Premiers constats pour permettre de formuler des axes d’intervention

 

Senegal Entre Saint-Louis-et-Dakar

A l’issue de la mission, nous devons rendre compte aux représentants locaux de la France de nos impressions. Au Sénégal nous avions été invités dans un excellent restaurant, alliant ainsi l’utile et l’agréable. Stratégie intelligente car la parole est beaucoup plus libre et spontanée au cours des repas notamment quand la chère est bonne et le vin agréable. Nous n’avons pas la même chance au Mali. C’est dans son bureau que le responsable local nous reçoit, rappelant ainsi sa position hiérarchique. Notre rapport sur les questions de la formation professionnelle agricole ne l’intéressant pas, il ne fait aucun effort de séduction. 

Une fois de retour en France, il faut rédiger un rapport [1] qui permette de rendre compte de la situation de la formation agricole et rurale dans ces deux pays, qui analyse cette situation et propose au ministère des Affaires étrangères des actions pour la relance de l’expertise française.

Premier constat : sans surprise aucune les informations recueillies auprès de nos différents interlocuteurs corroborent totalement les différentes études effectuées précédemment sur l’ampleur des problèmes agricoles et la grande misère des dispositifs d’enseignement et de formation professionnelle agricoles et rurales dans différents pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina-Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Mali, Sénégal, Tchad, Togo…).

Second constat : nos interlocuteurs, qu’ils soient producteurs agricoles, formateurs, conseillers techniques, animateurs et responsables d’organisations paysannes, de services de l’État, d’organismes de développement ou d’organisations internationales ont généralement souligné l’exigence du développement de la formation professionnelle pour assurer une augmentation de la production. Évident ? Pas nécessairement ! Ce consensus n’existait pas il y a une dizaine d’années. La formation professionnelle, autrefois parfaitement ignorée, s’impose désormais comme un impératif économique et social que les acteurs de terrain prennent en compte.

Troisième constat : une forte demande de mise en œuvre d’un pilotage national des actions de formation professionnelle agricole et ruraleLa multiplicité des services de l’État, d’organisations professionnelles, d’institutions publiques, de prestataires de services, d’associations, d’ONG, réalisant des actions de formation, et la non moins grande multiplicité des organismes financeurs, aboutit à une situation dans laquelle il devient impossible de savoir qui fait quoi, pourquoi et comment. C’est un maquis d’actions les plus diverses, sans cohérence, avec des zones « sur-pâturées » et des zones oubliées, des objectifs qui peuvent être contradictoires, aboutissant à un gâchis financier et humain d’autant plus révoltant que les moyens sont rares. L’État, garant de l’intérêt général, devrait arbitrer entre orientations politiques, contraintes nationales, positions des différents acteurs et définir des stratégies. Ce souhait s’accompagne d’une interrogation sur la qualité des services dispensés et les compétences des organisations de formation, en effet avec la libéralisation économique consécutive aux interventions de la Banque mondiale à la fin des années 80, chacun peut « vendre de la formation », voire construire des établissements d’enseignement professionnel. 

Ces différents constats posent aussi la question des formes de l’aide. Dans des États dont les structures se mettent en place progressivement, des compétences locales s’affirment, mais peut-on continuer à effectuer des interventions focalisées sur un village, un quartier, un groupe de personnes, sans s’insérer dans des politiques nationales ou territoriales ? Sans les articuler et les mettre en synergie avec l’ensemble des autres actions de développement ? Si elles participent à résoudre des problèmes locaux, dans le court terme, elles participent aussi à disperser les efforts, à atomiser l’action, à déstructurer le tissu économique et social quand il faudrait, au contraire, coordonner les actions, mutualiser les moyens et les expériences, dans des cadres régionaux et nationaux ? 

L’étude détaillée réalisée à l’issue de la mission devra donc permettre au ministère des Affaires étrangères de formuler des axes d’interventions prioritaires et concrets en matière d’appui de la coopération française à l’enseignement technique et à la formation professionnelle agricoles et rurales dans les pays d’Afrique subsaharienne.


[1] Ministère des Affaires étrangères. « Étude pour la relance des interventions de l’expertise française en matière de formation professionnelle agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne ». 2004.

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