Un tétrapyle ! – Quand la mafia voulait faire reculer l’État

 

Rome Ripa Boario Arco di Giano

Édifié au-dessus de la Cloaca Maxima, le principal égout collecteur de la Rome antique, l'Arc dit « de Janus » n'est pas un arc de triomphe mais un tétrapyle. C’est une construction à quatre façades d’égale importance, de 12 mètres de côté pour 16 mètres de haut, chacune étant percée d'une porte. Il est intégralement construit en blocage et parementé de marbre provenant partiellement de réemplois. A l'époque médiévale, la puissante famille romaine des Frangipane a fermé ses arches, l’a exhaussé pour l’utiliser comme forteresse. En 1827, à l'occasion de la démolition et de l'excavation d'ouvrages médiévaux, le grenier et le couronnement d'origine ont été perdus, 

Il était surmonté d'un couronnement, peut-etre en forme de pyramide, une structure en briques recouverte de marbre. Les niches devaient abriter des statues.

L'appellation Janus ne se rapporte peut-être pas au dieu homonyme, le dieu aux deux visages, le dieu des commencements et des fins, mais au nom commun « janua » signifiant « porte » ou « passage couvert ». L’arc aurait été construit en 356 / 357, pour marquer la visite de l'empereur Constance II (317 / 361). La découverte, en 2017, de lettres gravées sur le monument suggérant que sa dédicace s'adressait à l'empereur Constantin (272 / 337) conduirait à « vieillir » l'édifice de quelques décennies. Il était utilisé pour abriter les marchands négociant leurs affaires sur le forum.

Le premier indice de l’existence de l’église San giorgio in Velabro [1] provient d'une inscription de 482. En 741, le pape Zacharias Ier (741 / 752) ordonna le transfert des reliques de saint Georges du Latran à cette église. Ces reliques comprenaient sa tête, sa lance et une partie de son étendard. L'église a été entièrement restaurée par le pape Grégoire IV (847 / 855) avec la construction de l'abside, d’un nouveau portique, d’une sacristie, d’une schola cantorum (école de formation de choristes).

Le 27 juillet 1993, le portique de l’église a été détruit dans l’explosion d’une voiture piégée. Dans la nuit précédente du 26 au 27, un véhicule automobile, stationné près de la Torre dei Pulci à Florence, avait tué cinq personnes et blessé 29 autres, endommageant la tour et la galerie des Offices. Le 27, deux bombes explosent à Rome, à San Giorgio in Velabro et Saint-Jean-de-Latran, et une à Milan, via Palestro, tuant cinq personnes. Les différents sites choisis étaient symboliques, pour Rome, il s’agissait du lieu mythique de sa création (le lieu d’arrivée du panier de Rémus et Romulus) et du lieu représentant le centre de la Chrétienté (Saint-Jean-de-Latran). Les commanditaires et exécuteurs de ces attentats étaient la mafia dans l’objectif de forcer le gouvernement italien à annuler certaines lois adoptées pour réprimer le crime organisé [2], notamment l'article 41 bis du code pénal qui établissait désormais un régime carcéral particulièrement sévère pour les mafiosi supprimant les « prisons quatre étoiles » et la possibilité de pouvoir continuer à gérer leurs affaires à partir des prisons ! 

Le temple de Portunus est un bâtiment rectangulaire de style ionique, construit en l'honneur du dieu du port fluvial. Il est composé d'un portique de style classique et d'un naos, élevés sur un podium Les colonnes ioniques du portique sont indépendantes, tandis que celles situées sur les faces latérales et arrière de la cella sont engagées. Le temple a été sans doute construit au IVe ou au IIIe siècle av. J.-C., puis remanié à plusieurs reprises jusqu'à sa reconstruction complète sur un sol rehaussé de plusieurs mètres vers 75 av. J.-C. Au IXe siècle, l'édifice est transformé en église sous l'appellation Sainte-Marie-de-Gradellis (1290), puis sous celle de Sainte-Marie-l'Égyptienne (1492).

L’attribution de ce temple antique a varié au cours des âges. ! Il a d’abord été connu sous le nom de « temple de la Fortune virile » au XVIe siècle, puis comme « temple de la Pudeur » au XVIIe siècle, pour devenir le « temple de Mater Matuta » au XIXe ! C'est finalement au milieu des années 1920, que son attribution à Portunus, le dieu du port et protecteur des entrepôts de grain, est définitivement affirmée.


[1] Le mot « Vélabro » pourrait provenir du ligure. 

[2] Le Monde. « ITALIE : après les attentats de Rome et de Milan - Le terrorisme n'arrêtera ni la justice ni la réforme des institutions affirme le président Scalfaro ». 30 juillet 1993.

Voir l’article de Wikipédia en italien sur Giuseppe Graviano.

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