Le développement du transport aérien transcontinental – La Langue de Barbarie - Souvenir du naufrage de « La Méduse »

 

Sénégal Saint Louis Hôtel de la Poste

Saint-Louis est toujours une étape mythique car la ville était une des escales de l’Aéropostale quand fut créée la ligne Toulouse / Casablanca / Dakar en 1925. Épopée légendaire qui m’avait fasciné étant enfant et, plus encore, à l’adolescence avec la lecture des œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry. La ville connut son heure de gloire en 1928 quand l’escale de l’aéropostale devint la tête de pont du passage vers l’Amérique latine. Ce sont des hydravions qui furent choisis afin de vaincre l’Atlantique et assurer le passage du courrier, car ils permettaient d’effectuer éventuellement un relais au milieu de l’océan avec un navire ravitailleur. La baie de Dakar ne présentant pas de plan d’eau suffisamment important et calme pour permettre le décollage des appareils, c’est Saint-Louis et l’embouchure du fleuve Sénégal qui furent sélectionnés, et plus particulièrement la Langue de Barbarie, pour y positionner l’hydrobase aérienne.

La Langue de Barbarie est, en effet, un long cordon de dunes le long du littoral, du Nord vers le Sud, sur 40 kilomètres de long pour 200 à 400 mètres de large [1]. Elle enserre l’embouchure du fleuve Sénégal qui s’écoule entre la côte et elle. La Langue de Barbarie s’est essentiellement développée depuis les années 1850 suite, peut-être, à un changement d’incidence des courants marins avec la côte et à la diminution de la houle. Toujours est-il que le fleuve Sénégal offre ainsi un magnifique plan d’eau peu agité pour l’amerrissage des hydravions, entre côte et Langue de Barbarie. L’Aéropostale y construisit une hydrobase, à deux kilomètres au Sud de Saint-Louis, à savoir un quai parallèle à la rive, en avancée dans le fleuve. C’est donc de là, que le 12 mai 1928, à 10h48, Mermoz, Gimié et Dabry, arrachent du fleuve leur Laté 28, « Comte de La Vaulx », avec 130 kilos de courrier, pour 3 200 kilomètres à parcourir au-dessus de l’océan avant l’arrivée à Natal au Brésil. Plus tard, avec la mise en service régulière de la ligne, via Dakar cette fois et son aéroport, le courrier ne mettra plus que sept jours entre Paris et Rio quand il en mettait de 11 à 18 par voie maritime. 

L’hôtel dans lequel nous sommes logés est situé dans la Langue de Barbarie, à deux pas de l’endroit où était située l’hydrobase. Il est composé de petits bungalows, tournés vers la plage, et d’une grande tente nomade sous laquelle sont servis les petits déjeuners et les repas. L’ensemble est simple et a un petit air de vacances sous les tropiques !

Saint-Louis c’est aussi la dernière étape du calvaire des naufragés de « La Méduse », du moins pour ceux qui survécurent. « La Méduse » est cette frégate commandant la flottille chargée, en 1816, de transporter au Sénégal le nouveau gouverneur, accompagné d’un bataillon d’infanterie, pour reprendre possession des anciens comptoirs français restitués par l’Angleterre en vertu du traité de Paris signé en 1814 après la défaite de Napoléon. Le commandement du navire et de la flottille avait été donné par Louis XVIII à un ancien officier de la marine royale, Hugues Duroy de Chaumareys, plus connu pour sa fidélité à la personne du roi que pour ses compétences maritimes. Non seulement il fit naviguer le navire trop près des côtes ce qui aboutit à l’échouage du bateau sur le banc d’Arguin, par grand beau temps, mais surtout il abandonna navire, équipage et soldats, à leur triste sort, sauvant en priorité sa peau avec celle du gouverneur. 

Des 152 matelots et soldats embarqués sur un radeau faute de places suffisantes dans les canots, seuls 15 survécurent à la faim, la soif, la folie, les attaques de requin quand ce n’était pas des attaques des hommes entre eux. Les plus « chanceux » qui avaient pu prendre place dans des canots durent néanmoins faire aussi d’effroyables marches au long de la côte pour rejoindre Saint-Louis, soumis à la soif, à la faim et aux attaques des Maures [2].


[1] « … craignant une inondation de Saint-Louis, le Président Sénégalais Abdoulaye Wade ordonna d’ouvrir artificiellement une brèche à 7 km de Saint-Louis avec l’aide de techniciens marocains. Depuis la brèche ne cesse de s’élargir, vers le sud, séparant en deux et grignotant de plus en plus largement La Langue de Barbarie, d’une dizaine de mètres en 2003 à plusieurs kilomètres aujourd’hui. Cette nouvelle brèche s’est transformée en quelques années en véritable nouvelle embouchure. Certes elle permet aux eaux du fleuve de s’évacuer plus rapidement lors des crues mais l’environnement en a été fortement perturbé. Plus proche de l’estuaire, l’île Saint-Louis est beaucoup plus vulnérable aux marées et donc à la hausse du niveau des océans ». Site de Saint-Louis. 2019.

[2] A.Corréard, H.Savigny. « Relation du naufrage de la frégate La Méduse ». 1817. 

M D’Anglas de Praviel, « Relation nouvelle et impartiale du naufrage de la frégate La Méduse ». 1818.

Liste des articles sur Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale

Télécharger le document intégral