Des interventions néanmoins insuffisantes face à un continent qui s’embrase

 

Algérie FAR ETA Aïn Temouchent

Mes dernières interventions dans le domaine des formations agricoles et rurales dans les pays d’Afrique remontent au début des années 2010 et, depuis, je n’ai guère eu l’occasion d’actualiser mes connaissances. Une recherche d’informations [1] me laisse à penser que les politiques et les actions en matière de développement rural et de formation professionnelle agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas toutefois à la hauteur des enjeux. Une dépêche d’agence vient d’ailleurs le rappeler suite à la réunion, au Maroc, les 4 et 5 novembre 2019, de la deuxième Conférence ministérielle de l’Initiative africaine d’adaptation aux changements climatiques. « Il y a urgence, selon les experts, sachant que l’Afrique risque de connaître d’ici à 2050 une baisse de 20% de ses rendements agricoles, avec la dégradation des sols et la désertification provoquées par inondations et sécheresses. Dans le même temps, sa population pourrait doubler. L’augmentation de la production agricole et alimentaire est d’autant plus cruciale que les disettes engendrent des déplacements de population, des violences et bouleversements politiques ».

Depuis 2004, les fondements des problèmes agricoles et alimentaires en Afrique subsaharienne n’ont pas changé : expansion démographique, insécurité alimentaire, détérioration des ressources naturelles, importations alimentaires grandissantes, paupérisation des producteurs. Du fait des changements climatiques, la situation est même de plus en plus critique ! Enfin, il n’y a pas eu de remise en cause de la vision libérale selon laquelle le développement économique et social de l’Afrique sera tiré par l’ouverture au marché international. Le seul élément positif dans ce constat très sombre c’est la capacité des producteurs et des productrices agricoles à constituer désormais des groupements paysans actifs auprès des différents acteurs du développement agricole et rural [2].

Ce n’est pas que rien n’ait été fait car de nombreuses initiatives sont en cours [3] et c’est tout le mérite de leurs acteurs de rechercher avec obstination des solutions adaptées. Ce n’est pas non plus que les grands acteurs internationaux soient absents car la problématique de la question est bien perçue comme explosive et il était temps compte-tenu de l’expansion démographique et des risques terroristes. Mais est-ce à la hauteur des problèmes posés comme à celui des enjeux qui sont devenus immenses, non seulement pour les paysans d’Afrique mais aussi pour les peuples de ces pays comme pour ceux des pays développés ? De fait, chaque acteur semble développer son approche particulière en omettant la globalité de la question du développement du capital humain du secteur agricole, sans que toutes ces initiatives soient mises en relation. La pauvreté et la désespérance participent à faire de ce continent un baril de poudre : guerres civiles au Cameroun, en Centrafrique, en Lybie, en République Démocratique du Congo, en Somalie, au Soudan, massacres et attaques terroristes au Burkina-Faso, en Égypte, au Mali, au Nigeria, violences intercommunautaires en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Niger… A quoi il faut ajouter les 1 400 migrants morts sur les routes africaines et les 2 242 noyades lors de la traversée de la Méditerranée en 2018. Un baril dont l’explosion en cours dépasse déjà les limites du continent.

Sans l’appui actif et coordonné des partenaires-clefs, gouvernements, organisations professionnelles agricoles, élus nationaux et locaux, organisations nationales et internationales de coopération, toute politique de développement et de formation agricole et rurale en Afrique ne parviendra pas à mobiliser les très importantes ressources humaines et financières qui sont indispensables. Mais cela pose aussi les questions plus fondamentales des échanges commerciaux inégaux et de la pérennité de la dépendance économique et financière de l’Afrique. Bref, nous sommes au bord du gouffre et j’ai peur que nous soyons en train de faire un grand pas en avant…


[1] Agence Française de Développement. « Évaluation de 15 ans de développement des territoires ruraux en Afrique subsaharienne ». Évaluation de l’AFD. N°72. Juin 2018.

Organisation de Coopération et de Développement Économiques - Development Centre Studies. « The Future of Rural Youth in Developing Countries ». 2018.

Global Donor Platform for Rural Development. « Doner engagement with rural Youth ». 2018.

[2] Grain de sel. « Dix ans après 2008, l’Afrique de l’ouest est-elle mieux préparée face aux crises alimentaires ? ». Revue d’Inter-réseaux Développement rural. N°76. Août – décembre 2018.

[3] Jean-Pierre Rolland. « La formation agricole et rurale des jeunes - Un enjeu crucial en Afrique ». Afrique contemporaine. N° 259. 2016.

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