L’Afrique, un baril de poudre !

 

Cameroun Mokolo

Au lendemain des Indépendances africaines, dans les années 60, il n’y a pas eu de rupture avec le modèle économique qui avait été précédemment mis en place et développé par les puissances colonisatrices, Belgique, France, Grande-Bretagne. L’indépendance juridique a conservé intacte la dépendance économique[1]. Les spécialisations en matière d’industries extractives comme de productions agricoles restent les mêmes ; il s’agit d’exporter des produits bruts (aluminium, cuivre, diamant, or, pétrole, uranium, café, coton, cacao, arachide, huile de palme) qui répondent à la demande du marché international, par l’intermédiaire des anciennes puissances coloniales qui se chargent de leur transformation. 

Dans les années 1970 / 1980, dans un objectif de développement économique et social, les différents pays d’Afrique subsaharienne s’efforcent de mettre en place des infrastructures de base (voies de communication, énergie, télécommunications) et un système de service public (santé, enseignement, administration) mais aussi de développer les structures de production (barrages, périmètres irrigués, usines) pour répondre à l’augmentation de la demande des pays développés mais aussi partiellement de leur consommation intérieure. La crise économique qui éclate au cours de la décennie 1980 entraîne un ralentissement de l’économie mondiale et casse la dynamique de développement des pays d’Afrique subsaharienne. Leurs économies, fragiles, dépendantes, s’effondrent, la dette des États africains devient insupportable. Les années 80 marquent l’échec du modèle économique internationalisé issu de la période des Indépendances des années 60.

Les États africains et leurs créanciers font alors appel aux institutions financières internationales, Fond Monétaire International et Banque Mondiale, pour faire face à la crise de la dette et renflouer leurs budgets. Ces institutions imposent alors l’idée que la sortie de crise sera assurée grâce l’économie de marché et une « bonne gouvernance » passant par la mise en œuvre de Plans d’ajustement structurel. Ces plans, tous taillés sur le même modèle, impliquent une stabilisation financière et une transformation structurelle ; la première étant obtenue par la réduction des déficits budgétaires (baisse des dépenses sociales, diminution de la fonction publique, arrêt des subventions aux entreprises publiques), la seconde par une déréglementation économique (privatisation des entreprises, libéralisation des échanges). Les années 1980 / 1990 marquent l’hégémonie du modèle libéral qui impose aux États africains la disparition de toutes contraintes sur l’économie - interventions de l’État et édiction de règles - lesquelles seraient contraignantes pour le développement économique et donc pour le développement social lui-même. Les pays africains entrent dans une crise profonde, les États soumis aux restrictions des institutions financières ne peuvent plus répondre aux besoins économiques et sociaux des populations. En réaction, des émeutes sociales explosent un peu partout sur le continent[2] et aboutissent à des changements démocratiques fragiles avec la mise en place de conférences nationales, la fin des partis uniques, des élections démocratiques (Afrique du Sud, Bénin, Cameroun, Congo, Côte d’ivoire, Mali, Niger). Mais nombreux aussi sont les pays en guerre ou confrontés à la violence civile. Depuis 1998, il y a même une recrudescence de conflits à grande échelle dans cette partie du monde. En 1999, l’Afrique est le théâtre de plus de la moitié des conflits armés se déroulant dans le monde[3] !

Au tournant des années 2000, l’Afrique apparaît comme une poudrière prête à exploser…


[1] M'Bokolo. « L'Afrique et le XXe siècle : dépossession, renaissance, incertitudes ». In « Politique étrangère », n°3-4. 2000.

[2] Bénin, grève massive des étudiants et des fonctionnaires en décembre 1989 et janvier 1990, troubles sociaux au Cameroun en 1989, Côte d’ivoire troubles au printemps 1990, Gabon également au printemps 1990, Guinée au cours de l’année 1990…

[3] Début 2000 : Congo depuis 1996, Éthiopie / Érythrée 1961/1993, Côte d’Ivoire 2002, Liberia depuis 1989, Rwanda et Burundi 1994, Sierra Leone depuis 1991, Sud Soudan 1983, Somalie depuis 1991, Tchad 1978/1994…

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