Une relative réussite – Une population éclatée en groupes communautaristes multiples

 

Paris 2084 Notre-Dame

A la sortie de la station Chatelet-Les Halles, il fait une chaleur d’étuve. Je me dirige vers l’Hôtel-Dieu qui a été entièrement libéré des équipes médicales qui l’occupaient lesquelles ont été transférées dans le nouvel ensemble hospitalier "Jacques Lacan" situé dans l’Est parisien. L’Hôtel-Dieu accueille désormais un vaste ensemble consacré à "l’International Tourism Management" et au "Slow Food". Finalement, je ne suis pas mécontent d’avoir réduit mon voyage à un long week-end de trois jours alors que j’avais d’abord l’intention de partir deux semaines : les situations tant climatique que sociale semblent en effet un peu extrêmes ! Comme je voyage pour un court séjour, j’ai pris ma valisette avec moi. Je n’ai pas voulu la confier au service "Door to Door" de la compagnie aérienne vu les risques de perte ou de retard des bagages dans ce type de service. Je vais donc d’abord déposer ma valisette à l’hôtel avant de me consacrer à la visite de la capitale. J’ai préféré prendre un hôtel en "City center", beaucoup plus cher certes, mais qui me permettra de tout faire à pied, en scooter ou "hoverboard".

La direction de l’hôtel m’en ayant informé par e-mail avant mon départ, je ne m’étonne donc pas des mesures exceptionnelles de sécurité qui sont prises : fermeture totale du bâtiment dès 20 heures, érection d’une palissade tout autour de l’hôtel et contrôle systématique des personnes par "facial recognition" et des bagages par laser. La valise déposée dans la chambre et une douche prise, ma première visite est bien évidemment consacrée à Notre-Dame située à deux pas.

Notre-Dame et sa nouvelle flèche… Elle a été terminée en 2028 seulement par suite des difficultés techniques et architecturales, et par manque de crédits, une partie des fonds promis n’ayant jamais été versée, sans parler de diverses malversations financières. Certes, je l’ai souvent vu en "virtual reality 3D" cette nouvelle flèche, mais c’est la première fois que je la vois in situ. Je dois reconnaître qu’elle a fière allure. En métal, couleur argent, beaucoup plus haute que la flèche de Viollet-le Duc, elle est fine et gracieuse. J’aurais néanmoins préféré que soit reconstruite à l’identique la flèche de 1859, même si celle-ci était d’un style pseudo gothique et était très différente de la flèche de 1230 démontée en 1792 parce qu’elle menaçait de s’effondrer. La flèche actuelle est un moindre mal en regard de tous les projets farfelus qui avaient été proposés.

Je vais aussi refaire un tour à l’intérieur de Notre-Dame restaurée. Malgré la chaleur et la situation du pays qui semble médiocre, il y a néanmoins beaucoup de monde, d’autant que les "identity checks" sont nombreux et fréquents. Parisiens, touristes français ou étrangers sont plutôt groupés par paquets et on identifie assez bien leurs origines à leurs accoutrements. Chaque nationalité, chaque ethnie ou chaque "Community" semble vouloir marquer son identité particulière, son groupe social d’appartenance par son costume ou ses accessoires vestimentaires : les "Anarcho-gothiques" en noir et têtes-de-mort, les "Individualist Skaters Community" en pantalons amples et tombants, les "Socialo-écolo-libéraux" en vêtements bio, simples et confortables, les "Démo-chrétiens" en bleu-marine et blanc, les "Buddhists-Republicans" en robes bleues et jaune-safran, les "Orthodoxes-talmudistes" en kipa et bouclettes, les "Wahhabites de stricte obédience" en turbans blancs et burqa noire, j’en passe ! Sans compter toutes les hybridations les plus improbables du type des "Suprématistes démocrates-chrétiens" ou des  "Anarcho-musulmans", mais il y a aussi les groupes nationaux ou ethniques, Péruviens, Tadjiks, Kotoko ou autres en costumes traditionnels, et enfin les "J’m’en-foutistes-anticapitalistes" habillés à la va-comme-j’te-pousse.

A l’exception des "Naturistes-vegan", reconnaissables à leurs silhouettes longilignes, généralement tout ce petit monde grignote : sandwichs, "chocolate bars", "ice-cream", sodas, pizza, pop-corn, "candy". Ils se promènent dans les rues, rentrent dans les commerces, font la queue, conduisent leur voiture, tout en mangeant et buvant des produits "sweet and energy". Evidemment, la conséquence c’est que beaucoup sont plus qu’enveloppés, ce sont même parfois d’énormes tas de graisse. Et ce n’est pas seulement leur grand nombre qui m’étonne, mais aussi la façon dont ils s’habillent. C’est qu’à l’exception des tribus dissimulées dans des robes, des boubous, des tuniques ou des burqas, les tee-shirts sont serrés, les shorts et jupettes courts, exhibant ainsi publiquement, sans gêne apparente, bedons, bourrelets, plis, boudins, chairs flasques et molles. Comme s’il fallait affirmer avec son corps et son costume que ce n’est pas à l’Etat et à ses services de santé de dire aux personnes ce qu’elles doivent manger, mais que chacun, chaque communauté, a la liberté de manger ce qu’il veut, quand il le veut ! 

Liste des articles sur Paris 2084

Télécharger le document intégral