La venue de la reine Christine de Suède – Une place, œuvre de l’architecte Guiseppe Valadier

 

Rome Campo Marzio Piazza del Popolo 2

« Je ne pense pas qu’il y ait au monde une ville dont l’entrée, par terre, prévienne aussi favorablement. L’arc de triomphe fait le sommet d’un triangle formant une place publique, au milieu de laquelle un obélisque de granit (…). La base du triangle est percée en face de ceux qui entrent et présente pour point de vue les ouvertures de trois rues droites et longues, disposées en patte d’oie, dont les extrémités sont séparées par des portiques à colonnades de deux jolies églises à dôme, entièrement semblables »[1].

La porte monumentale ouvrant sur la piazza del Popolo fut construite en 1561 par Vignola à la demande de Pie IV Médicis (1559 / 1565) en remplacement de la porte romaine, la porta Flaminia. La façade intérieure est une œuvre du Bernin, réalisée à l’occasion de la venue du « roi »[2] Christine de Suède (1626 / 1689). Il était en effet de tradition de dresser des portes et des arcs monumentaux lors des visites des puissants même si, le plus souvent, ces arcs de triomphe n’étaient composés que d’une armature de bois recouverte de toile peinte, imitant la pierre ou le marbre, avec des adjonctions de stuc pour figurer chapiteaux et statues. Les premiers arcs construits pour durer apparaissent à la fin du XVIIe siècle, comme la porte Saint Denis à Paris (1672), une porte chargée d’exalter les victoires de Louis XIV sur le Rhin. 

C’est que la venue de la reine Christine de Suède à Rome n’était pas une mince affaire pour le pape ! La jeune reine de 28 ans avait abdiqué l’année précédente au grand soulagement du clergé réformé vu ses mœurs légères, mais aussi du peuple et de l’armée qui s’inquiétaient de la dilapidation du trésor royal. Elle partit à l’étranger à la tête de dix navires qui emportaient ses meubles, ses tapisseries, ses tableaux, ses huit milles manuscrits hébreux, grecs et arabes ainsi que les marbres, les joyaux les pièces d’or et d’argent qui constituaient sa fortune, le Sénat du royaume s’étant engagé à payer ses dettes qui s’élevaient à dix millions d’écus. Après de longues pérégrinations à travers l'Europe, où elle gagna le surnom de « reine ambulante », elle se convertit au catholicisme et se rendit à Rome en grand équipage où elle fut accueillie le 20 décembre 1655. Accueillir l’ex-reine de Suède, ancienne brebis égarée de l’église réformée mais récemment convertie à la vraie foi, c’était gagner une bataille dans les guerres qui opposaient catholiques et protestants car c’était alors le temps de la contre-réforme. Par ailleurs la reine Christine avait la réputation d’aimer les arts. Le pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) organisa donc une réception fastueuse à l’occasion de laquelle il a notamment commandé au Bernin un « habillage » intérieur de la porta del Popolo. Le Bernin ne semble pas y avoir apporté beaucoup d’attention, ou manquait-il de temps ? C’est une œuvre de « circonstance » et elle apparaît assez quelconque. Elle comprend une arche centrale, encadrée de deux petites arches latérales et surmontée d’un cartouche aux armes des Chigi.

Derrière la porte, la forme de la place del Popolo était alors trapézoïdale, élargie vers le Trident. L’obélisque qui la décore avait été réalisé pour Séti Ier ou Ramsès II en 1 200 av. J.-C, déplacé par Auguste en 10 av. J.-C pour orner le cirque Maxime, puis par Sixte-Quint Peretti, en 1589. Les deux églises jumelles de Santa Maria di Montesanto (1675) et Santa Maria dei Miracoli (1678) qui, côté Sud de la place, encadrent la naissance de la via del Corso ont été commandées en 1658 par le pape Alexandre VII Chigi. Enfin, à partir de 1793, Guiseppe Valadier (1762 / 1839) fut chargé de réaménager la place. Il proposa la forme elliptique actuelle avec une fontaine centrale autour de l’obélisque ainsi que l'agencement de terrasses en cascade sur la colline du Pincio.  Il fallut donc plus de trois siècles pour aménager cet ensemble urbanistique qui paraît pourtant d’une grande cohérence, de l’époque de la Renaissance (le trident, la porte, l’obélisque) à l’époque classique (la forme de la place, les murs de soutènement côté Pincio, la fontaine, les statues), en passant par le baroque (la décoration de la porte et les deux églises encadrant le Corso) ! 

Deux grands cafés sont situés sur la place. A l’Est, le « Canova » qui s’enorgueillit d’avoir été le café préféré de Fellini qui habitait à deux pas, via Margutta, et à l’Ouest, le « Rosatti » qui se proclame le café des écrivains. Mais, ils seraient aussi divisés entre droite et gauche : la tradition voudrait que le « Canova » soit plutôt fréquenté par la droite, le « Rosatti » plutôt par la Gauche.


[1] Président De Brosse. Lettres d’Italie. 1740.

[2] Son titre réel était « Roi de Suède » afin de lui permettre de monter sur le trône en 1632.

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