Place de l’agriculture dans l’économie malienne - L’inadaptation de l’enseignement agricole  aux besoins de qualification de la main d’œuvre

 

Cameroun La daba

Si la mission était parfaitement préparée au Sénégal par les services de l’ambassade de France, ce n’est pas le cas au Mali : l’assistant technique français ayant pris son poste au Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) seulement quelques jours avant notre arrivée. C’est un responsable malien de notre connaissance qui a suppléé aux carences françaises et a eu l’amabilité de préparer nos premières rencontres au ministère de l’Agriculture et de nous fournir les principales pistes pour d’autres rendez-vous avec les acteurs maliens du secteur agricole et de la formation professionnelle. 

Nous allons donc devoir rencontrer un ensemble de responsables agricoles, nationaux et locaux, sans que ces réunions aient être préparées et les personnes prévenues à l’avance ! Heureusement, en Afrique, vos interlocuteurs ne s’offusquent généralement pas d’être dérangés sans être annoncés et le meilleur accueil est toujours réservé aux étrangers. Nous avons aussi le temps de louer un véhicule pour effectuer des déplacements en région, une Mercedes s’il vous plait, d’un certain âge certes mais avec chauffeur ! Pour le reste, à Dieu va ! Il va falloir improviser et innover.

Le Mali est un pays beaucoup plus agricole encore que le Sénégal. Les productions agricoles (coton, céréales, élevage) y représentent près de la moitié de la production nationale et les quatre cinquièmes de la population active travaille dans le secteur, répartis dans un million de petites exploitations familiales. Au Mali, comme au Sénégal, la croissance démographique (solde des naissances sur les décès) est élevée avec un taux de croissance annuel de 2,7% entraînant une très forte augmentation des besoins alimentaires de la population.

A la lecture des dossiers qui nous ont été confiés par le responsable malien [1], nous apprenons que le dispositif de formation professionnelle agricole malien n’apparait pas être dans un meilleur état que celui du Sénégal. Les dernières études du ministère de l’Agriculture soulignent que pour un nombre total d’exploitations agricoles d’un million, le nombre d’élèves et d’étudiants de l’enseignement agricole « s’élève » (est-ce véritablement le bon vocable ?) à 2 000, tous niveaux et tous établissements confondus ! Soit 2 pour 1000, on est très, très loin d’un objectif de formation de masse ! Pour assurer la formation de ces 2 000 élèves, les établissements d’enseignement agricole disposent, en tout et pour tout, de 77 salles de cours, 9 tracteurs, 10 corps de charrue, 4 semoirs tractés, 5 couveuses, 3 éclosoirs, 6 véhicules de liaison, 9 véhicules 4x4 (dont le rapport souligne que 5 sont en panne !), 1 minibus et 2 bus (là aussi en panne), 12 276 ouvrages répertoriés en bibliothèques, 104 ordinateurs dont seulement 29 en libre-service pour les étudiants. Ce tableau, déjà très sombre, masque une très grande disparité entre établissements puisque sur les 104 ordinateurs et sur les 12 276 ouvrages, 82 ordinateurs et 8 991 ouvrages se trouvent dans les établissements agricoles relevant de l’éducation nationale. Ce constat est d’autant plus alarmant que la formation technique professionnelle exige bien sûr plus de situations pédagogiques d’apprentissage avec des travaux pratiques de laboratoire ou de terrain, des visites d’étude et des stages en situation professionnelle. 

Globalement, le système d’enseignement agricole malien reste marqué par la seule formation initiale du personnel de l’administration publique. Ce qui est d’autant plus paradoxal que les possibilités d’embauche des jeunes diplômés dans la fonction publique sont désormais extrêmement faibles par suite de la contraction des effectifs de l’Etat. En conséquence, les jeunes diplômés connaissent un taux élevé de chômage, une difficulté d’insertion professionnelle, le recours à des formations complémentaires pour avoir plus de chance de trouver un emploi dans d’autres secteurs. Les études faites par les services maliens soulignent l’absence de toute formation continue du personnel enseignant, le très faible niveau d’équipement des établissements et l’insuffisance de moyens logistiques qui « laissent planer le doute sur la capacité des dispositifs actuels à satisfaire qualitativement les besoins de plus en plus croissants du secteur rural en ressources humaines capables de relever les nombreux défis auxquels ce secteur doit faire face » ! Tout cela souligne que les structures de formation agricole ne se sont absolument pas adaptées aux évolutions des besoins en emplois et en qualification de l’agriculture malienne.


[1] Documents de la Cellule de Planification et de Statistiques du ministère de l’Agriculture. 2002 à 2004.

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