune couple de Chinois moyens, ils habitent une conurbation de l’Est, sont diplômés d’écoles techniques, cadres moyens ou employés dans des entreprises, vivent dans un appartement petit mais moderne et envisagent de prendre leurs premières vacances… Nés après les évènements de Tienanmen, ils ont connu une période d’expansion continue au cours de laquelle les Chinois ont certainement plus pensé à leur avenir qu’à une histoire récente chaotique et sanglante. Leurs parents avaient fui un village rural reculé et pauvre, peu scolarisés, ils sont devenus ouvriers sans qualification, dans une grande ville où ils habitent des logements vétustes, surpeuplés et sans confort. Quant aux grands-parents, paysans pauvres, ils ont quasiment connu le régime féodal, puis les errements des politiques maoïstes, avant de bénéficier récemment du désenclavement de leur village et des premiers éléments de confort : transports, commerces, électricité, eau courante, téléphone et télévision. En seulement trois générations, une famille chinoise est passée du moyen-âge au monde moderne [3].

Ce qui se joue au niveau international ne relève pas seulement d’une question de puissance économique, ou de puissance militaire, mais c’est aussi une question idéologique. Ce qui était jusqu’à présent un des piliers de la puissance américaine c’était son aptitude à inventer et à représenter le futur. Les Etats-Unis font-ils encore rêver les jeunes comme ils le faisaient depuis la seconde guerre mondiale ? Le Sud-Est asiatique (et la Chine en particulier) ne devient-il pas ce lieu où s’invente désormais l’avenir ? Dur, dur pour la désormais « vieille Amérique » comme pour la vieille Europe !


[1] Texte intégral du rapport de Xi Jinping au 19e Congrès national du PCC. 2017.

[2] Les manifestations de la place Tiananmen, à Pékin,se déroulèrent entre le15 avril et le 4 juin 1989 sous forme d’un mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers, dénonçant la corruption et demandant des réformes politiques et démocratiques. Il fut réprimé dans le sang.

[3] Voir le recueil de nouvelles de Qiu Xiaolong. « Cité de la Poussière Rouge ». 2008.

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