Une ancienne voie romaine – Un ministre des Finances « en fuite » ?

 

Rome Campo Marzio Corso maison de Goethe

Vous pouvez ensuite descendre le Corso que Stendhal jugeait étroit, humide et sentant le chou pourri, mais néanmoins « la plus belle de l’univers » par l’abondance et la qualité de ses monuments ! 

 « La rue du Corso, envers laquelle l’odeur de choux pourris, et les haillons aperçus dans les appartements par les fenêtres, m’a rendu injuste pendant deux ans, est peut-être la plus belle de l’univers (…). Les palais qui bordent cette rue ont beaucoup de style. Ce style est sublime et fort supérieur à celui de la rue Balbi de Gênes. Regent street, à Londres, étonne, mais ne fait aucun plaisir et n’a pas de style ».[1]

On n’y voit plus désormais de population misérable, en haillons, encore moins de galériens enchaînés nettoyant la rue, mais une suite ininterrompue de boutiques de luxe, ce luxe romain qui se montre sans ostentation où la pureté de la ligne, de la coupe, est toujours remarquable. 

La rue qui s’ouvre à la Piazza del Popolo est parfaitement rectiligne… Et, si cette promenade est si droite, c’est tout simplement qu’elle emprunte une ancienne voie romaine ! La voie qui traverse Rome, du Nord au Sud, existait déjà dans la Rome antique, c’était la via Lata, la voie large ! Or, elle ne faisait pas plus de 10 mètres de large, car les rues de la Rome antique étaient très étroites et généralement sinueuses ! Ce qui étonne quand on connaît les nombreuses ruines de villes fondées par les Romains aux rues parfaitement droites et strictement orthogonales. 

« La rue s’étend de la place du Peuple en droite ligne jusqu’au Palais de Venise ; elle a environ trois mille cinq cents pas de long, et elle est bordée de hauts édifices, la plupart magnifiques. Sa largeur n’est pas proportionnée à sa longueur et à la hauteur de ses maisons » [2].

La Via Lata sera rebaptisée « Corso » du fait des courses de chevaux qui s’y déroulaient pendant le carnaval à partir du pontificat de Paul II Barbo, celui qui fit construire le Palazzo Venezia. Le carnaval commençait le lendemain des rois, le 7 janvier, et se terminait huit jours plus tard avec la course de chevaux [3].

« Le plus commun exercice des Romains, c’est se proumener par les rues ; et ordinairement l’entreprise de sortir du logis se fait pour aller seulement de rue en rue sans avois où s’arrester ; et y a des rues plus particulièrement destinées à ce service » [4].

Au n°18 de la via del Corso, vous longez la résidence de Goethe, transformée en musée. Le poète y séjourna de 1786 à 1788 et il y écrivit une partie de son livre « Voyage en Italie ».

« En Italie ! En Italie ! Paris sera mon école, Rome mon université. Car c'est vraiment une université ; qui l'a vue a tout vu ».

A Rome, il visite sites et musées, cornaqué par Johan Joachim Winckelmann, fondateur de l'histoire des arts et auteur d'un traité pour l'imitation de l'Antique. Il se promène dans la campagne romaine, suit des leçons d'anatomie et fréquente les ateliers des peintres allemands. 

Outre des souvenirs du voyage de l’écrivain à Rome, le petit musée présente une exposition sur le voyage en Italie ainsi que des expositions temporaires. L'exposition permanente de la maison de Goethe est dédiée au voyage du poète en Italie, à sa vie et son écriture à Rome. Le visiteur peut découvrir de nombreux aspects de la vie quotidienne des artistes dans le fameux appartement du Corso. Avec des lettres et des journaux intimes de Goethe, des dessins et des croquis de Tischbein - où il apparaît un Goethe détendu et heureux, bien loin de la vie d'un ministre des Finances à Weimar [5] qu’il avait fini par fuir en catimini et en se cachant !


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Goethe. « Voyage en Italie ». 1829.

[3] Voir le récit qu’en fait Goethe dans « Le carnaval romain ». 1789.

[4] Michel de Montaigne. « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». 1992.