Des îlots de richesse et de pauvreté au Nord de Paris -  Une vraie réussite architecturale

 

Paris 2084 Basilique de Saint Denis

Après être allé à Notre-Dame pour y admirer sa nouvelle flèche, je ne peux pas faire moins, le lendemain, que d’aller voir la basilique royale de Saint-Denis avec la flèche de la tour Nord qui a été remontée. La "Charter of Venice" de 1964 sur la restauration des monuments anciens ne s’oppose pas au remontage d’un ouvrage ancien, à condition que celui-ci soit parfaitement documenté et que la reconstruction respecte les plans et écrits de la période de construction. Déstabilisée par les tornades de 1842, 1843 et 1845, la flèche avait été démontée pour consolider la base de la tour qui la portait et elle devait être remontée par la suite… ce qui n’avait pas été fait jusqu’à la décision contraire prise en 2019.

Je ne suis pas trop rassuré par ce qui se raconte sur la banlieue Nord de Paris même si, semble-t-il, les choses ont beaucoup changées  du fait de la transformation radicale de toute la zone de la Plaine Saint-Denis depuis le début du millénium avec l’installation de nombreux "International-sized seats" et "l’University campus" Condorcet. Petit à petit, le quartier est devenu très recherché par les cadres, les enseignants, les chercheurs et les VIP. Aussi ais-je décidé d’utiliser un auto-taxi plutôt que les transports en commun.

Pour nous y rendre, nous traversons néanmoins des quartiers en très mauvais état. Les fenêtres et volets des immeubles sont cassés, les balcons occupés par des constructions parasites, des trous sont percés dans les murs pour y placer des climatiseurs aujourd’hui disparus ou inutilisables, des immondices s’accumulent sur les auvents et balcons. Dans certains ilots de ces quartiers, l’eau ne serait plus distribuée dans les étages et l’électricité dispensée seulement quelques heures par jour. Les espaces verts ne sont plus entretenus et ils sont progressivement occupés par des baraquements divers quand ils ne sont pas devenus des dépôts d’ordures où trainent des carcasses de voitures !

Les différents quartiers que nous traversons sont couverts d’affiches électorales : sur les murs des immeubles, les palissades, les poteaux électriques et les lampadaires, les engins de chantiers arrêtés au bord des routes, les autobus. Des guirlandes de lanières de plastique de couleurs différentes attestent des choix politiques des habitants de chacun de ces quartiers. Vertes, il s’agit de supporters d’un des partis écologistes "Plus Vert que les Verts", roses de "L’Union écologique, sociale et libérale", rouges pour le Mouvement "Liberté et Athéisme", vertes et rouges pour le "Rassemblement écologiste et libertaire", bleues et blanches pour "l’Assemblée chrétienne écologiste et démocrate", bleues-marine, blanches et rouges pour le "Front Nationaliste et Sécuritaire". J’avoue n’avoir pas tout retenu tant la vie politique apparaît éclatée en multiples chapelles, correspondant chacune à une "Particular community". Mais toutes ces guirlandes donnent néanmoins un aspect assez joyeux, et même festif, aux quartiers traversés… du moins avant les élections ! Après les élections, je crains qu’elles ne pendouillent lamentablement un peu partout, accentuant l’aspect négligé et triste de ces arrondissements.

Cette traversée de Paris vers ses banlieues Nord est assez étrange. Se succèdent des quartiers de buildings avec "columns", frontons et dorures, "green spaces" soignés, "underground car parks", mais aussi des quartiers délabrés, aux immeubles misérables, sales, des buildings de verre et d’acier d’une hauteur impressionnante, mais aussi d’immenses zones d’entrepôts sordides ou d’usines désaffectées qui sont de véritables coupe-gorge. Régulièrement émergent de magnifiques "Malls" de "marbel",  "exotic wood and chrome" au personnel impeccablement habillé de blazers et de tailleurs, puis quelques rues plus loin ce sont de petites boutiques minables et malpropres. Ce sont aussi les prouesses techniques des échangeurs autoroutiers, mais en contre-point des trottoirs et des chaussées dans un état lamentable, les immondices qui jonchent le sol, les poubelles non ramassées et qui débordent. 

La vue de la nouvelle façade de la basilique est agréable et l’initiative de remonter la flèche de la tour Nord m’apparaît excellente. Sans elle, la façade de la basilique dévoilait un bâti encore très roman ce qui n’illustrait pas le rôle joué par la basilique dans l’histoire de l’architecture et l’invention de l’art gothique. Par ailleurs, cela lui donnait un petit air pataud qui ne correspondait pas non plus à sa fonction honorifique : être la sépulture des rois de France ! 

Aussi agréable qu’elle soit, la façade de Saint-Denis n’arrive toutefois pas à effacer le malaise que j’ai ressenti au cours de la traversée des quartiers Nord de Paris. 

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