Considérations sur le milieu de la coopération internationale – De nouvelles orientations en matière de formation agricole

 

Paris Ministère de la Coopération

Le milieu français de la coopération internationale est assez fermé, il convient de montrer patte blanche pour s’y introduire. Le prix à payer pour s’insinuer dans ce cercle est généralement d’avoir été assistant technique ou chef d’un projet de coopération financé par un organisme national, international ou, à défaut, une ONG. En dehors de ce parcours, peu de salut. A la rigueur, vous serez admis à effectuer quelques missions à l’étranger, sur des thèmes très ciblés et parfaitement circonscris à une compétence bien particulière, le tout dans le cadre d’un projet dans lequel vous ne serez qu’un intervenant ponctuel, toléré, sans pouvoir participer aux orientations du projet lui-même. 

Ces difficultés sont décuplées lorsqu’il s’agit d’éducation et de formation, sujets jugés généralement peu sérieux aux yeux de spécialistes de la coopération. Jusqu’alors, l’essentiel c’était de disposer d’une « bonne technique », et celle-ci n’a évidemment aucun besoin d’un intermédiaire « pédagogique », d’aucun vecteur particulier pour se développer sinon « d’encadreurs » chargés de la faire utiliser par leurs destinataires, les paysans analphabètes. Tout s’est longtemps passé comme si la formation professionnelle ne servait pas à grand-chose dans le développement rural !

En ce début du XXIe siècle, après une chute vertigineuse de l’aide publique au développement, s’opère une critique de la vision ultralibérale et anglo-saxonne qui a dominé ces vingt dernières années et selon laquelle le développement économique et social de l’Afrique sera tiré par la seule ouverture au marché international. 

En 2000, les ministères français des Affaires étrangères et de l’Agriculture lançaient un groupe de travail sur la question de la formation professionnelle agricole et rurale dans les projets bilatéraux de coopération internationale. En 2004, le ministère des Affaires étrangères approfondit sa réflexion dans l’objectif de formuler des axes d’interventions prioritaires et concrets en matière d’appui de la coopération française à l’enseignement technique et à la formation professionnelle agricoles dans les pays d’Afrique subsaharienne. Un groupe de travail réunissant des spécialistes du thème est constitué́ pour soutenir cette réflexion et une mission de terrain au Sénégal et au Mali est réalisée pour approfondir l’analyse en se mettant à l’écoute des différentes catégories d’acteurs concernées afin de mieux cibler les accompagnements utiles [1]. L’intérêt de cette mission, c’est qu’elle repositionne le rôle de l’agriculture et du rural dans le développement en Afrique et qu’elle redonne une place aux politiques publiques. C’est tout le mérite des services français concernés d’en avoir saisi les enjeux.

C’est donc pour recueillir les avis et analyses des responsables sénégalais, que nous courons de rendez-vous en réunions, d’un ministère à une administration étrangère, sans oublier de s’entretenir avec les représentants des organisations paysannes, au milieu des embouteillages permanents de Dakar qui rendent tous déplacements interminables. Ils sont d’autant plus hasardeux que le chauffeur ne connaît pas les différentes adresses, pas plus d’ailleurs que les passants interrogés car les noms de rue ne sont généralement pas signalés et, le seraient-ils, cela reste à l’usage des personnes qui savent lire. Il faut dire aussi que la ville de Dakar s’est développée à une vitesse folle depuis mon dernier passage en 87 ! L’aéroport, situé autrefois très loin de la ville, est aujourd’hui enserré au milieu de nouveaux quartiers. C’est que, outre la forte expansion démographique urbaine et l’exode des ruraux qui, las d’être dans la misère, espèrent grappiller quelques miettes dans la métropole, un certain nombre d’administrations internationales, autrefois situées à Abidjan, se sont repliées sur Dakar, expliquant la croissance de la circulation. Tous ces déplacements interminables se font bien entendu sous un ciel de plomb fondu.

« On y mijote. On y est sur le gaz comme un morceau de gîte à la noix dans son pot au feu. Le diable peut venir vous tâter au bout de sa fourche, on n’est jamais assez cuit »[2].


[1] Ministère des Affaires étrangères. « Étude pour la relance des interventions de l’expertise française en matière de formation professionnelle agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne ». 2004.