La place de l’agriculture – Une sécurité alimentaire de moins en moins bien assurée 

 

Sénégal démographie

[1] Quel constat peut-on faire pour le secteur agricole et alimentaire en Afrique subsaharienne ? Il est dramatique car, dans tous ces pays, l’agriculture a de plus en plus de mal à assurer ses missions fondamentales : la couverture des besoins alimentaires de la population et l’insertion sociale des nouvelles générations ! La conséquence, ce sont des risques de plus en plus grands de famines, de pauvreté, d’accentuation de l’exode rural vers des villes qui n’offrent toutefois que peu d’emplois. 

Si l’on prend le cas du Sénégal, l’agriculture continue à y jouer un rôle primordial dans la vie économique et sociale. Le secteur agricole occupe les deux tiers de la population active alors que sa part dans la production nationale est en constante régression : elle est désormais inférieure à 17% contre 19% dans la période 1960 / 1965. Le secteur primaire (agriculture, élevage, pêche et forêt) a enregistré un taux de croissance moyen annuel de 1,3% sur la période 1990 / 1995, inférieur à la croissance démographique estimée à 2,8% par an sur la même période. La croissance de la population sénégalaise résulte en effet d’une vigoureuse natalité : le taux de natalité est estimé à 41 pour 1 000 c’est-à-dire 41 naissances d’enfants vivants par an pour 1 000 habitants. En regard, le taux moyen de la mortalité s’est effondré et s’établit autour de 13 pour 1 000. La différence entre ces deux pourcentages donne une croissance moyenne de la population s’élevant à 28 pour 1 000 par an. A ce rythme, la population du pays double tous les 27 ans !

La croissance démographique n’est pas due à une augmentation de la natalité, mais à la baisse de la mortalité grâce aux progrès de la médecine, de l’alimentation, de l’hygiène, un phénomène qu’ont connu les pays européens dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au contraire de ces pays où, à cette époque, l’excédent de population a pu être absorbé par l’industrie naissante, quoique souvent dans des conditions abominables, et où l’agriculture a connu une augmentation de sa productivité avec les progrès de la biologie, de la chimie et de la mécanisation, tel n’est pas le cas aujourd’hui des pays africains dominés par l’industrie et la finance des pays développés. En conséquence, le secteur agricole sénégalais ne produit pas assez de denrées alimentaires pour nourrir sa population. La production vivrière stagne (à l’exception du maïs) et, si la production de riz a été multipliée par 2,4 depuis les années 60, les importations ont, elles, été multipliées par près de 10 !  Les importations céréalières par habitant ont été multipliées par trois en quarante ans. « Ainsi, près de 30% de la population sénégalaise n’atteint pas le minimum de ration alimentaire recommandé de 1.400 Kcal par jour et par habitant »[2]. Seule la pêche assure des ressources en devises importantes pour l’État car la production cotonnière ne progresse plus, tandis que l’arachide traverse une crise profonde.

Au Sénégal comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les années 80 marquent un tournant décisif dans la politique agricole nationale, tournant caractérisé par le désengagement de l’État, la suppression des subventions à l’agriculture, la libéralisation des échanges, de la distribution et des prix. La dévaluation enfin du franc CFA, en 1994[3], renchérit les coûts des produits importés et accroit les difficultés des paysans peu préparés à ce nouveau contexte.

La situation démographique et alimentaire des pays d’Afrique subsaharienne risque encore d’empirer au début de ce troisième millénaire. Compte-tenu des chiffres d’accroissement des populations rurales et urbaines, il sera de plus en plus difficile de faire face aux problèmes de sécurité alimentaire et d’insertion des jeunes dans le marché du travail : dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne la moitié de la population a, ou aura, bientôt moins de 15 ans et le nombre de jeunes qu’il faudrait insérer dans la vie active devra doubler dans les trente prochaines années. 

L’agriculture remplit de plus en plus mal son rôle de couverture des besoins alimentaires et d’emploi des nouvelles générations.


[1] Population du Sénégal : 1 million en 1900, près de 20 millions en 2030 (estimation). 

Pierre Debouvry. « Sénégal - Développement du capital humain du secteur agricole - Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations paysannes (PSAOP) ». République du Sénégal – Banque mondiale. 2004.

[2] Extrait de la lettre de politique du développement institutionnel du secteur agricole, 1999.

[3] Le 11 janvier 1994 les chefs d'État et de Gouvernement des pays de la Zone franc décidaient de dévaluer de 50 % la parité du franc CFA par rapport au franc français. La valeur du Franc CFA passait de 0,02 FRF à 0,01 FRF.

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