De l’importance des essuies-glaces dans le désert – Un radar pifométrique

 

Tunisie Tozeur La corbeille

A la sortie de Tozeur, dans le grand Sud tunisien, un policier arrête notre véhicule immatriculé en France et demande à vérifier tous les papiers : la carte verte d’assurance, la carte grise, puis mon permis de conduire et les passeports de toute la famille. L’ensemble étant sans problème, il se livre ensuite à une vérification minutieuse du véhicule : état des pneus, fonctionnement des feux de signalisation, des clignotants, présence d’un triangle de signalisation « danger » dont je possède miraculeusement un exemplaire, car il est alors seulement obligatoire en France pour les véhicules tractant une caravane. 

Las, j’ai tout cela et tout fonctionne parfaitement.

Alors, à bout d’arguments, le policier me donne l’ordre de faire fonctionner mes essuie-glaces ! Mes essuie-glaces ? A la porte du désert ? Dans un pays où il ne pleut que quelques heures par an et où, essuie-glaces ou pas, de toute façon il n’est plus question de rouler la visibilité étant nulle et les routes disparaissant sous l’eau ? Comme, ils fonctionnent également, de guerre lasse, il abandonne ses investigations et nous relâche !

Le plus surprenant, c’est que les nombreux véhicules qui passent à côté de nous et sillonnent la ville ne sont pas tous en très bon état, loin de là. Nombreux sont ceux qui n’ont pas d’essuie-glaces du tout, des feux de signalisation cassés et je doute qu’ils possèdent un triangle de signalisation ; je ne dis rien de l’état de leurs pneumatiques qui semblent souvent bien lisses. Quant à leurs freins, je ne souhaite pas monter dans ces véhicules ! Qu’espérait-il ce policier ? Se payer un étranger ? Obtenir un bakchich dans le cas où je n’aurais pas été parfaitement en règle ?

Tous les policiers ne sont pas aussi pointilleux, du moins avec les étrangers. 

La traversée des villages doit s’effectuer en limitant sa vitesse à 60 km/h. Je traverse l’un d’eux à une vitesse excessive, autour de 70 km/h. Pas de chance, il y a un gendarme à la sortie du village ! Il ne possède pas de radar mais un pifomètre personnel suffisamment expérimenté pour juger de mon excès de vitesse. Cette fois-ci je me crois bon pour écoper d’une amende qui serait effectivement méritée. Il ne me semble pas très honnête de jouer les indignés et de contester la réalité des faits. Après avoir contrôlé les papiers du véhicule, il me gratifie d’un sermon bien senti sur les risques liés aux nombreux enfants susceptibles de traverser la route sans regarder. Il souligne que le risque est beaucoup plus important en Tunisie qu’en France compte tenu de la démographie nationale. C’est un gendarme qui a voyagé, bref, c’est ferme, paternel et sans contravention ! 

Par contre, curieusement, gendarmes et policiers semblent beaucoup plus suspicieux avec les voitures administratives dans lesquelles nous circulons lors de nos différentes missions. Sauf quand l’un de nos accompagnateurs, chauffeur ou fonctionnaire du ministère, connaît les représentants de la maréchaussée, notre véhicule est généralement bon pour se faire arrêter à chaque contrôle de police et ils sont assez fréquents en Tunisie ! Ce ne sont pas les étrangers présents dans le véhicule qui intéressent nos pandores et ils ne nous demandent jamais nos passeports, aussi attendons-nous sagement la fin des conciliabules. Ce qu’ils souhaitent contrôler c’est la conformité des ordres de mission, lesquels doivent préciser le jour, le trajet, le nom du chauffeur et le nombre des personnes présentes dans le véhicule. Cela laisse supposer que les véhicules administratifs pourraient aussi être utilisés à d’autres fins que celles du service de l’Etat.

Mais tout cela n’est que vétille. Les autorités policières tunisiennes possèdent une sinistre réputation quand il s’agit de démocrates, de défenseurs des droits de l’Homme, d’opposants au régime ou tout simplement de manifestants contre la hausse du prix du pain. Il ne fait pas bon alors tomber entre leurs mains.  

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