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Notes d'Itinérances
8 juillet 2013

Inde du Sud (28/31). La riche région des Back waters.

 

Un cordon de lagunes côtières à la pluviométrie élevée - La région des épices - Un remarquable réseau navigable - Un tourisme fluvial du plus grand intérêt

 

 

 « La lagune interminable, qui nous sert de route, varie ses aspects avec l’heure. Tantôt resserrée et ombreuse, sous ses cocotiers qui se rejoignent en voûte, elle semble la nef de quelque église verte, dont les grandes nervures des palmes seraient les arceaux. Ensuite, elle s’élargit, déborde, inonde les lointains ; entre ses rives, où les mêmes palmes se dressent en rideau, elle devient comme une mer semée d’archipels de verdure » [1].

 

Les Ghâts occidentaux culminent à 2 695 mètres et forment une barrière pour les vents de mousson porteurs de pluie provenant de l'Ouest. Les Ghâts refroidissent les vents et nuages chargés d’eau tandis qu'ils montent le long de ses pentes montagneuses et qu'elle libère de leur humidité en pluie (entre 2 000 et 6 000 mm/an !).

 

Dans le Kerala, la pluviométrie est généralement de plus de 2 500 mm donnant naissance à une quarantaine de fleuves qui se jettent dans l’océan.

 

L’action des vagues et des courants côtiers créent des îles, des cordons de terre, qui enferment progressivement des lagunes tout au long de la côté de l’Etat du Kerala, formant un réseau de canaux naturels et de grands lacs intérieurs. C'est par ces canaux naturels, mais aussi artificiels, ces cours d'eau, lacs et estuaires, formant un réseau navigable de 1 500 km, que transitaient autrefois les cargaisons d'épices produites à l'intérieur des terres et destinées à être exportées vers l'Europe notamment par le port de Cochin. Ce réseau dessert également de vastes zones de culture, notamment des rizières, qui ont la particularité d’être parfois situées sous le niveau de l’eau des canaux.

 

Le riz et les épices étaient transportés sur des péniches, dénommées « Kettuvallams » (« bateau lié » en malayâlam), comportant un toit de chaume de protection contre la pluie et le vent, et étaient parfois habitées par les mariniers et leurs familles. Les coques de ces bateaux, d’une trentaine de mètres de long, sont composées de longues planches de bois « d’anjili » (Artocarpus hirsuta, ou jaquier hirsute, ou jaquier des Indes), maintenues ensemble par des liens en ficelle de coco. Aucun clou n’est utilisé. La coque est ensuite recouverte d’un enduit pour en assurer l’étanchéité, à l’intérieur et à l’extérieur, composé d'extraits de noix de cajou bouillies (une résine phénolique constituée de 90 % d'acide anacardique et 10 % de cardol appelé baume de cajou).

 

Ces péniches sont aujourd’hui converties en maisons flottantes pour le tourisme, recouvertes d’un toit en bambou aux formes douces et originales. Elles comportent désormais tout le confort moderne : salle à manger, salon, plusieurs chambres, électricité fournie par un générateur parfois monstrueux, climatisation, toilettes, cuisine. La seule chose qui n’apparaisse pas moderne ce sont les conditions de vie des mariniers. Autant les touristes disposent-ils d’espaces importants, autant la partie réservée au personnel, à l’arrière du bateau comme il se doit, apparait étriquée. Plus de 900 Kettuvallams sillonnent les eaux des back waters et constituent une attraction touristique majeure.

 

Le développement touristique n’est pas sans poser de questions, notamment pour la gestion des déchets. Le gouvernement du Kerala impose désormais que les Kettuvallams soient dotées de toilettes biologiques et que les déchets solides soient déposés dans des réservoirs positionnés sur les canaux.

 

Mais le tourisme n’est certainement pas la question environnementale majeure, même si elle ne doit pas être minimisée : la contamination des eaux par les pesticides, les effluents industriels et les eaux usées, l’utilisation massive d’engrais dans les rizières, doivent aussi avoir quelques conséquences environnementales, ne serait-ce qu’avec la multiplication des jacinthes d’eau par exemple, mais aussi le développement des bateaux à moteurs dont les remous qu’ils provoquent érodent les berges, l’urbanisation croissante de la langue littorale qui empiète sur les rivières et canaux et limite les circulations d’eau…

 


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.

 
 
 
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