Vivant ou mort, Néron tourmente les Chrétiens – Une chapelle et le problème est réglé

 

Rome Campo Marzio Santa Maria del Popolo

En 1099, le pape Pascal II De Breida (1050 / 1118) faisait construire une chapelle dédiée à la Vierge dans un endroit où poussaient de nombreux peupliers (populus en latin) ce qui expliquerait le nom de l’église, les peupliers se transformant en peuple… 

Explication plausible car il est assez peu habituel qu‘une place, surtout une place aussi prestigieuse d’une ville, soit dédiée au « peuple », le peuple n’étant en général pas habitué à tant d’égard à son encontre. Il reçoit souvent plus de coups de bâton ou de matraque que de marques d’estime ! Combien existe-t-il d’autres « places du peuple » dans le monde ?

La tradition veut aussi que l’église Sainte-Marie-du-Peuple occupe le lieu de sépulture de l'empereur Néron, lequel conserve la fâcheuse réputation d’avoir persécuté les Chrétiens notamment à l’occasion du grand incendie de Rome (64). 

Le 9 juin 68, déclaré ennemi public par le sénat, Néron avait fuit Rome. Il était sorti par la porte Nomentano, pour se réfugier en banlieue, dans la maison d'un de ses affranchis, un certain Phaon, entre les voies Nomentano et Salaria. Là, il avait essayé à plusieurs reprises de se donner la mort et, en entendant les cavaliers qui venaient l’assassiner, il s’était tué avec le secours de son secrétaire Épaphrodite qui l'avait aidé à s'enfoncer un poignard dans la gorge. Avant de mourir, Néron, alors âgé de trente ans, avait cité un vers grec « Qualis artifex pereo ! » (Quel artiste périt avec moi !). Après ses funérailles, ce sont ses nourrices Eglogé et Alexandra, avec sa concubine Acté, qui déposèrent ses cendres dans le tombeau de sa famille, les Domitii Ahenobarbus, laquelle se situait à l’extrémité des jardins du Pincio.

« Vers l’an 1099, quelque homme adroit épouvanta le peuple de Rome de l’ombre de Néron, mort seulement mille trente et un an auparavant. Le cruel empereur enterré dans le tombeau de sa famille sur le collis hortilurum (Mont des jardins), aujourd’hui Monte Pincio, s’amusait de reparaître de nuit pour tourmenter les vivants. Probablement à cette époque on ne faisait pas grande différence entre un démon et un empereur romain persécuteur de Chrétiens. L’on ne manqua pas de construire bien vite la jolie église où nous sommes, et Néron, effrayé, n’a plus reparu »[1].

Selon la tradition, la Sainte Vierge serait apparue au pape Pascal II et aurait ordonné au pape d’abattre un noyer qui ornait le lieu et dans lequel se produisait d’étranges manifestations. Dans ses racines aurait été trouvée une urne de Porphyre contenant des cendres lesquelles furent jetées dans le Tibre. Une chapelle fut construite sur le site, au frais du peuple romain d’où la dénomination de Santa Maria del Popolo. Seconde explication du toponyme qui passa ensuite de l’église à la place qui s’appelait auparavant « di Trullo » par suite de la forme de la fontaine qui l’ornait.

La chapelle a ensuite été transformée en église par le pape Grégoire IX d’Agnani (1145 / 1251) et donnée aux Augustins de Lombardie. Entre 1472 et 1477, l'église est reconstruite. Elle présente un plan simple, en croix latine à trois nefs, correspond au modèle des églises cisterciennes, et une façade simple également, presque austère, mais retravaillée par Le Bernin. Au second niveau, Le Bernin ajouta les deux moitiés séparées d'un fronton segmenté, et les courbes qui les relient à la façade de la nef adoucissant ainsi les formes rectilignes de la Renaissance. Le chœur de l’église a été conçu par Bramante entre 1500 et 1509, sur les ordres du pape Jules II Della Rovere. Le Pinturicchio a terminé la décoration de la voûte chœur en 1510 sur le thème du couronnement de la Vierge, des Evangélistes, de Sibille et des docteurs de l'Église. Les vitraux sont les plus anciens de Rome, fabriqués par l'artiste français Guillaume de Marcillat en 1509. Ils représentent des scènes de l'enfance du Christ d'un côté, et la vie de la Sainte Vierge de l'autre. Sixte V Peretti (1585 / 1590) classe l’église parmi les sept qui sont à visiter pour l'année sainte afin que les pèlerins puissent obtenir des indulgences.