Un style roman-pisan-pistoiese – L’autel Saint-Jacques

 

Toscane Nord Pistoia Duomo Façade

La cathédrale San Zeno, comme quasiment tous les édifices anciens, a eu une histoire mouvementée faite d’incendies, de destructions, de réaménagements, de rénovations. Lire l’édifice, c’est aussi lire l’histoire de l’architecture et des arts.

Dès le Ve siècle, il existait vraisemblablement une cathédrale à Pistoia dans la mesure où la ville avait son propre évêque, mais toute trace de cet édifice est aujourd’hui inconnue. La première attestation de l’existence d’une cathédrale à Pistoia remonte à l’année 923, date à laquelle une église Santi Zenonis, Rufinis et Felicis était mentionnée dans un acte notarié du comte Cunerad de Teudicio.

Cette première cathédrale San Zeno brûla en 1108, et elle fut rebâtie au cours du siècle suivant, la consécration de l'autel dédié à Saint-Jacques par l'évêque Atto datant de 1145. En 1202, un nouvel incendie endommage l’édifice, lequel est à nouveau ébranlé en 1298 dans un tremblement de terre. Entre 1379 et 1449, la façade est érigée avec un portique surmonté de trois ordres de loggias. Cette façade intègre des éléments décoratifs du roman pisan avec les trois ordres de loggias, mais aussi du roman de Prato avec les bandes de marbre vert en alternance avec du marbre blanc, et enfin des dessins florentins avec la série de figures rectangulaires colorées.

Le sculpteur et céramiste florentin de la Renaissance, Andrea Della Robbia (1435 / 1525, neveu du sculpteur et céramiste Luca Della Robbia 1399 / 1482), a décoré la lunette du portail central avec une terre cuite représentant la Madone avec l’enfant et les anges, et la voûte centrale du portique avec des caissons à fond bleue décorés de rosettes dorées, alors que sur l’archivolte, en façade, était ajouté un feston végétal. L’œuvre sera achevée en 1505.

Entre 1598 et 1614, le bâtiment a été profondément remanié sur un projet de l'architecte Jacopo Lafri. Le chœur roman a été détruit et remplacé par une haute et profonde tribune surmontée d’un dôme, la voûte de la tribune est décorée de fresques, l’ensemble de style baroque. Les dernières interventions, au cours du XXe siècle, visaient à restaurer l’édifice dans l’état où il devait être fin Renaissance / début baroque en supprimant des ajoutures diverses (plafonds, fenêtres baroquisées).

Le plan est celui de la basilique paléochrétienne : trois nefs divisées par des colonnes supportant des arcs en plein cintre et une charpente apparente. Les nefs latérales accueillent des autels.

L'autel de Saint-Jacques est un chef-d’œuvre d'argenterie commencé en 1287, mais qui ne fut terminé qu’au début du XVesiècle. Les différentes sections du retable sont composées de feuilles d’argent estompées et comprennent 628 figures. En façade, elles font référence à des scènes du Nouveau Testament et, sur les côtés, à des scènes de l’Ancien Testament et à l’histoire de Saint-Jacques. Filippo Brunelleschi, futur architecte de Santa Maria del Fiore à Florence, y sculpte deux bustes de prophètes en 1401. Le poids total de l’autel serait de près d’une tonne ! Les Pistoiesi doivent bien cela à Saint-Jacques qui a œuvré à sauver la ville et à assurer son développement.

En effet, en 849, les habitants de Pistoia, craignant que leur ville ne soit envahie par les Sarrasins demandent la protection de Saint-Jacques, celui-ci ayant déjà aidé le roi d’Espagne dans des circonstances similaires. Pistoia n'est pas envahie et, en signe de remerciement, les Pistoiesi choisissent Jacques comme saint patron. En 1144, la ville acquiert une relique du saint auprès de l’église de Compostelle, un petit bout d’os, une apophyse mastoïde, et une chapelle est consacrée à Saint-Jacques dans la cathédrale. Compte-tenu de la notoriété de Saint-Jacques, les pèlerins affluent à Pistoia participant au développement économique de la ville. Cette puissance fera naître la jalousie de Florence et de Lucques qui se coaliseront pour la seule fois de leur histoire et assiègeront Pistoia pendant 11 mois la contraignant à se rendre pour ensuite se la disputer afin d’en faire leur vassale. Les pèlerinages à Saint-Jacques se poursuivront jusqu’en 1785, quand un Évêque détruira la chapelle de Saint-Jacques et déplacera l’autel.

Autre œuvre d'art exposée dans la cathédrale, un grand panneau en bois, le crucifix de San Zeno, réalisé en 1274 par Coppo di Marcovaldo et son fils Salerno. Il est de style byzantin, dit « résigné », le corps du Christ est longiligne, déformé par la crucifixion, avec des plaies saignantes, la tête abandonnée sur l’épaule, les yeux clos.