Les fontaines de Rome racontent (45/52). Celio (XIX a) - La Navicella - Via della Navicella.
La préservation des monuments anciens
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« Depuis des siècles une barque de pierre est amarrée à l’île ce dimanche : c’est la fameuse Navicella, qui, par contagion, a donné également son nom à l’église qui lui fait face »[1].
En 1518 / 1519, le sculpteur Andrea Sansovino (1467 / 1529) a été chargé par le cardinal Giovanni de Medici de faire la copie d’une maquette romaine de galère, en marbre blanc, exhumée près de la basilique Santa Maria in Domnica. La copie a été placée devant l'entrée de Santa Maria in Domnica (photo), sur une base quadrangulaire en travertin sur laquelle sont reproduites les armoiries des Médicis. L’ensemble est placé au centre d’un bassin ovale en travertin, au fond duquel une mosaïque de galets de rivière dessine des poissons et des bateaux. Faute d’une adduction d’eau, ce n’est qu’en 1931 qu’une branche secondaire de l’Acqua Felice a permis de transformer la sculpture en fontaine[2] en modifiant l’orientation de la navicella d’un quart de tour, la proue désormais dirigée vers la ville et non plus vers l’église. Le jet d'eau jaillit du pont central, s'écoule le long des flancs du bateau et tombe dans le bassin en contrebas. En 2019, il n’y a pas une goutte d’eau dans la fontaine ! Est-ce à cause des travaux du métro ou les aqueducs seraient-ils à nouveau coupés par les barbares ?
La place de la Navicella, au sommet de l’une des sept collines de Rome, le Cælius (Celio), est une petite esplanade tranquille et charmante. Au fond de la place, l’arc de Dolabella, en travertin, est l’ancienne porte Celimontana du mur Servien lequel servit ensuite pour soutenir les conduites de l’Aqua Marcia (en 10 ap. JC). Au n°4, le portail du XIe siècle de l’église San Tomasso in Formis est dominé par une petite mosaïque des Cosmas où Jésus est représenté entre deux esclaves, l’un noir l’autre blanc. Une autre église est voisine, Santo Stefano Rotondo. A proximité, était situé le castra peregrinorum (caserne des étrangers), la caserne des marins de la flotte antique. Selon la tradition, les marins de la flotte romaine auraient offert cet ex-voto à la déesse Isis, protectrice des marins. Parmi leurs tâches, ils devaient également assurer les manœuvres de l’immense velarium qui était tendu au-dessus du Colisée afin de protéger les spectateurs du soleil et de la chaleur pendant les représentations et les jeux du cirque.
En 2011, la tête de sanglier dessinée sur la proue de la Navicella avait fait l’objet d’une tentative de vol sur commande d’un collectionneur. Deux autres actes de vandalisme avaient eu lieu en 2005 et 2007 sur la Navicella. Celle-ci n’est malheureusement pas la seule fontaine à subir des dégradations par convoitise, malveillance ou bêtise. En 2004, une abeille de la fontaine des abeilles est brisée ; en 2011, un masque de la fontaine du Maure, place Navone, est martelé ; en 2015, les supporters de l'équipe de football de Feyenoord Rotterdam endommagent la fontaine de la Barcacia qui venait d’être restaurée, et les nouveaux pensionnaires de la Villa Médicis se photographient sur la statue de la fontaine de la déesse Rome piazza del Popolo ; en 2018, des touristes danois endommagent une fontaine de la Villa Borghèse ; en 2018 et 2019, de jeunes italiens gravent leurs initiales avec une clef sur les marbres de la fontaine de Trevi ; en 2020, les lys de la fontaine de Cupidon à la Villa Doria-Pamphilj sont brisés. En 2026, une défense du Pulcino de la Minerva est cassée… On ne compte plus les plongeons dans les fontaines au cours desquels les statues sont détériorées par les baigneurs ! Ces dégradations sont généralement la conséquence de la bêtise et de l’inculture, mais l’afflux de visiteurs rend ces actes de plus en plus incontrôlables. En 2019, une barrière éloigne les touristes de la fontaine de Trevi protégée par des policiers et un circuit de caméras de vidéosurveillance, comme les principaux monuments de la ville. Et, en 2026, il faut faire la queue pour l'apercevoir et payer deux euros !
Mais il n’est pas envisageable, ni souhaitable, de continuer à s’agglutiner devant la fontaine de Trevi, ni de tout « encager », d’autant qu’il y aussi des habitants dans la ville ! Rome n’est pas adaptée à de tels afflux de touristes alors même que l’on ne peut que souhaiter le développement de l’intérêt des peuples pour l’histoire et la culture. C’est évidemment notre manière de faire du tourisme qui va devoir changer : plus économe, plus écoresponsable, plus diversifiée, plus étalée dans le temps et l’espace… A Rome, c’est un tourisme culturellement bien indigent que de n’aller voir que 5 ou 6 monuments, fussent-ils ceux que des agences de voyage en mal d’imagination mettent traditionnellement en avant !
[1] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.
[2] Sovrintendenza capitolina ai Beni Culturali. « Fontana della Navicella ».