Des représentations d’actions en cours plus que l’utilisation de symboles religieux

 

Caravage Crucifiement de Saint-Pierre

En 1600, juste après avoir terminé les deux premières toiles de la Chapelle Contarelli à l’église Saint-Louis-des-Français (« La vocation » et « Le martyre de Saint Matthieu »), Le Caravage signe un contrat pour peindre deux tableaux destinés à la Chapelles Gerasi dans l'Eglise Santa Maria del Popolo : « La crucifixion de Saint Pierre » et « La conversion de Saint Paul ». 

La chapelle est une œuvre de Carlo Maderno et les tableaux du Caravage encadrent une « Assomption de la Vierge » (1602) d’Annibal Carrache. 

Les deux tableaux (1601 / 1604) du Caravage sont tout à fait étonnants par leur composition qui soulignent, au premier coup d’œil, les aspects les plus triviaux au dépend des personnages principaux, Pierre et Paul. Dans le premier, ce qui frappe tout d’abord, c’est la paire de fesses d’un des exécuteurs tout à l’effort physique pour dresser la croix sur laquelle Saint-Pierre est cloué, la tête en bas, comme il le demanda par humilité envers le Christ. Dans le second, le regard est d’abord attiré par le flanc et la croupe du cheval avant d’entrevoir Saint-Paul allongé au sol. 

Cette première approche passée, la composition des deux tableaux souligne les actions qui s’y déroulent. Dans l’un comme dans l’autre, Le Caravage supprime tous les détails : les paysages sont remplacés par un fond noir, faisant ressortir la scène elle-même. Les personnages annexes sont réduits : trois exécuteurs qui dressent la croix, un palefrenier qui tient le mors du cheval alors que Saint-Paul chevauchait vers Damas à la tête d’une colonne de soldats.

Le tableau de la crucifixion de Saint-Pierre est organisé selon deux axes perpendiculaires, dans les diagonales du tableau, l’une représentée par Saint-Pierre sur la croix et l’autre par les corps de deux des exécuteurs, dessinant ainsi une croix dans le tableau lui-même. Le tableau de la Conversion de Paul est au contraire organisé de façon circulaire, entre le corps et les bras levés de Paul, au sol, et les pattes et le corps du cheval qui le domine. Dans l’un comme dans l’autre, la lumière tombe en diagonal, du haut à droite ou du haut à gauche.

L’attitude des deux personnages laisse à penser qu’ils acceptent « naturellement » la situation qu’ils subissent. Pierre est un vieillard qui s’abandonne sous la douleur. Paul, tombé à terre après avoir reçu une grande lumière venue du ciel, reste au sol, les bras levés, attendant la sentence de Dieu. 

Par la brutalité des scènes représentées, leur caractère « vériste », les plantes des pieds sales de l’exécuteur en premier plan, les traits tirés et les rides de Pierre, on est loin des canons de la peinture maniériste de l’époque : des représentations léchées, idéalisées, avec une grande richesse de couleurs, une palette claire, lumineuse, les poses complexes des différents personnages. 

Dans la chapelle Gerasi la comparaison est facile car on a des œuvres des deux peintres Carrache et Caravage côte à côte. Néanmoins, dans les trois tableaux, les personnages principaux, la Vierge, Pierre et Paul, sont dans une attitude où ils ont les bras ouverts : la Vierge dans son ascension semble vouloir accueillir les croyants, à contrario Pierre et Paul sont au sol, Pierre est crucifié et Paul ouvre les bras dans sa chute. Il semble que Le Caravage ait pu voir l’œuvre du Carrache avant de commencer ses tableaux et donc qu’il ait choisi la similitude des attitudes. Pour le reste tout les oppose : luminosité générale pour l’un / espaces à la lumière contrastée pour l’autre, nombreux personnages d’un côté /  nombre très restreint de l’autre, ascension de la vierge vers le ciel / chute de Pierre et de Paul, grande variété des couleurs pour l’un / teintes plus neutres pour l’autre à l’exception, à chaque fois, d’une grande tâche colorée, plissés savants des tissus avec jeux d’ombres / grands aplats monochromes, etc…

L’église présente bien évidemment d’autres richesses… Dans les années 1600, sont ajoutées les chapelles du transept, le remplacement de l'autel, la décoration du Bernin entre 1655 et 1659, et l'ajout de la chapelle Cybo de Carlo Fontana. Ne manquez pas, à droite, la première chapelle ornée de fresques du Pinturicchio (1506) et, à gauche, la chapelle Chigi sur un dessin de Raphaël, même si elle fut commencée par Lorenzetto et terminée par Le Bernin. Elle marque certes le summum de l’art de la Renaissance… mais n’en est pas moins assez froide pour autant !

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