Protéger les ressources naturelles, accroître les ressources en devises, assurer aux producteurs un niveau de revenu décent

 

Bénin Zoungué

En Afrique subsaharienne, l’agriculture assure également de plus en plus mal ses autres missions [1] : protéger et améliorer les ressources naturelles, accroître les ressources en devises de l’État par les produits d’exportation, assurer à ses acteurs un niveau de revenu décent et en progression.

La protection et l’amélioration des ressources naturelles n’est plus assurée. Par suite des évolutions démographiques, la densité de population en zone rurale continue à augmenter même si l’exode rural vers les villes reste très important. Cette augmentation du nombre de personnes qui s’efforcent de vivre de la production agricole entraîne une remise en culture plus fréquente des sols, or ces sols, généralement pauvres et lessivés, ont besoin de longs temps de repos (la jachère) pour pouvoir reconstituer leur fertilité. Les temps de jachère, qui étaient de 20 à 25 ans au début du XXe siècle, sont réduits à moins de cinq ans à la fin de ce siècle avec pour conséquences une baisse de la productivité des cultures et une accentuation de l’érosion des sols. Cette augmentation de la densité de population en milieu rural participe à la destruction des ressources naturelles, à une baisse de la biodiversité, à un appauvrissement et à l’érosion des sols. Ce phénomène de densification s’accompagne également de transformations profondes en matière de gestion du foncier. D’un mode d’appropriation communautaire et non aliénable, le foncier évolue vers sa parcellisation et sa privatisation, participant à la création d’un marché foncier et à l’apparition de paysans sans terre. 

L’agriculture contribue à l’exportation de produits agricoles et alimentaires et devrait permettre également d’obtenir des ressources en devises pour les budgets des États. L’agriculture des pays d’Afrique subsaharienne est largement insérée dans les échanges internationaux, ceux des cultures de rente développées avec la colonisation. En Afrique subsaharienne, 70% des recettes d’exportation de produits agricoles et alimentaires proviennent de seulement neuf produits (café, cacao, banane, arachide, coton, caoutchouc, thé, sucre et tabac). Mais « le marché mondial ne fonctionne pas de façon libérale loyale »[2] : d’une part les pays développés protègent leur marché intérieur avec des barrières non tarifaires (contingentement, normes techniques et sanitaires, législation favorisant les entreprises nationales), d’autre part ils subventionnent les exportations de leurs produits agricoles et alimentaires (céréales, viande de poulet). L’augmentation constante des importations alimentaires, notamment céréalières, concurrence dangereusement les produits locaux et obère les perspectives de développement des exportations agricoles. Enfin les producteurs et productrices africains sont confrontés à la volatilité des prix des produits tropicaux et à l’irrégularité des achats. 

Enfin, l’agriculture devrait assurer à ses producteurs et productrices un niveau de revenu décent et en progression. Mais, conséquence des différents phénomènes évoqués précédemment, le secteur rural concentre généralement la pauvreté, voire l’extrême pauvreté. Plus de 1,3 milliards de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans le monde et les ¾ d’entre elles vivent dans le milieu rural. Dans toutes les régions du monde, le nombre de travailleurs pauvres a eu tendance à décliner, sauf en Afrique subsaharienne où il a augmenté. Éradiquer la pauvreté, c’est d’abord le faire en milieu rural !

Dans son nécessaire développement, l’agriculture de l’Afrique subsaharienne présente des spécificités diverses, géographiques (climatiques et pédologiques), historiques (développement des cultures de rente), démographiques (chute rapide de la mortalité alors que la natalité reste élevée), économiques (absence d’autres secteurs susceptibles d’absorber la main d’œuvre), financières (marchés internationaux dominants). Du fait des évolutions démographiques rapides et de l’extension du système marchand, l’agriculture africaine doit relever de nombreux défis dans une période historiquement très courte et les conditions du métier d’agriculteur devraient connaître à court et moyen termes des changements importants.


[1] Pierre Debouvry, Anne-Marie Granié, Alain Maragnani, Jean Metge. « Formations rurales : méthode et outils ». 2003.

Pierre Debouvry. « Développement du capital humain du secteur agricole - Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations paysannes (PSAOP) ». République du Sénégal – Banque mondiale. 2004.

[2] Haut Conseil de la Coopération Internationale. « Les priorités de la coopération pour l’Afrique subsaharienne et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) ». Rapport. Avril 2002.

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