Rome, étrange et curieuse (24/53). Rione Pigna IX (4) – Un jeu de perspectives infinies - Piazza di Sant'Ignazio.
Une basilique ouverte sur le ciel
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L'église Sant’Ignazio di Loyola a Campo Marzio occupe le quadrant nord-ouest de l’ilot occupé par le complexe du Collegio Romano, ex collège des Jésuites créé par saint Ignace de Loyola. L’église a été commandée à Carlo Maderno par le cardinal Ludovico Ludovisi suite à une suggestion de son oncle, le pape Grégoire XV Ludovisi (1621 / 1623), lequel avait été élève du collège et avait constaté que l’ancienne église n’était plus suffisante compte-tenu du nombre d’élèves. L’église est placée sous le patronage de saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus, canonisé en 1622. Elle fut érigée de 1626 à 1685 mais ne fut totalement achevée, puis consacrée qu’en 1722. L'intérieur est en plan en croix latine, avec une large nef et six grandes chapelles communicantes de chaque côté, un transept aussi long que les chapelles et un choeur flanqué de deux chapelles et prolongé par une abside semi-circulaire. La décoration est principalement de style baroque.
L’église est célèbre pour son immense fresque en trompe-l’œil de 16 m de large sur 36 m de long qui couvre le plafond de la nef[1]. Elle symbolise l'apothéose de saint Ignace de Loyola, accueilli par le Christ et la Vierge, et l'allégorie de son œuvre missionnaire. Exécutée en 1694 par le frère jésuite Andrea Pozzo (1642 / 1709), elle représente un nouvel étage du bâtiment, superposé aux murs de la nef, supporté par de solides colonnes rondes dans le prolongement des pilastres de l’église. Ces colonnades, ces porches, s’ouvrent sur un ciel infini dans lequel flottent de nombreux êtres célestes attirés vers saint Ignace, trônant sur un nuage. Aux coins sont représentées des allégories des quatre continents alors connus, Afrique, Asie, Amérique et Europe représentées par des figures féminines montant respectivement un crocodile, un chameau, un jaguar et un cheval. Au centre (photo), un rayon de lumière jaillit de la poitrine du Christ portant la croix. Ce rayon représente l’amour de Dieu et le message chrétien ; il va frapper le cœur de saint Ignace d’où la lumière diffuse alors sur l’ensemble de la composition, éclairant les quatre allégories des continents et illuminant jusqu’aux endroits dissimulés derrière les fausses colonnes. Au centre des côtés courts de la voûte, deux cartouches entourés d’anges portent, en latin, une phrase de l’Évangile de Luc « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que puis-je vouloir sinon qu’il soit déjà allumé ». (Lc 12,49). Sur une surface courbe, plane, Andrea Pozzo réussit à créer un espace virtuel dédoublant l’espace réel.
« Ici, la peinture cessait de décorer l’édifice pour se faire édifice elle-même »[2].
Ce même jeu de fausses perspectives est utilisé dans la réalisation de la coupole, en réalité une peinture sur une toile plate tendue ! On raconte que les religieuses du couvent voisin refusèrent la construction de la coupole prévue sur tambour laquelle aurait fait de l'ombre dans leur jardin[3] mais, vraisemblablement, le dôme n'a jamais été construit faute de financement. A l’entrée de l’église, à l’emplacement marqué d’une dalle ronde de marbre clair, le trompe-l’œil fait illusion ; ailleurs, la « coupole » apparaît pour ce qu’elle est, une toile plane peinte. La toile peinte par Andrea Pozzo a été brûlée et la toile actuelle, sombre, est de facture médiocre et l’illusion créée moindre qu’à la Jesuiten Kirche de Vienne, également de Pozzo, qui représente une coupole à caissons, sur un large tambour d’un étage où alternent fenêtres et niches encadrées de colonnes, coupole surmontée d’une lanterne.
« …le dôme qui n’en est pas un car il n’est pas fait. Mais en attendant, le frère Pozzo a peint en détrempe, sur un plafond de toile, la figure concave d’un dôme en perspective. Cet ouvrage, dont vous avez sans doute ouï parler, a une grande réputation. En effet, il est d’une exécution hardie, facile et surprenante ; mais quoiqu’il soit récent, les couleurs sont déjà devenues fort brunes »[4].
Avec ces deux œuvres, Sant’Ignazio illustre aussi une des caractéristiques du baroque : le jeu sur les perspectives pour rendre dynamiques les formes architecturales, picturales ou sculptées.
[1] Site Romanchurches. « Sant’Ignazio di Loyola a Campo Marzio ». Ouverture tous les jours de 9h00 à 20h00.
[2] Jean-Pierre Poinas. « Rome, sous les pierres comme au ciel ». 2023.
[3] Sur un tableau représentant le cardinal Ludovico Ludovisi tenant à la main le plan de l’église, l’image de celle-ci est peinte en arrière-plan plan, avec une coupole sur un très haut tambour ; la façade envisagée était alors plus simple, plus plate, à l’image de celle de style Renaissance de Saint-Louis-des-Français (fin XVIe).
[4] Charles De Brosse. « Lettres d’Italie ». 1740.
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