L’écrin d’une riche collection d’antiques – La Belle au Bois-dormant

 

Rome Nomentano Salario Trieste Villa Albani Vue aérienne

La Villa Albani (puis Albani-Torlonia) a été construite sur la Via Salaria, entre 1747 et 1763, par l'architecte Carlo Marchionni pour le cardinal Alessandro Albani, neveu du pape Clément XI (1700 / 1721). A la mort de Clément Corsini XII (1730 / 1740), le cardinal faisait partie des « papabile ».

« Celui-ci est chef des Piémontais, homme d’esprit, galant et le plus répandu de tous dans les sociétés de la ville. Il aime le jeu, les femmes, les spectacles, la littérature et les beaux-arts, dans lesquels il est grand connaisseur » [1].

Depuis le pontificat de Clément XIV Ganganelli (1769 / 1774), il était membre du parti « zelanti » opposé à l'ingérence des monarques européens dans le gouvernement de l’Église.

Avec la Villa Albani, le cardinal s’est fait construire un bâtiment qui était plus de représentation qu’une résidence pour y vivre. Il s’agissait surtout de pouvoir mettre en valeur la fabuleuse collection d’antiques que le cardinal avait réunie afin de montrer (pour ne pas dire « étaler » !) sa puissance, sa gloire et sa culture. Il y réunissait son cercle d’amis et y accueillait les puissants du moment, pour des discussions, des concerts, des comédies. Les pièces de sa collection étaient organisées pour un cercle de connaisseurs, selon un programme iconographique composé avec Winckelmann, grand historien de l’art du XVIIIe siècle. Chaque partie de la villa avait son caractère : dans le porche du palais, les statues des empereurs romains, dans les deux galeries latérales, les statues de poètes et de généraux, dans le porche du Kaffeehaus, les statues des dieux.

« Le palais de cette Villa est orné d'une si grande quantité de colonnes de porphyre, de granit et d'albâtre oriental, qu'elles formaient une sorte de forêt avant d'être dressées aux places qui leur étaient destinées » [2].

La Villa est restée intacte après la mort du Cardinal. Les œuvres enlevées pendant la période napoléonienne (1797 / 1815) pour décorer le Musée Napoléon à Paris (Le Louvre) ont été restituées, en partie, après 1815 à leur propriétaire, le Prince Carlo Albani. La résidence est restée la propriété de la famille Albani jusqu'à la première moitié du XIXe siècle, date à laquelle elle a été transmise à la famille Albani-Castelbarco qui l’a vendue à la famille Torlonia en 1867 [3].

Le casino nobile est un exemple d’architecture classique, sobre, aux lignes épurées, avec un portique en rez-de-chaussée et le couronnement de la balustrade avec des statues. Côté via Salaria, le parc est boisé et divisé par des avenues en rayons. Devant la façade du Casino, un jardin italien composé de terrasses sur plusieurs niveaux s’étend jusqu’au Kaffeehaus avec des parterres en broderie végétale... plus français qu’italiens ! Le parc sera l’objet de grandes convoitises à la fin du XIXe siècle et la partie Nord-ouest disparaitra avec l’urbanisation [4]. En 1870, les sculptures de la collection Albani ont été transférées au Palazzo Torlonia della Lungara. Avec les pièces de la collection Torlonia, elles forment la plus grande collection privée d’antiques au monde. En 1960, suite à la transformation du palais Torlonia della Lungara en appartements privés, la collection a été stockée en vrac dans les sous-sols du bâtiment ! Jusqu’en 2017, cette collection de plus de 600 marbres antiques dormira quasiment oubliée de tous. La succession Torlonia donnera lieu à son inévitable lot d’actions de justice, de séquestres, mais aussi à la réapparition de la collection [5] ! En 2014, une fondation était créée dans l’objectif de réhabiliter et de montrer la collection d’antiques. Une sélection de quatre-vingt-dix chefs-d'œuvre, représentatifs de l'importance de la collection Torlonia, devait être présentée à Rome le 4 avril 2020… La pandémie du Covid 19 en a différé la réalisation.


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740. A propos des successeurs possibles au pape Clément XII.

[2] Johann Joachim Winckelmann. « Lettres familières ». Amsterdam. 1781. Cité par Morelli, Fea, Visconti. « Description de la Villa Albani ». 1869. Ce livre comprend 360 pages de descriptions sommaires des richesses accumulées dans la villa Albani !

[3] Fondazione Torlonia. « Villa Albani-Torlonia ».

[4] La visite de la Villa Albani-Torlonia serait désormais possible après inscription (site de la Fondation). La visite durerait deux heures, en présence d'un historien de l'art, en groupe de vingt personnes : Casino Nobile, collections de la Villa Albani Torlonia, jardin italien et Kaffeehausqui réunit la collection de sculptures récemment restaurées. La priorité est donnée aux contributeurs du projet de restauration de la collection (50€ minimum).