Évolutions du lycée agricole de Koutiala – La Compagnie Malienne de développement des Textiles

 

Mali Mahou

Koutiala semble être une grosse bourgade de peu d’intérêt, si ce n’est qu’elle constitue un marché régional actif. Au matin, nous avons prévu de nous rendre au lycée agricole de Koutiala. En contre-bas de la route, il est composé de bâtiments d’un seul niveau, couverts de tôles, alignés parallèlement les uns aux autres. Tout semble bien calme, mais la rentrée scolaire ne devant avoir lieu que la semaine prochaine c’est somme toute assez normal. Quelques hommes - des ouvriers d’entretien de l’établissement ? - se préparent un thé sur un petit kanoun de terre cuite. Personne n’ayant été prévenu de notre visite nous attendons l’arrivée des autorités de l’école ce qui ne tarde d’ailleurs pas.

Le surveillant général du lycée, un homme de belle prestance, avec une petite moustache grisonnante et habillé d’un magnifique boubou mordoré, nous invite à le suivre dans son bureau. Celui-ci, fort simple, ouvert à tous vents, est néanmoins complété d’un ordinateur, placé sous une housse pour le protéger de la poussière, et d’un énorme frigidaire, d’un modèle un peu ancien, sur lequel ont été fixées des ferrures permettant de fermer l’appareil avec des cadenas ! Au mur sont collées des feuilles de statistiques dont les plus anciennes datent de la création de l’école, mais elles sont très régulièrement mises à jour : nombre d’élèves par filière et par année. Lors des présentations le Secrétaire général ne manque pas de souligner qu’il a été l’étudiant de « Monsieur » Sébillotte à l’Institut National Agronomique, une des gloires de la grande école française d’agronomie !

Créé en 1986, à l’initiative du ministère des enseignements supérieur et secondaire et de la recherche scientifique, le lycée de Koutiala devait être le premier de six lycées agricoles, un par grande région, mais il est le seul à avoir été construit. A l’origine, il était prévu qu’il forme des exploitants agricoles « modernes » (que faut-il entendre par là ? Mystère) qui devaient, au terme de leur formation de quatre années, être installés sur un terrain donné par l’État et être dotés de matériel agricole et d’une aide financière de démarrage. Lancée de manière improvisée, sans étude des débouchés ni des besoins, cette expérience se solda rapidement par un échec l’État n’ayant pas respecté ses engagements en postes et en financements ! C’est d’ailleurs à mon avis un moindre mal, le projet copié sur des exemples européens aurait eu un coût exorbitant pour un impact négligeable : quelques agriculteurs « modernes » formés chaque année !

A la suite de cet échec, l’établissement avait redéfini ses objectifs, avec beaucoup plus de sagesse et une meilleure connaissance des besoins locaux, en proposant de former des cadres moyens en agro-pastoralisme et en mécanisation agricole. Un lycée agricole français lui fournira le matériel pour créer un atelier de mécanique, permettant l’ouverture d’un CAP de construction mécanique. Les diplômés ont trouvé facilement des emplois dans la région où ils se sont installés comme artisans indépendants. Pour assurer ces deux formations, le lycée dispose de 23 enseignants fonctionnaires et de 19 vacataires avec une capacité d’accueil de 320 élèves externes. Désormais l’établissement est sous la tutelle du ministère de l’Éducation.

Nous continuons notre enquête auprès de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT) car Koutiala est situé au centre d’une zone de production cotonnière. La CMDT a eu son heure de gloire quand le prix du coton était rémunérateur. Aujourd’hui, malgré sa bonne qualité, le coton africain n’arrive plus à lutter contre le coton américain au coût de revient faible du fait de l’intensification, de la mécanisation, d’une politique de subventions élevées des agriculteurs américains et enfin de la dévaluation du dollar en regard du francs CFA indexé sur l’Euro ! Au Mali, la filière coton est un secteur important en termes d’emplois car, outre la production agricole, cela concerne aussi les usines d’égrenage, les filatures, les huileries et l’industrie phytosanitaire. Pour beaucoup de paysans, la vente du coton constitue le seul moyen d’accéder à des ressources monétaires et donc d’acquérir des biens de consommation ou des petits équipements. Autour de la filière, la CMDT a donc développé tout un système d’encadrement des producteurs pour qu’ils améliorent techniquement leur production par l’utilisation d’intrants, engrais et produits phytosanitaires. Pour ce faire et accompagner les producteurs de coton, de nombreuses sessions de formation sont mises en place mais dont les contenus relèvent plus de la bonne recette à appliquer. 

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