Concilier tradition et modernisme dans la ville, est-ce possible ?

 

Paris 2084 Palais du Louvre 2

Après avoir constaté que Notre-Dame est restaurée mais qu’il faut désormais acheter un "Admission ticket", je longe la Seine à pied vers le Louvre. Sur les quais, il y a toujours les bouquinistes et leurs grosses boites de métal posées à califourchon sur le parapet du mur et peintes en vert. Quelques-uns vendent encore des livres-papier, mais ils sont de plus en plus rares. Les quelques personnes qui aiment encore les livres les conservent jalousement et les ouvrages présentés dans les boites sont d’assez médiocre intérêt. Les bouquinistes se sont adaptés et ils vendent généralement aux touristes des cartes postales, des films documentaires et des ebook, tous téléchargeables sur GSM. 

Quand j’arrive passerelle des Arts, c’est le choc, malgré les nombreuses "Virtual Images 3D" que j’avais vues. Les nouvelles constructions dans les quartiers rive droite, entre Les Halles et le Palais Royal, sont impressionnantes. Cela ne fait pas fouillis comme à London où les tours poussent dans le plus grand désordre architectural et urbanistique car le rationalisme français a multiplié les bâtiments semblables, bien alignés… A moins que ce soit sous l’influence du "Chinese urban planning model" ? Le résultat est étonnant et pas nécessairement heureux. Le palais du Louvre, dans cet environnement vertical et malgré sa grande taille, ressemble à une limace qui se traîne en bord de Seine.

Dans ce quartier, les "Real estate companies", toutes puissantes, ont détruit les bâtiments anciens, jugés trop vieux, inadaptés, ne correspondant plus aux nouvelles normes esthétiques et écologiques même s’ils étaient intéressants d’un point de vue de l’histoire de l’architecture. De fait, le centre de Paris se régénère sans cesse, détruisant les architectures des décennies précédentes pour leur substituer de nouvelles tours toujours plus hautes et plus audacieuses comme Cronos dévorant ses propres enfants. A Paris, comme dans toutes les grandes villes du monde, par définition, « Nine is fine » ! Tout simplement la ville de Paris, comme les différentes communautés qui l’habitent, affiche une image, du moins l’image qu’elle voudrait donner d’elle : celle d’une ville dynamique, jeune, moderne, maîtrisant les évolutions du "freelancing", du management, du "home office", du "co-working" et qui est donc capable d’accueillir les "desks" des grands centres de décision internationaux où se décide l’avenir de la planète. Construire des tours, les plus hautes possibles, c’est affirmer être porteur de la "modernity". 

Mais là, en plein chœur de Paris, le fallait-il ? Je ne sais plus où aller pour ne plus avoir ces tours sous les yeux !

Alors que les signes de cette modernité s’imposent partout, sur la passerelle des Arts, la tradition des dessinateurs à la craie sur le sol, elle, se maintient. C’est certainement ce que recherchent les touristes : une image du "bon vieux Paris", bien rassurante dans un monde de plus en plus instable. Bref, il faudrait que la ville soit à la fois ancienne et contemporaine, traditionnelle et moderne, familière et technologique, rassurante et créative. Est-ce possible ?

Autour de moi, tous au même moment, les GSM se mettent à sonner et chacun écoute les "News" avec consternation : un "nuclear accidentlevel 7" à la centrale de Fessenheim, toujours en service, aurait entraîné des fuites de gaz radioactif. Le communiqué de la Présidence qui suit l’information est heureusement rassurant : les autorités maîtrisent parfaitement la situation, l’évacuation des populations locales dans un rayon de trente kilomètres est en cours, elle s’effectue en bon ordre, selon les plans officiels et sur "destemporary lodging facilities" préparés à l’avance, enfin des "iodine tablet" sont distribués aux personnes évacuées en vue d’anticiper d’éventuels risques de cancers de la thyroïde. Les produits agricoles cultivés dans la région sont désormais interdits à la vente et l’ensemble du bétail de la zone contaminée sera abattu.

Il ne s’agit donc manifestement que d’une situation transitoire, de très "short duration" selon le communiqué présidentiel, gênante certes pour les populations déplacées mais qui, toujours selon le communiqué officiel, restera pour elles comme un long week-end hors de chez soi, une parenthèse dans une vie quotidienne et monotone. D’un coup, la tension qui était palpable dans la foule retombe ; Parisiens et touristes reprennent leurs occupations précédentes. Personnellement, je ne suis pas totalement tranquillisé et je trouve la situation de ce pays bien instable et assez curieuse, sans même parler des conditions climatiques marquées par une chaleur et un taux d’hygrométrie particulièrement élevés.

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