Le quartier des pèlerins portugais – Encore un miracle attribué à la Sainte Vierge !

 

Rome Campo Marzio Via dei Portoghesi

Par la via d’Ascanio, on atteint la via dei Portoghesi laquelle a deux signes de reconnaissance, la boutique d’un barbier au coin de la rue et une haute tour couronnée d’un parapet en encorbellement. 

La boutique du coiffeur est une boutique « à l’ancienne » sans néons aveuglants, miroirs omniprésents, meubles clinquants et décoration branchée. Il y a quelques années, le coiffeur officiait encore en nœud papillon ! Lors de mon dernier passage (2017) il avait laissé tomber l’accessoire et travaillait désormais col ouvert... il faut bien quand même s’adapter un peu à son temps.

La rue tire son nom de l'hospice construit ici au XIVe siècle pour les pèlerins portugais, hospice à côté duquel a été fondée une église, en 1445, dédiée à Saint-Antoine de Lisbonne. Au XVIe siècle, l’église a dû sembler trop petite pour représenter dignement la monarchie portugaise et elle fut totalement reconstruite. Le plan de l’église, à nef unique en croix latine avec deux chapelles latérales, a été dessiné par Gaspare Guerra. La façade (1638) a été dessinée par Martino Longhi le jeune. Elle est dominée par une grande fenêtre et par l’énorme blason de la maison royale de Bragance qui régnait alors au Portugal. La coupole surbaissée est l’œuvre de Carlo Rainaldi.

Le second signe de reconnaissance de la rue, c’est sa tour. De fait, celle-ci est située dans le rione voisin, celui de Ponte. Elle a été construite vers 1014 et comporte quatre étages de briques avec des fenêtres ornées de travertin. Au dernier étage, des consoles de travertin supportent un parapet en encorbellement. Au Moyen-Âge, Rome aurait compté jusqu'à trois cents tours, chaque famille noble tenant à signifier ainsi sa puissance dans les batailles entre quartiers de Rome. La construction d’une tour était un privilège accordé seulement à l'aristocratie, comme un symbole du droit féodal. Il ne reste plus qu’une cinquantaine de tours dont quelques-unes sont célèbres parce qu’isolées et bien visibles (Frangipane, del Grillo, des milices, de Moletta, dei Capocci, Grazziani…), cependant la plupart ont été incorporées dans des bâtiments.

En 1040, la tour aurait appartenu à un moine Augustin connu pour sa piété et ses œuvres de charité, Ottone Frangipane, qui aurait laissé son nom à la tour. Celle-ci est ensuite intégrée dans le couvent voisin des Augustins, puis laissée en bail perpétuel à Modesta Dolce qui épouse Marcello Scapucci. Son neveu, Gaspare Scapucci, fait alors rénover et étendre son palais par Giovanni Fontana[1] (1546 / 1614) qui, au XVIe siècle, intègre la tour dans le palais[2].

La tour est surtout connue pour l’histoire du singe, ce qui explique son autre appellation :

« Il est arrivé dans ce palais un fait mémorable par un gros singe qui s’étant délivré de ses chaines prit un petit entant qui dormoit sans garde & le porta au-dessus de la grande Tour : les parents voyant le péril évident de cet enfant le recommandèrent à la s Vierge avec des prières si ferventes que cette bête le rapporta tranquillement sain & sauf en lieu de sureté. C’est pourquoi en mémoire de ce fait sont mis la statue de la s Vierge dans le même lieu, & tous les soirs on y tient une lampe allumée »[3].

Depuis cette époque, une statue de la Vierge et une lanterne se trouvent au sommet de la tour.


[1] Giovanni Fontana est surtout connu pour ses travaux d’hydraulique : il rétablit l’aqueduc de l'Aqua Trajana qui conduit l'eau du lac de Bracciano au Janicule, éleva des digues à Tivoli, Ravenne et  Ferrare.

[2] La Reppubica. « Frangipane, ecco la torre del miracolo della scimmia ». 19 / 06 / 2005.

[3] Joseph Vasi. « Itinéraire instructif en huit journées pour trouver avec facilité toutes les anciennes et magnificences de Rome ». 1773. 

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