Le centre agricole de M’Pessoba – Détails désolants

 

Mali Entre Ségou et Koutiala

Sur le chemin du retour, nous avons l’occasion d’admirer une très belle construction de terre crue, plus modeste que la mosquée de Djenné mais néanmoins spectaculaire. A mi-chemin entre Koutiala et Ségou, nous recherchons le Centre d’Apprentissage Agricole de M’Pessoba dont nous avions repéré un panneau de signalisation à l’aller. Comme notre chauffeur ne sait pas lire et qu’il n’ose pas l’avouer, il nous demande de l’aider pour retrouver ce panneau indicateur au prétexte qu’il n’est pas facile de le faire en conduisant. Sa dignité de chauffeur est ainsi sauve et cela nous permet d’arriver plus efficacement à bon port.

Nous finissons par repérer le petit panneau indicateur qui nous engage sous une magnifique allée de nims [1], ces grands arbres des pays sahéliens. De chaque côté sont érigées de petites cases en parpaing, couvertes d’un toit de tôle. Les fenêtres constituées de simples ouvertures avec des volets de fer sont noircies par les fumées des feux entretenus dans la pièce principale laquelle ne possède pas de cheminée. Les volets métalliques à lamelles sont garnis de fleurs de coton pour en obstruer les fentes. Devant chaque porte est positionnée une petite plate-forme de ciment sur laquelle sèche généralement du manioc râpé. Autour des cases, c’est un fouillis de matériel abandonné, de ferraille, de petits auvents de bois protégeant de grosses calebasses conservant l’eau, au milieu duquel divaguent poulets, brebis et chèvres. 

Nous nous adressons à une femme qui s’affaire pour préparer un repas et à une jeune fille qui balaye la case avec des rameaux de branchages pour savoir où trouver le directeur. Chance, c’est la femme du directeur-adjoint qui va prévenir son mari, lequel devait d’ailleurs faire une petite sieste réparatrice au vu de son air endormi et de ses vêtements fripés lorsqu’il sort de la maison en s’aidant d’un manche de pelle comme béquille car il s’est blessé. Il nous conduit sur le côté de la maison, à l’ombre d’un grand manguier, pendant que sa femme et ses enfants s’affairent, qui pour chercher des sièges, qui pour prévenir d’autres personnes. Nous nous installons sur un coin de terre battue où passent des poulets coureurs et des brebis aux pattes entravées tambourinant une vieille tôle abandonnée sur le sol. Bientôt arrivent deux autres personnes, le surveillant général et un enseignant, ce dernier ayant pris la précaution de se munir d’un stylo à bille et d’un cahier. 

Le Centre d’Apprentissage Agricole de M’Pessoba propose une formation préparant à un certificat d’aptitude agricole, d’une durée de quatre années, la dernière année étant un stage. Si le centre bénéficie d’une ferme de 55 hectares pour y réaliser des observations et applications pédagogiques pour les élèves, il n’y a plus ni animaux ni matériel et ce sont des retraités, titulaires d’une pension misérable, qui utilisent les parcelles de culture pour survivre. Le transformateur électrique de l’établissement est en panne ce qui ne permet plus de disposer de l’électricité, avec pour conséquence de ne plus pouvoir utiliser la pompe d’alimentation en eau du puit ! Le téléphone n’est plus qu’un lointain souvenir et même le courrier n’arrive à destination que s’il est confié de la main à la main aux bons soins du chauffeur de l’autocar Ségou / Koutiala. Les programmes de formation n’ont pas été redéfinis, les derniers documents officiels datant de 1984, le centre ne possède aucun matériel pédagogique et il ne dispose que de trois enseignants affectés à l’établissement pour encadrer trois promotions de trente élèves ! En fait, sans directeur, nous avons devant nous l’ensemble de l’équipe pédagogique ! Nous repartons avec l’impression déplaisante d’abandonner ces malheureux enseignants à leur triste sort sans même pouvoir leur apporter un appui ou un réconfort. 

La nuit tombe vite en Afrique et il n’est généralement pas recommandé de rouler de nuit les routes étant utilisées par des piétons, des cyclistes ou des charrettes sans signalisation lumineuse. Il n’est pas rare que des troupeaux y divaguent, sans parler des obstacles fixes, branches d’arbre, camions en panne, pierres… ou tout simplement trous béants dans la chaussée. C’est à la nuit tombée que nous arrivons à Bamako.

« La nuit surgit trop vite sous les tropiques, après un crépuscule fugace et inintéressant comme le baiser d’un couple divorcé par consentement mutuel »[2]


[1] Le margousier (Azadirachta indica), ou neem (graphie anglaise du bengali nim), est un arbre originaire d'Inde appartenant à la famille des Meliaceae (Wikipédia).