Le Centre de Formation de Techniciens de l’Élevage et des Industries Animales – Une situation qui contredit un discours « moderniste »

 

Sénégal Saint-Louis

Pour étudier le fonctionnement de l’enseignement agricole public, rendez-vous a été pris avec le directeur du Centre National de Formation de Techniciens de l’Élevage et des Industries Animales lequel dépend du ministère de l’Élevage. Ce centre prépare, en trois ans, une vingtaine d’élèves par promotion à un brevet de technicien. L’école est située le long du fleuve, rive gauche, dans des bâtiments qui ont dû connaître leur heure de gloire il y a une trentaine d’année, mais qui manifestement n’ont plus jamais eu d’entretien depuis. Les peintures sont sales, lépreuses, les fils électriques pendent des plafonds. 

Dans le bureau du directeur, où celui-ci nous conduit pour nous recevoir dignement, le climatiseur est démonté et trône sur une table depuis pas mal de temps à en juger par la poussière accumulée. Il est vrai que l’orifice où il était placé n’a pas été obstrué et que cela ne favorise pas la lutte contre les courants d’air et la poussière. Des piles instables de dossiers s’accumulent un peu partout, sur les tables, les fauteuils, au sol. Si un téléphone et un fax sont posés bien en vue sur le bureau, le fax ne fonctionne plus et le téléphone par intermittence. Bref, c’est la désolation. 

Cette situation n’empêche d’ailleurs manifestement pas les gens de s’y amuser car une sono braille à pleins poumons dans une des salles du rez-de-chaussée ; mais nous sommes samedi et les élèves, ou leurs professeurs, ont bien le droit d’organiser des petites fêtes. 

Au milieu de cette débâcle manifeste, le directeur nous tient un discours très dynamique et musclé sur la « nouvelle race » d’entrepreneurs qu’il forme dans son école, même s’il reconnaît que les moyens ne sont pas tout à fait au niveau souhaitable : absence totale de budget d’entretien, indigence du budget de fonctionnement, enseignants non remplacés, absence de moyens pédagogiques ou techniques ! Miracle (ou mirage ?) de la formation dans l’indigence d’une « nouvelle race » d’entrepreneurs ?

De fait, la situation de l’enseignement agricole public sénégalais apparaît plutôt médiocre : la formation agricole a changé 10 fois de ministère de tutelle en 40 ans et les différents centres de formation ne sont pas rattachés à un même ministère. On a droit à tout : l’agriculture, l’élevage, la formation professionnelle, l’éducation nationale et même l’enseignement supérieur, ce qui ne facilite aucunement la coordination de ces différentes formations. Les enseignements dispensés s’adressent majoritairement aux niveaux technicien ou supérieur, alors que la grande masse des producteurs est analphabète. Comble de l’ironie, la majeure partie des écoles agricoles est située dans des centres urbains ! Les enseignants n’ont aucune formation pédagogique, aucune formation continue, les contenus sont inadaptés à une agriculture sénégalaise confrontée à la libéralisation de l’économie, la concurrence internationale et la décentralisation des institutions politiques.

Néanmoins, tout n’est pas totalement désespéré ! En effet, à contrario de ce constat, le Sénégal s’est doté d’une Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale (SNFAR), définie dès 1999, après une analyse sans concession de sa politique agricole et éducative en milieu rural. Sur le volet éducation et formation, quatre grandes orientations ont été proposées : généraliser l’éducation de base en milieu rural et assurer à tous les ruraux l’accès à l’alphabétisation, répondre aux besoins de formation professionnelle des ruraux, renforcer les formations secondaires et supérieures entre elles et avec celles destinées aux ruraux, réguler l’ensemble des institutions publiques et privées de formation agricole et rurale. 

Ces orientations ont débouché sur la création, en 2003, d’un Bureau pour la Formation Professionnelle Agricole auprès du ministère de l’agriculture. Celui-ci s’efforce depuis d’apprendre à connaître les nombreuses initiatives et actions de formation agricole et rurale éparses dans tout le pays, qu’elles soient publiques, des différents ministères concernés, mais surtout privées, associatives ou confessionnelles. Le responsable du bureau aimerait pouvoir favoriser la capitalisation de ces différentes expériences, coordonner les initiatives et accompagner les acteurs de terrain dans le développement de leurs activités. Intéressée par l’initiative, la France a placé un coopérant auprès de cette structure pour l’aider dans ses activités et son développement. Si cela constitue un bon début, on est encore bien loin de l’ampleur des enjeux et il reste à connaître quel sera l’importance des moyens mis à disposition pour atteindre les objectifs ambitieux qui avaient été proposés !

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