Le Mausolée d'Auguste - Contre l'esthétique fasciste du vide - Le musée de l'Ara Pacis

 

Rome Campo Marzio Ara Pacis 3

A son retour d'Egypte, en 29 avant J-C., Auguste entreprend la construction d'un tombeau dynastique sur le modèle de celui d'Alexandre le Grand : un soubassement cylindrique de 87 mètres de diamètre et de 12 mètres de haut, un tumulus tronconique planté d'arbres et, au troisième niveau, un tombeau de marbre blanc surmonté d’une statue de l’empereur. Au Moyen-âge, la statue de l'empereur a été fondue pour faire des pièces de monnaie et, comme le Château Saint-Ange, le mausolée fut transformé en forteresse par les grandes familles romaines, les Conti, puis les Orsini et les Soderini. Le haut du mausolée s’étant effondré, ces derniers y établirent un jardin en 1550. Au XVIIIe siècle, le marquis Benoît Correa a transformé le tumulus en théâtre désormais connu des Romains sous le nom de « Corée ».

« Il y avait aujourd’hui un combat de bêtes au mausolée d’Auguste. Ce grand édifice, vide à l’intérieur, ouvert par en haut, tout à fait rond, est devenu une arène pour les combats de taureaux, une sorte d’amphithéâtre. Il peut contenir de quatre à cinq mille personnes. Le spectacle ne m’a guère édifié »[1].

Joutes, tournois, spectacles, feu d'artifice et corridas sont donnés en représentation jusqu'à la première moitié du XIXe siècle. La salle, recouverte, a alors été transformée en fonderie par le sculpteur Chiaradia pour façonner le cheval de Vittorio Emanuele II pour l'Autel de la Patrie. Et, en 1908, sous le nom d’Augusteo, le bâtiment était destiné à devenir une salle de concert.

L’Ara Pacis est un petit temple de marbre blanc, édifié en 13 av. J-C par le Sénat en l'honneur du retour victorieux d'Auguste de ses campagnes en Gaule et en Espagne. Le temple avait disparu sous les strates successives de construction. Ses restes avaient finalement été identifiés dans les soubassements du palais Fiano situé au long du Corso. Bien évidemment « l’Artisan des destinées nouvelles d’la patrie » qui s’identifiait à un « nouvel Auguste » n’allait pas rater pareille occasion de se mettre en valeur à l’égal de l’empereur Auguste et il avait décidé de l’extraction de l’Ara Pacis et de son remontage à côté du mausolée d’Auguste et de remodeler le quartier. En conséquence, il fit raser toutes les maisons pour dégager le mausolée et construire une vaste place, la place d’Auguste Imperator, inaugurée le 23 septembre 1938 à l’occasion du bimillénaire de la naissance impériale. La place, entourée de bâtiments, rectilignes, pompeux et massifs, se voulait représentative des ambitions urbanistiques de son chef pour sa capitale, mais aussi de la grandeur du nouvel empire qu’Auguste le Petit rêvait alors de reconstituer et qui comprendrait : Nice, la Corse, la Tunisie, la Libye, Malte, l’Egypte, la Somalie… J’en passe ! La place reste une plaie béante dans le tissu urbain de Rome : un lieu gris, froid, inhospitalier, habité par les seuls courants d’air. Bref, l’antithèse de la Rome papale.

Un des premiers projets de bâtiment contemporain dans le cœur de Rome fut l’édification d’un pavillon muséal pour abriter « l’Ara Pacis Augustae » et remplacer le pavillon fasciste qui était une construction provisoire. C’est en 2005 qu’a finalement été inauguré le musée de l’Ara Pacis de l’architecte américain Richard Meier : une grande « boîte blanche », élégante, claire, transparente, qui fait face aux bâtiments fascistes froids et dominateurs. Par sa forme et ses dimensions, il s’efforce de retisser un tissu urbain entre l’ancien port de Ripetta sur le Tibre et le mausolée d’Auguste en recomposant une file de bâtiments le long des quais. Certes, cela ne fait pas encore disparaître la déchirure de la place d’Auguste Imperator, mais cela tente de panser une partie de la blessure avec grâce.

A côté de l’Ara Pacis, Auguste avait fait édifier un gigantesque cadran solaire : l’Horologium. Il couvrait un espace dallé de marbre, de 160 m sur 75 m, sur lequel figuraient des lignes et des caractères de bronze. Le gnomon de ce cadran solaire était constitué d'un obélisque haut de 21 m et pesant 230 tonnes, provenant d’Héliopolis et datant de Psammétique II (594 / 589 av. J-C.). Cet obélisque fut ensuite transporté, en 1792, sur les ordres de Pie VI Braschi (1775 / 1799), sur la Piazza di Montecitorio, devant le parlement. Comme au temps d’Auguste, dans le pavement de la Piazza di Montecitorio a été incrustée une méridienne sur laquelle se projettent les rayons du soleil passant à travers la fenêtre ménagée dans le globe de bronze qui coiffe l’obélisque.