Augmenter la productivité pour lutter contre la pauvreté, tout en assurant un développement durable

 

Cameroun EFSC Guider

La question fondamentale en Afrique subsaharienne est de savoir comment passer d’une agriculture extensive à une agriculture plus productive alors que le modèle d’intensivité des agricultures des pays développés montre ses limites, voire sa nocivité ? Enfin, les conditions pédoclimatiques (sol et climat) sont extrêmement différentes et imposent des solutions adaptées, sans même évoquer les conditions historiques et sociales ! Conclusion, en Afrique subsaharienne, non seulement il est impératif d’être plus productif, mais il faut l’être autrement que dans les pays au climat tempéré : ce qui implique de grandes capacités d’analyse, de raisonnement et d’inventivité !

Quelles que soient les avancées de la recherche agronomique, accompagnées (allez, soyons fous !) de la mise en œuvre de politiques nationales et internationales favorables aux producteurs ruraux africains, peut-on penser qu’un développement durable puisse être réalisé sans la participation active des producteurs ruraux eux-mêmes ? Les paysans africains ne sont évidemment pas plus sots que les experts du Fonds Monétaire International mais, analphabètes pour une large part ou ayant une formation scientifique et technique rudimentaire, ils ont très difficilement accès, voire pas du tout, aux informations techniques, études scientifiques, analyses ou critiques qui pourraient leur permettre de faire des choix raisonnés en rapport avec les problèmes cruciaux qu’ils rencontrent et pour lesquelles il faudrait qu’ils trouvent rapidement des solutions. Longtemps, la théorie dite « de la tâche d’huile » permettait de penser que, par effet d’imitation, les nouvelles techniques de production pouvaient se diffuser « naturellement » dans la population. C’est peut-être possible… mais cela demande du temps ! Face à la très rapide croissance démographique de ces pays, accompagnée d’une forte poussée de l’urbanisation, de l’ouverture brutale des marchés à la concurrence internationale, et en tenant compte des conditions particulières de production en Afrique subsaharienne, il faudrait que cela puisse se faire vite, très vite, pour éviter la paupérisation de la grande masse de la population rurale et d’éventuels effets « baril de poudre ».

Augmenter la productivité pour lutter contre la pauvreté, tout en assurant un développement durable, passe nécessairement par un immense effort d’éducation de base et de formation professionnelle de la grande masse des producteurs ruraux[1]. Or, en Côte d’Ivoire par exemple, malgré une amélioration du taux de scolarisation (10% en 1960, 70% en 1990), l’État a de plus en plus de mal à maintenir l’actuel taux d’alphabétisation compte-tenu de l’expansion démographique. 30% de non scolarisés représentent 150 000 analphabètes de plus chaque année, lesquels sont généralement situés en zone rurale. Si les modes d’apprentissages traditionnels agricoles ne parviennent pas à répondre suffisamment vite aux évolutions économiques, sociales et écologiques, qu’en est-il aujourd’hui des dispositifs existants de l’enseignement technique et professionnel agricole ? Ces dispositifs de formation, héritiers des options étatiques des années 60, ont été ruinés par les plans d’ajustement des années 80. Centralisés mais fragmentés entre plusieurs ministères de tutelle, cloisonnés par niveaux, sans relations avec le système éducatif primaire, les acteurs du milieu rural et de la recherche, et avec un déséquilibre des flux de formation au bénéfice quasi exclusif des formations supérieures au détriment des formations professionnelles de base, ils apparaissent dans l’incapacité de préparer la majorité des nouvelles générations à affronter les enjeux de productivité des 30 prochaines années. 

Du coté des appareils d’État, les fonctionnaires sont vieillissants, proches de la retraite, les effectifs n’ont pas ou peu été renouvelés depuis les plans souvent drastiques d’ajustement structurel dont la plupart des pays ont fait l’objet. Les cadres connaissent souvent mal leurs agricultures, et sont peu porteurs de visions d’avenir. Les organisations professionnelles agricoles, bien qu’encore faibles, se construisent progressivement et contribuent à faire évoluer le dialogue entre les États et la profession : elles contribuent notamment dans quelques pays à l’élaboration de cadres de politiques agricoles. Dans ce contexte, les efforts en matière de développement des capacités ou encore de formation du « capital humain » dans le secteur agricole apparaissent plus que jamais indispensables.


[1] Alain Maragnani, Pierre Debouvry, Martin Weiss. « Les enjeux de la formation professionnelle agricole : exemple de l’Afrique de l’Ouest ». In Conférence internationale « Les réformes de l’enseignement technique et de la formation professionnelle dans l’économie de la connaissance ». CIEP. 16 / 18 décembre 2003.

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